Hong Xiuquan

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Portrait de Hong, env. 1860

Hong Xiuquan (chinois : 洪秀全 ; pinyin : Hóng Xiùquán) (1813-1864)[1] est un Hakka membre de la révolte des Taiping. Hong se proclame empereur du Ciel et conteste le pouvoir de l'empereur Xianfeng.

Visionnaire,et « frère cadet de Jésus »[modifier | modifier le code]

Il eut des visions, au cours d'une maladie qui le frappa en 1837 (sans doute une dépression nerveuse), après son troisième échec aux examens pour entrer dans la fonction publique, et au cours de laquelle il fut pris de délire. Lors de ses visions, il vit un homme doté d'une longue barbe dorée, qui l'appela son fils, et lui apprit à combattre les démons, aidé par un homme plus jeune qui se présenta comme son frère aîné.

Plus tard, en 1843, après son quatrième échec, inspiré par des brochures religieuses que lui avait remis un missionnaire chinois, Liang Afa, il en conclut qu'il avait vu Dieu le Père, accompagné de Jésus, et que lui, Hong Xiuquan, était le frère cadet de Jésus.

« Roi Céleste » des Taiping[modifier | modifier le code]

Il prêcha alors la bonne parole, puis la révolte, en 1850-1851. Rapidement, les insurgés remportèrent de grands succès en Chine centrale et sur le cours du Yangzi Jiang.

Les Taiping prirent Nankin, l'ancienne capitale de la dynastie Ming, dont ils firent la capitale du « Royaume Céleste de la Grande Paix ».

Peu à peu cependant, ils perdirent du terrain, avec en particulier deux grands tournants dans la guerre :

  • Le massacre de Tianjing, où les principaux chefs Taiping s'entretuèrent eux et leurs partisans, entraînant la perte de l'unité du mouvement, et celle de nombreux soldats (morts, ou partis),
  • La perte de la neutralité des Occidentaux, suite à un certain nombre d'erreurs des Taiping : ils attaquèrent Shanghai (un port-clé pour l'Occident) à plusieurs reprises, en 1860 et en 1862, ils répétèrent leur volonté d'interdire le commerce de l'opium (pour le commerce duquel la Grande-Bretagne venait de faire la guerre), ils montrèrent un grand dogmatisme pour affirmer une « doctrine chrétienne » présentant bien des aspects fantaisistes ou ridicules[2].

Personnalité de Hong Xiuquan, et conséquences pour la Révolte des Taiping[modifier | modifier le code]

On sait un certain nombre de choses sur Hong Xiuquan, qui permettent de mieux comprendre à la fois les succès Taiping du début, et les revers, puis la défaite finale ensuite :

Ses qualités[modifier | modifier le code]

  • C'était un mystique, ayant eu des visions de Dieu le Père et de Jésus, et qui organisait dans son palais des séances médiumniques pour parler à Dieu. Il avait, comme l'ont rapporté des observateurs étrangers, la certitude du triomphe final.
  • Il témoigna d'un grand pouvoir de conviction, et sut entraîner et convaincre des millions de gens.
  • Il sut tirer de la religion chrétienne une idéologie — en rupture forte avec les traditions chinoises confucéennes — prônant l'égalité, la mise en commun de la terre, des moyens de culture et des récoltes, l'égalité des hommes et des femmes, l'interdiction de l'opium, l'harmonie universelle...
  • Il avait avec lui des disciples, qui, tels Feng Yunshan, le « Roi du Sud », ou Yang Xiuqing, le « Roi de l'Est », montrèrent au début des qualités d'organisation, structurant le Royaume céleste d'une façon qui surprit, les premiers temps, certains des Occidentaux qui le rencontrèrent. Il sut s'entourer d'hommes d'humble extraction, qui se révélèrent cependant de bons généraux, capables de vaincre les Qing.

Ses points faibles[modifier | modifier le code]

  • Malgré ses études confucéennes pour préparer les examens d'État, il était malgré tout peu éduqué.
  • Il n'avait aucune connaissance de l'étranger en général et de l'Occident en particulier, ce qui lui fit commettre d'énormes erreurs de communication vis-à-vis des puissances occidentales (arrogance, dogmatisme, prétention à dominer le monde entier, affirmation de théories « chrétiennes » fantaisistes, etc.) : celles-ci abandonnèrent finalement la neutralité du début et se retournèrent contre lui. Les nations occidentales (Britanniques et Français en particulier) eurent un rôle essentiel dans sa défaite finale.
  • Il fit montre d'un grand dogmatisme, appliquant des sanctions très lourdes pour des fautes telles que la détention des classiques confucéens, ou encore le fait pour un couple marié de vivre ensemble (hommes et femmes devaient vivre séparément jusqu'à la victoire finale du Royaume Céleste).
  • Simultanément, il ne respectait pas lui-même, ni son entourage, les principes énoncés, vivant dans le luxe et pratiquant la polygamie.

Il est certain que la Révolte des Taiping ébranla profondément la dynastie mandchoue des Qing, et contribua à sa chute en 1912. Sun Yat-sen venait de la même région que Hong Xiuquan, et on dit qu'il s'identifiait depuis son enfance avec Hong Xiuquan.
Les communistes chinois considèrent qu'il a ouvert la voie à leur propre révolution.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Il meurt le 1er juin 1864, « après avoir mangé de la manne », dira son cousin Hong Rengan, ou, plus exactement, en s'alimentant d'herbes sauvages (qu'il appelait la « douce rosée ») pour résister à la famine qui sévissait dans la ville assiégée. Il fut alors victime d'une intoxication alimentaire qui mit 20 jours à le tuer[3], peu avant la chute de Nankin aux mains de l'armée impériale, le 19 juillet 1864.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eric J. Hobsbawm, L'ère du capital 1848-1875, Paris, Fayard, 1978, p. 183.
  2. Teng S.Y. : The Taiping Rebellion and the Western Powers, page 312. Oxford at the Clarendon Press, 1971.
  3. Teng S.Y. : The Taiping Rebellion and the Western Powers, page 323. Oxford at the Clarendon Press, 1971.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • SPENCE Jonathan D. (1996) : God's Chinese Son : The Taiping Heavenly Kingdom of Hong Xiuquan. W.W. Norton & C°. New-York, London. ISBN 0-393-03844-0