Edgardo D. Carosella

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Edgardo D. Carosella né à Buenos Aires le 9 avril 1951, est un immunologiste français.

École Normale Supérieure de Professeurs Mariano Acosta (Argentine, 1968). MD, Faculté de médecine de l’Université du Salvador s.j. (Argentine, 1975). Directeur de recherche au Commissariat à l’Énergie Atomique et Chef du service de recherche en hémato-immunologie à l'hôpital Saint-Louis depuis 1995. Vice-président de la Fondation Jean Dausset-CEPH (Centre d’Étude du Polymorphisme Humain)[1] depuis 1997.

Travaux scientifiques[modifier | modifier le code]

Edgardo D. Carosella commence sa carrière scientifique en 1972 à l’Institut de Recherche Hématologique de l’Académie Nationale de Médecine à Buenos-Aires (Argentine). Sa recherche porte alors sur la régulation des fonctions lymphocytaires chez les malades atteints de lymphome, et sur l’immunité cellulaire chez les malades atteints de lèpre. Il établit pour la première fois une corrélation parfaite entre l’activité lymphocytaire T et les différentes formes de lèpre (lépromateuse indéterminée et tuberculoïde), prouvant son rôle fondamental dans la lèpre indifférenciée et son évolution vers la forme lépromateuse ou tuberculoïde. En outre, après inoculation à des tatous du bacille de Hansen provenant d’un malade, il décrit pour la première fois, en même temps qu’une équipe canadienne (E. Storrs et al.), la reproduction du léprome chez les tatous (jusqu’alors cette inoculation, chez tous les animaux testés, ne reproduisait pas la maladie). Il a été ainsi le premier à étudier le système immunologique humoral et cellulaire chez trois espèces différentes des tatous, très primitives dans l'échelle zoologique (Chaetophractus villosus, Dasypus hybridus, Septecintus et Zaedus pichei), ce qui lui permit de standardiser et de préconiser l'espèce la plus appropriée à l'obtention des lépromes chez l'animal (Septecintus et Zaedus). Depuis, cette espèce a été à la fois utilisée comme modèle de reproduction de la maladie et pour l'obtention des lépromes.

En 1974, par l’étude immunologique des malades atteints de lymphomes hodgkiniens et non hodgkiniens, E.D. Carosella montre chez ces patients l’absence d’une réaction cutanée à la tuberculine associée à une diminution du nombre des lymphocytes T et leur réactivité vis-à-vis du même antigène. Les taux les plus bas correspondaient aux types cytologiques des pronostics les plus sévères de la maladie de Hodgkin. Ils étaient aussi corrélés à l'état clinique des patients et au degré de dissémination de la maladie.

En 1976, invité par le Pr Jean Bernard, il rejoint l’équipe du Pr Jean Dausset à l’Institut universitaire d’hématologie (IUH)[2] à l’hôpital Saint-Louis. Il s’applique à l’étude des antigènes HLA Human Leukocyte Antigen, à leur rôle dans l'immunité cellulaire et dans la transplantation allogénique. L’objectif est de mettre en évidence le contrôle génétique de la réponse proliférative allogénique, l’existence de lymphocytes suppresseurs et cytotoxiques, et les facteurs médiant cette activité. Jusqu’alors, le contrôle génétique de l’alloprolifération avait été attribué aux antigènes HLA-A, -B, -C du complexe HLA.
Mais l’étude réalisée par E.D. Carosella sur des familles informatives modifia ce concept et démontra l’existence d’un système autonome proche de la série HLA-B situé à 1 % de recombinaison de celle-ci et responsable de la prolifération allogénique. Ce système s’appellera par la suite région HLA-D, ce qui laisse présager l’existence de plusieurs locus. Pendant la réponse allogénique, il observa également la production de cellules mémoires immunes capables de proliférer rapidement en cas de re-stimulation par des cellules ayant servi à l'immunisation primaire, celle-ci étant contrôlée par un nouveau type d’antigènes appelés HLA-DR. C’est aussi durant cette réaction qu’il constata la différenciation d’une population lymphocytaire T suppressive capable d’inhiber la réponse allogénique. Ces cellules étaient capables de secréter un facteur suppresseur qui inhibait cette réponse de façon non spécifique. Il démontra plus tard que cette inhibition était due à la molécule HLA-G.

C’est par ses travaux sur la molécule HLA-G qu’E.D. Carosella fait une découverte qui a totalement changé la compréhension de la tolérance fœto-maternelle. Pour la première fois, il est possible de répondre de façon décisive à la question de savoir pourquoi une mère ne rejette pas son fœtus semi-allogénique (puisqu’il porte des antigènes paternels). Il fit la première démonstration ex vivo du rôle protecteur de la molécule HLA-G, présente à la surface des cellules cytotrophoblastes, vis-à-vis de la lyse exercée par les cellules NK infiltrant la decidual utérine, tant dans des conditions semi-allogéniques (cytotrophoblaste et cellules NK provenant de la même mère) qu’allogéniques (cellules NK utérines et cytotrophoblastes de mères différentes). Le blocage de cette protéine par des anticorps spécifiques anti-HLA-G déclenche une cytotoxicité importante envers ces cellules fœtales. Ainsi le fœtus est protégé des réactions de rejet médiées par les cellules T et les lymphocytes NK maternelles. De plus il démontra que la molécule HLA-G est un inhibiteur des cellules immuno-compétentes : NK, T, cellules présentatrices des antigènes (APC) et cellules B productrices de Ac. Il décrivit trois conséquences cliniques majeures de l’expression de cette protéine : a) dans le contexte de la grossesse, HLA-G est la condition préalable à l’implantation embryonnaire ; b) en transplantation d’organes, elle induit une absence de rejet ; c) dans le contexte tumoral, son expression a un impact fonctionnel négatif sur la réponse anti-tumorale.

Distinctions et prix[modifier | modifier le code]

  • Professeur honoraire de l'Universidad del Salvador, Buenos Aires (Argentine), 1997
  • Hôte officiel de la Autoridad Regulatoria Nuclear (Argentine), 1999
  • Membre correspondant élu de l’Académie des sciences de l’Institut de France, 1999
  • Membre élu de la European Academy of Sciences[3], Bruxelles (Belgique), 2002
  • International Scientist of the Year, International Biographical Centre, Cambridge (RU), 2003
  • Docteur Honoris Causa de l’Université du Salvador (Argentine), 2006
  • Membre élu de la Real Academia de Medicina y Cirugia (Espagne), 2013


  • Prix Juan M. Fernandes : Exploracion de la immunidad mediada por celulas en pacientes de lepra (Federacion del patronato del enfermo de lepra de la Republica Argentina), Buenos Aires (Argentine), 1977
  • Price of the European Group for Blood and Marrow Transplantation : In situ rt-pcr: expression of cd34 gene in individual cells, Davos (Suisse), 1995
  • Prix Européen de la Fundacion Balear Transplant : Functional role of pecam-1/cd31 molecule expressed on human blood progenitors, Baléares (Espagne), 1995
  • Prix de la International Society of Experimental Hematology : Evidence for the presence of the alternatively splicedHLA-G mRNA forms in human mononuclear cells from peripheral blood and umbilical cord blood, Düsseldorf (Allemagne), 1995
  • Merit Award of 13th International Congress of Histocompatibility and Immunogenetics, Seattle Washington (États-Unis), 2002
  • 2009 Blaise Pascal Medal in Medicine, European Academy of Sciences, The Blaise Pascal Medal for Science and Technology, Bologne (Italie), 2009

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Commandeur dans l’Ordre national du Mérite (2010)
  • Officier des Palmes académiques (2010)
  • Chevalier de la Légion d’Honneur (2006)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles scientifiques majeurs[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Immunologia de las enfermedades infecciosas avec A.E. Bachmann et coll., Buenos Aires Arte, 1978
  • Rôle de la molécule HLA-G dans la tolérance fœto-maternelle et l’implantation embryonnaire avec N. Rouas-Freiss, Masson, 2000
  • L’Identité ? Soi et non-soi, individu et personne avec T. Pradeu, B. Saint-Sernin et C. Debru, Paris, PUF, 2006
  • L’identité changeante de l’individu - La constante construction du Soi avec B. Saint-Sernin, Ph. Capelle et S.E. M. Sánchez Sorondo, Paris, L’Harmattan, 2008
  • L'identité, la part de l’autre - Immunologie et philosophie avec T. Pradeu, Paris, Odile Jacob, 2010

Références[modifier | modifier le code]

Parmi plus de 280 articles parus entre 1980 et 2012 dans des revues scientifiques internationales à comité de lecture[4],[5] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fondation Jean Dausset-CEPH (Centre d’Étude du Polymorphisme Humain)
  2. Site internet de l'Institut universitaire d’hématologie (IUH).
  3. European Academy of Sciences
  4. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?term=Carosella%20ED[Author]&cauthor=true&cauthor_uid=21482709
  5. Bibliographie indexée par Google Scholar