Leopold Engleitner

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Leopold Engleitner

Leopold Engleitner (né le 23 juillet 1905, à Strobl, Autriche et mort le 21 avril 2013 (à 107 ans) à Sankt Wolfgang im Salzkammergut, Autriche). Réfractaire au service armé et survivant le plus âgé des camps de concentration de Buchenwald, Niederhagen et Ravensbrück.

Biographie[modifier | modifier le code]

Leopold Engleitner est né le 23 juillet 1905 à Aigen-Voglhub en Autriche. Il grandit dans la ville impériale de Bad Ischl, où il aperçut plusieurs fois l’empereur François-Joseph. Enfant, il a souffert des horreurs de la Première Guerre mondiale et a survécu de justesse à la grippe espagnole.

Persécution austro fasciste de 1934 – 1938[modifier | modifier le code]

Au début des années 1930, il a intensément étudié la Bible. Il a quitté l’Église catholique et s’est joint aux ‘Bibelforscher’ (les Témoins de Jéhovah). Au cours de l’ère austro fasciste, il a été arrêté à plusieurs reprises et condamné à l’emprisonnement en raison de l’intolérance religieuse de l’époque.

  • Printemps 1934 : 48 h de détention à Bad Ischl
  • Hiver 1934/35 : 48 h de détention à Bad Ischl
  • 5 janvier 1936 – 30 mars 1936 : Détention à St Gilgen et Salzburg
  • 19 septembre 1937 – 14 octobre 1937 : Détention à Bad Aussee

Persécution nazie[modifier | modifier le code]

Lors de la prise de pouvoir d’Adolf Hitler en Autriche, Engleitner entre en conflit avec le national-socialisme en raison de son refus de renoncer à sa foi et du service militaire dans l’armée de Hitler.

Le 4 avril 1939, il est arrêté par la Gestapo à Bad Ischl, et mis en détention préventive à Linz, puis à Wels. Du 9 octobre 1939 au 15 juillet 1943, il est détenu dans les camps de concentration de Buchenwald, Niederhagen et Ravensbrück. Dans le camp de Niederhagen, Leopold Engleitner refuse de signer la « déclaration d’abjuration », bien qu’on lui promette de le libérer en échange. Bien décidé que rien ne l’empêcherait de suivre les principes divins, et que personne ne pourrait le forcer à servir dans l’armée, même les sévices brutaux dont il est victime dans les camps ne peuvent briser sa volonté.

En juillet 1943, il est libéré du camp de concentration de Ravensbrück à condition de s’engager à travailler dans l’agriculture pour le reste de sa vie.

Une fois rentré chez lui, il travaille dans une ferme à St Wolfgang. Le 17 avril 1945, trois semaines avant la fin de la guerre, la Wehrmacht allemande lui envoie son ordre de conscription. Au lieu de répondre à l’appel, il entreprend une fuite aventureuse dans les montagnes du Salzkammergut. Il se cache dans le chalet d’alpage du Meistereben, et dans une caverne. Des semaines durant, il est pourchassé comme du gibier par les nazis, qui ne le trouvent pas.

Le 5 mai 1945, Leopold peut rentrer chez lui. Dans un premier temps, il travaille comme valet de ferme à St Wolfgang.

En 1946, il veut changer d’activité, mais l’office pour l’emploi de Bad Ischl lui refuse une embauche sous prétexte de son « engagement » forcé durant l’ère nazie. Ce n’est qu’après l’intervention des forces d’occupation américaines en avril 1946 qu’il est libéré de cette obligation.

  • 4 avril 1939 – 5 octobre 1939 : Emprisonnement à Bad Ischl, Linz et Wels.
  • 5 octobre 1939 – 9 octobre 1939 : Déportation au camp de concentration après une détention à Salzburg et à Munich
  • 9 octobre 1939 – 7 mars 1941 : Camp de concentration de Buchenwald
  • 7 mars 1941 – avril 1943 : Camp de concentration de Niederhagen à Wewelsburg
  • Avril 1943 - 15 juillet 1943 : Camp de concentration de Ravensbrück
  • 22 juillet 1943 – 17 avril 1945 : Travaux forcés dans l’agriculture
  • 17 avril 1945 – 5 mai 1945 : Fuite dans les montagnes après sa conscription.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, Leopold Engleitner est employé comme veilleur de nuit dans une usine de savon. À partir de 1951, il travaille au service de voirie jusqu'à sa retraite en 1969.

En 1949, il épouse Theresia Kurz, mère d’une fille d’un premier mariage. Engleitner, quant à lui, a été rendu stérile par SS qui lui a donné un coup de pied dans le bas-ventre au camp de Niederhagen. Leopold Engleitner soignera avec amour sa femme, malade du diabète, jusqu’à son décès en 1981.

Peu avant sa mort, Engleitner est le survivant le plus âgé des camps de Buchenwald, Niederhagen et Ravensbrück, et l’un des survivants les plus âgés dans le monde. Après la guerre, il est victime de l’exclusion sociale et du mépris à cause de son passé concentrationnaire et de son refus du service militaire.

Après des décennies de silence, la vie d’Engleitner a été documentée par Bernhard Rammerstorfer, qui a publié le livre « Nein statt Ja und Amen » en 1999 (traduite en anglais en 2004 sous le titre « Unbroken Will » et en français en 2006 sous le titre « Une volonté de fer ») et le film « Nein statt Ja und Amen » (récompensé entre autres de l'Ours d'or au 31e Festival des Nations de Ebensee (Autriche) et soutenu par les ministères fédéraux autrichiens de l'Éducation, de la Science et de la Culture et par celui des Affaires étrangères).

Témoignage[modifier | modifier le code]

Dès la publication de sa biographie, il fait preuve d’un grand engagement dans le travail de commémoration des victimes de la persécution nazie.

Malgré ses problèmes physiques et son âge avancé, il a voyagé des milliers de kilomètres au cours des dernières années pour prendre la parole dans des Universités, des écoles et des Mémoriaux en Europe et aux États-Unis (en 2004 et 2006, au US Holocaust Memorial Museum, Library of Congress, Simon Wiesenthal Center et au Los Angeles Museum of the Holocaust ainsi que dans les Universités de Columbia, Georgetown et Stanford). Il a ainsi permis à des milliers de jeunes gens de connaître l’histoire de première main. En brossant un tableau réaliste des faits, il a démontré les dangers de l’extrémisme de droite, et l’importance de la tolérance et de l’humanité pour la paix.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]