Double articulation

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La double articulation est un concept linguistique. Le langage humain se singularise par le phénomène de la double articulation : toutes les langues humaines sont des systèmes de communication doublement articulés.

Théorie[modifier | modifier le code]

Lorsque nous rendons compte de toute expérience par le biais du langage, nous utilisons, d'une part, des unités significatives (unités de première articulation) et d'autre part des unités distinctives (unités de deuxième articulation).

La première articulation est celle qui fait que l'expérience rendue par le langage s'articule en unités successives et significatives, les monèmes (appelés couramment "morphème"). Les monèmes ont donc une forme et un sens (un signifiant et un signifié, si l'on veut faire le parallèle avec le signe linguistique de Saussure). Ils se combinent entre eux pour permettre de créer un énoncé ayant une signification. Concrètement, si nous prenons l'exemple de l'énoncé :

Le chat dort

celui-ci est composé de trois monèmes : le monème "défini" <le>, le monème <chat> et le monème <dort>. Le monème est donc la plus petite unité signifiante existante, raison pour laquelle les temps, le pluriel, etc. sont des monèmes (à l'inverse, un mot composé comme chaise longue ne sera pas analysé en deux monèmes car chaise longue commute avec table, par exemple, il sera appelé synthème, car composé de 2 monèmes qui n'ont pas, dans ce cas, leur autonomie (on ne peut pas dire la chaise très longue sous peine de ne plus désigner la même réalité, on dira la chaise longue très longue).

La forme des monèmes s'articule en unités plus petites, appelées unités distinctives, les phonèmes. Ces unités n'ont pas de sens mais ont pour fonction de distinguer les monèmes entre eux. Par exemple :

[ʃa] ~ [ʁa]

la substitution du phonème /ʃ/ et /R/ entraîne une modification du monème :

[maʁ] ~ [mar]

l'opposition [R] et [r] (roulé) n'est pas pertinente en français, ce ne sont donc pas des phonèmes différents mais des réalisations différentes d'un même phonème (donc, 2 sons différents mais un seul phonème). Les deux prononciations peuvent coexister sans que cela ne change le sens du monème. En revanche, dans d'autres langues, cette opposition est pertinente et on est bien en présence de 2 phonèmes distincts. Autre exemple, en japonais, l'opposition [l] et [r] n'est pas pertinente, ceux-ci pourront coexister sans changer le sens du monème, comme pour [ʁ] et [r] en français.

C'est le linguiste André Martinet qui a le premier relevé la double articulation du langage, qui singularise le langage humain (par opposition aux langages formels) :

On peut schématiser de la façon suivante :

Nomenclature

Structure

liste de mots

ex: dictionnaire agencement de combinaisons

On peut faire une comparaison avec un jeu d'échecs. Chaque pièce se déplace différemment sur l'échiquier, mais la combinaison de ces pièces donne à chacune sa valeur par rapport au reste du jeu.

Réfutation lacanienne[modifier | modifier le code]

Toutefois, le psychanalyste Jacques Lacan, critique cette thèse. Dans la leçon III de son Séminaire : "Contre les linguistes", Lacan prend l'exemple du chinois avec le phonème WEI.

« Wei fonctionne à la fois dans la formule wu wei, qui veut dire non-agir, donc wei veut dire agir, mais pour un rien vous le voyez employé au titre de comme. Cela veut dire comme, c'est-à-dire que ça sert de conjonction pour faire métaphore, ou bien encore ça veut dire en tant que ça se réfère à telle chose, qui est encore plus dans la métaphore. (...)

C'est pas mal, une langue comme ça, une langue où les verbes et les plus-verbes - agir, qu'y a-t-il de plus verbe, de plus-verbe agir? -, se transforment couramment en menues conjonctions. Ça m'a tout de même beaucoup aidé à généraliser la fonction du signifiant, même si ça fait mal aux entournures à quelques linguistes qui ne savent pas le chinois. (...)

En chinois, voyez-vous, c'est la première articulation qui est toute seule, et qui se trouve comme ça produire un sens. Comme tous les mots sont monosyllabiques, on ne va pas dire qu'il y a le phonème qui ne veut rien dire, et puis les mots qui veulent dire quelque chose, deux articulations, deux niveaux. Eh bien oui, en chinois, même au niveau du phonème ça veut dire quelque chose. Ca n'empêche pas que, quand vous mettez ensemble plusieurs phonèmes qui veulent déjà dire quelque chose, ça fait un grand mot de plusieurs syllabes, tout à fait comme chez nous, un mot qui a un sens, lequel n'a aucun rapport avec ce que veut dire chacun des phonèmes. Alors, la double articulation, elle est marrante là. C'est drôle qu'on ne se souvienne pas qu'il y a une langue comme ça, quand on énonce la fonction de la double articulation comme caractéristique du langage. » [1]

En 1995, soit 25 ans plus tard, dans la revue La linguistique, Vol. 31, Fasc. 2, le linguiste François Sébastianoff publie un article intitulé "La double articulation graphique dans l'écriture du chinois", dans laquelle il se propose "de montrer que l'écriture du chinois présente la même structure doublement articulée que les écritures alphabétiques."[2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LACAN, J., Le Séminaire, Livre XVIII - D'un discours qui ne serait pas du semblant, texte établi par Jacques-Alain Miller, Le Seuil Champ freudien, Paris, 2006, page 47.
  2. Disponible en ligne sur jstor.org/stable/30249087.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]