Dame d'Auxerre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Dame d'Auxerre, musée du Louvre (Ma 3098) - (en arrière-plan, le dinos du Peintre de la Gorgone).
Moulage proposant une tentative de reconstitution des couleurs, université de Cambridge

La Dame d'Auxerre est une statuette datant du milieu du VIIe siècle avant notre ère. Elle est en calcaire et mesure environ 65 cm. Elle est acquise en 1895 par le concierge du théâtre d’Auxerre. C’est Maxime Collignon (1849-1917), un archéologue et historien d’art spécialiste de la sculpture grecque, qui la repère en 1907 dans les réserves du musée municipal d’Auxerre, en Bourgogne. Ensuite, en 1909, la Dame d’Auxerre arrive au Musée du Louvre à Paris, en échange d’une toile du peintre Harpignies (1819-1916). Actuellement, la dame d’Auxerre est dans l’aile Sully, au premier étage, salle 74 appelée le « salon des sept cheminées ». Son numéro d’inventaire est le suivant : MA3098. Il se situe au dos sur son socle d’origine. Nous n’en savons pas plus sur ses origines et nous ne connaissons pas l’artiste mais il est probablement crétois. Cette statuette est l'un des meilleurs exemples du style dédalique[1].


Description[modifier | modifier le code]

Cette statuette de calcaire coquillier[2], haute de 65 cm[2], représente une femme debout (peut-être une déesse) qui se tient droite, les pieds joints. La main droite est repliée contre la poitrine tandis que l'autre est tenue le long du corps. Son visage est symétrique et triangulaire, son menton est arrondi mais son crâne est plutôt plat. Un léger sourire se distingue sur son visage. Sa coiffure est imposante. Elle a de volumineuses tresses terminées par des petites boules qui encadrent son visage et tombent sur ses épaules. Sur le front, ses cheveux s’enroulent comme des spirales. Sa coiffure est symétrique et fait penser à une coiffure égyptienne.

On aperçoit la pointe de ses pieds nus qui dépassent de sa robe. Ils sont ronds et on distingue ses ongles (tout comme ses ongles de mains d’ailleurs).

La Dame porte la taille étroite des déesses minoennes et mycéniennes. Elle est vêtue à la mode crétoise[1], avec une tunique décorée d'écailles ou de plumes sur le buste, une large ceinture et une sorte de châle ou de pèlerine recouvrant les épaules – on a également avancé qu'il s'agissait d'un rabat de la tunique[3].

La partie gauche du visage a été arrachée. La taille, le bras droit et l'avant-bras gauche sont recollés. L'arrière de l'épaule gauche présente un éclat[2]. La statuette était originellement polychrome. Des traces de couleur rouge sont encore visibles sur le buste[2]. Le décor de la tunique, le châle et les bracelets des poignets étaient peints selon des motifs dont le dessin incisé est encore visible[2]. La Dame portait probablement une ceinture métallique[1].

La Dame d’Auxerre et le style dédalique[modifier | modifier le code]

La dame d’Auxerre est la meilleure introduction pour parler du style dédalique. Cet adjectif qualifiant cet art vient du nom de Dédale, un des plus grands sculpteurs et peintres d’Athènes. Chassé d’Athènes, il est accueilli par le roi Minos. Dans la mythologie grecque, C’est Dédale qui aurait érigé le labyrinthe permettant d’y enfermer le Minotaure. Le style dédalique est un art austère, influencé par l’Égypte et le Proche-Orient, une étape vers la grande statuaire grecque archaïque et classique. Datée de 630 av. J.-C. environ, elle provient de Crète, peut-être du site d'Éleuthernes, où des fragments analogues ont été découverts dans la nécropole d'Orthi Petra. Les premières grandes statues en marbre, dites de style dédalique, comme la dame d’Auxerre. Le style dédalique marque l’émergence de la sculpture grecque. Il est uniquement lié à la décoration. Cet art est caractérisé par le travail de la pierre, de l’argile, des bijoux et de l’ivoire. La représentation de la femme de face est ce qui est le plus prisé dans ce style et c’est en Crète qu’il prend son essor puis il se développe dans les Cyclades et enfin, en Grèce continentale.

Les sculptures féminines de cette époque sont caractérisées par le visage notamment : le visage est relativement triangulaire, ne présente aucun modelé et n'est animé que par les organes des sens (grands yeux en amandes, bouche laissant apparaître un petit sourire, préfigurant peut-être le « sourire archaïque » de la période suivante...). Le visage est encadré par une importante chevelure constituée de grosses mèches verticales se terminant par des petites boules ou des pointes. Ce sont les caractéristiques les plus marquantes du style dédalique. Par ailleurs, elles sont vêtues de longues robes et d’une pèlerine posée sur les épaules. Autrefois, ces sculptures étaient colorées.


La Dame d’Auxerre provient probablement du site d’Eleutherne en Crète. C’est sur ce site que des fragments similaires ont été découverts dans la nécropole d'Orthi Petra. Les figurines en calcaire comme celle-ci sont produites en grande quantité dans la mer Égée au cours du VIIe siècle av. J.-C. En effet, la Crète était connue pour sa production de sculptures en calcaire peint. Elles sont toutes dotées d’un visage triangulaire et d’une chevelure imposante. C’est une des caractéristiques de ce style. L'origine crétoise de l'œuvre est assurée par la nature du calcaire dans lequel elle est travaillée, ainsi que par la parenté du costume, du geste et du visage de la jeune femme avec les productions en bronze, en calcaire ou en argile découvertes sur l'île. La Dame d’Auxerre témoigne de l'intense activité artistique qui se manifeste dans les régions orientales du bassin méditerranéen pendant la période orientalisante. Les répertoires décoratifs et les techniques venus du Proche-Orient et d’Égypte sont alors largement diffusés et repris par les artisans grecs qui mêlent ces modèles à leurs propres traditions. C’est ainsi que nous percevons une influence égyptienne dans le traitement de représentation. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’affirmer que la Grèce et l’Égypte ont eu des contacts. La culture égyptienne a déteint sur beaucoup de représentations antiques. Cela se retrouve dans le style dédalique notamment dans les proportions, la coiffure imposante, la pose frontale et la raideur des membres.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Boardman, p. 12.
  2. a, b, c, d et e Hamiaux, p. 44.
  3. Hamiaux, p. 43.

Références[modifier | modifier le code]

  • John Boardman (trad. Lucie Marignac), La Sculpture grecque archaïque [« Greek Sculpture: the Archaic Period »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'Univers de l'art »,‎ 1994 (1re édition 1978, révisée en 1991) (ISBN 2-87811-076-5), p. 12-13.
  • Marianne Hamiaux, Les Sculptures grecques I, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1992 (ISBN 2-7118-4287-8), no 38, p. 43-45.
  • Jean-Luc Martinez, La Dame d'Auxerre, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 2000.
  • John BOARDMAN, La Sculpture grecque archaïque, l’univers de l’art, Thames et Hudson, 1994
  • Adrien GOETZ et Erich LESSING, Au Louvre les arts face à face, Hazan, 2003

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :