Daniil Harms

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Daniil Harms

Daniil Harms (en russe : Даниил Хармс ; - ) est un poète satiriste du début de l'ère soviétique considéré comme un précurseur de l'absurde[1] . De son vrai nom Daniil Ivanovitch Iouvatchev (Даниил Иванович Ювачев), il choisit le pseudonyme de Harms[2] pendant ses études secondaires. Il utilisa également les pseudonymes de Horms, Charms, Chardam, etc.

Son œuvre est essentiellement constituée de courtes vignettes, ne faisant souvent que quelques paragraphes, où alternent des scènes de pauvreté ou de privations, des scènes fantastiques ressemblant parfois à des descriptions de rêves, et des scènes comiques. « Certes Harms appartient sans conteste à la grande famille des désespérés rigolos »[3]. Les choses, les images, les personnages disparaissent souvent même avant de commencer à exister. Dans ces vignettes, des écrivains connus font parfois des apparitions incongrues.

Le monde de Harms est imprévisible et désordonné, ses personnages répétant sans fin les mêmes actions ou se comportant de façon irrationnelle, des histoires linéaires commençant à se développer étant brutalement interrompues par des incidents qui les font rebondir dans des directions totalement inattendues.

Le travail de Harms est plus profond qu'il n'y paraît et doit être replacé dans le contexte de l'Oberiou (Association pour l'Art réel), un courant littéraire et philosophique du modernisme russe dont il a été l'un des fondateurs.

Il fut accusé d'activités anti-soviétiques et exilé à Koursk en 1931. Il fut arrêté à nouveau pendant le siège de Leningrad le et interné en asile psychiatrique où il mourut, à 36 ans.

Considéré comme un ennemi du régime stalinien, Harms ne put publier de son vivant que deux textes[4]: l'essentiel de son œuvre fut diffusée clandestinement. Il fut réhabilité en 1956, mais longtemps, seules ses poésies pour enfants furent republiées en URSS, à partir de 1962[5]. Son œuvre est aujourd'hui appréciée en Russie. Elle a été traduite en français, allemand, anglais, italien, polonais, tchèque, suédois.

Lettre de D. Harms avec son autoportrait

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • WorldCat
  • Sonner et voler (poèmes), traduit du russe et préfacé par Gleb Urman, Littératures soviétiques, Gallimard, 1976.
  • Écrits, publ., préf. et trad. du russe par Jean-Philippe Jaccard ; notes et chronologie établies par Jean-Philippe Jaccard, Christian Bourgois, 1993, (ISBN 2-267-01071-2).
  • Anthologie de textes de l’OBÉRIOU [avec I. Bakhterev, I. Drouskine, L. Lipavski, N. Oleinikov, K. Vaguinov, A. Vvédenski, N. Zabolotski], Christian Bourgois, 1997.
  • La vieille, suivi de "Autobiographie", trad. Victor D, Saint Mont, 2001.
  • À titre posthume, récits choisis et traduits du russe par David Leblanc, Liberté, no 269 (septembre 2005), p. 111-130.
  • Le tombement, traduit du russe par Jean-Philippe Jaccard, L'Engouletemps, 2005.
  • Œuvres en prose et en vers, trad. du russe et annot. par Yvan Mignot, préf. de Mikhaïl Iampolski, Verdier, 2005, (ISBN 2-86432-437-7).
  • Incidents et autres proses, choix, traduction et postface de Henri Abril, Circé, 2006.
  • Toujours à titre posthume, récits choisis et traduits du russe par David Leblanc, Liberté, no 272 (mai 2006), p. 57-67.
  • Premièrement, deuxièmement, trad. du russe par Colette Stoianov ; ill. de Marc Rosenthal, l'École des loisirs, 1996.
  • Un tigre dans la rue, textes extraits de l'œuvre de Daniil Harms, trad. du russe par Catherine Eltchaninoff-Lancelot, ill. par Stéphanie Dallé-Asté, éditions Points de suspension, 1997.
  • Cahier bleu, texte traduit en français par Anne Arc, gravures en relief, livre d'estampes, 6 exemplaires, sur papier Himalaya, 33x45cm, 2010. Installation 2010 : "Espace poésie assassinée" dans "Le plus petit Musée du livre" (musée nomade).

Influences[modifier | modifier le code]

  • À partir des années soixante-dix, plusieurs textes de Harms ont servi de support à des œuvres artistiques.
  • En 2003, Guillaume Cantillon et la Cie Hi-Han créent Cabaret Toy, à la Maison des Comoni du Revest (Var) d'après les textes de Daniil Harms.
  • En 2009, des extraits de textes de Harms ont été adaptés dans "Telegrams from the Nose" de William Kentridge, François Sarhan & Ictus
  • En 2009, Marie Ballet monte "Oui, aujourd'hui j'ai rêvé d'un chien" au théâtre de la Bastille (Paris), sélection de textes de Daniil Harms appuyée par un accompagnement choral
  • En 2011, ses 'Écrits' ont été adaptés au théâtre par Laurent Pelly et l'Atelier Volant du TNT à Toulouse. Le spectacle s'appelait alors 'J'ai examiné une ampoule électrique et j'en ai été satisfait'.
  • En 2012, Oscar Strasnoy utilise ses écrits "Incidents" pour en faire un opéra : Slutchaï, produit pour la première fois au Grand Théâtre de Bordeaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jaccard Jean-Philippe, De la réalité au texte: L'absurde chez Daniil Harms. In: Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 26 no 3-4. . p. 269-312.
  2. La translittération du russe Хармс en français devrait être Kharms mais les éditeurs français ont pris l'habitude d'utiliser la graphie Harms.
  3. Georges Nivat « vers la fin du mythe russe », p. 236,
  4. Jaccard Jean-Philippe, Daniil Harms: bibliographie. In: Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 26 no 3-4. . p. 493-522.
  5. Henri Abril, introduction à l’Anthologie de la poésie russe pour enfants, Circé poche (ISBN 978-2-84242-216-5).

Liens externes[modifier | modifier le code]