Course au sérum de 1925

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Itinéraire de la course au sérum de 1925 (en vert).

La course au sérum de 1925 (ou connue sous le nom de la "Grande course de la Miséricorde") est un transport improvisé et en urgence en Alaska, par chemins de fer puis par traîneaux à chiens, d'une caisse de sérum anti-diphtérique sur plus de mille kilomètres entre Anchorage et Nome affligée par une épidémie en 1925.

Histoire[modifier | modifier le code]

Gunnar Kaasen et son chien de tête Balto en 1925. L'histoire de Balto est à l'origine du scénario de Balto, Chien-Loup, Héros des neiges (1995).

A la veille de Noël 1924, dans le village inuits de Holy Cross près de Nome, le docteur Curtis Welch, seul médecin de Nome, est appelé pour examiner un enfant malade. Les symptômes de l'enfant et l'absence d'autres enfants malades dans son entourage le conforte dans son diagnostic d'une angine[1].

Le 28 décembre 1924, le docteur Curtis Welch constate le décès d'un second enfant dans le village de Holy Cross, le premier étant décédé le jour de Noël. Le docteur demande l'autorisation à la famille inuit de pouvoir l'autopsier, de manière à vérifier qu'il ne s'agisse pas d'un cas plus grave qu'une simple angine. La famille de l'enfant refuse. Au cours du mois de Janvier 1925, deux autres enfants inuits décèdent d'une forte angine.

Le 20 janvier 1925, le docteur Welch est consulté pour une angine sur un enfant de 3 ans à Nome. Il diagnostique sur lui un cas de diphtérie, maladie hautement contagieuse touchant essentiellement les enfants et les personnes âgées. Curtis Welch possède encore 80 000 unités d’antitoxines, mais elles sont datées de 1918 avec une date d’expiration à l’été 1924. Il choisit de soigner l’enfant par d’autres méthodes[2].

Le 21 janvier 1925, Le jeune garçon atteint de diphtérie est décédé dans la nuit à Nome[1]. Une jeune fille de 7 ans est diagnostiquée malade de diphtérie, le docteur Curtis Welch lui administre 6 000 unités de sérum périmé pour tenter de la sauver. Il avertit immédiatement le maire George Maynard pour organiser un conseil municipal extraordinaire. Le docteur annonce au conseil qu’il a besoin d’1 million d’unités de sérum pour stopper l’épidémie, il lui en reste 74 000 périmés. Le conseil municipal place la ville en quarantaine[2].

Le 22 janvier, la jeune fille atteinte de diphtérie est décédée dans la nuit à Nome. Welch envoie un message par télégraphe aux grandes villes de l'Alaska ainsi qu'au gouverneur Scott Cordelle Bone : « Une épidémie de diphtérie semble inévitable ici STOP J’ai un besoin urgent d’un million d’unité d’antitoxine STOP Le service postal est la seule forme de transport possible STOP J’ai fait une demande auprès du commissaire de la Santé d’Alaska pour de l’antitoxine STOP Il y a environ 3 000 blancs dans le district »[2],[3].

Le 24 janvier, la situation s’est aggravée à Nome : en 2 jours, 2 décès supplémentaires, 20 cas de diphtérie confirmés et 50 soupçonnés. A Juneau, sur la côte sud de l’Alaska, une réunion du bureau de la santé envisage 2 solutions : l'avion ou le relai train-traîneaux.

L'avion[modifier | modifier le code]

Pour le bureau de la santé, un avion emporterait l’antitoxine directement d’Anchorage à Nome, soit 870 kilomètres. Des essais ont été conduits depuis février 1924, le meilleur avion ayant franchi 420 kilomètres par -23°C. En cette fin janvier 1925, la température moyenne en Alaska est de -20°C sur la côte, -35°C dans les terres au meilleur de la journée. La nuit, la température peut descendre en-dessous de -50°C. Les seuls avions disponibles sont 3 biplans Standard J-1 de la Première Guerre mondiale avec cockpit ouvert et refroidissement par eau. Ils sont clairement inadaptés pour le voyage. Le conseil refuse de prendre le risque de perdre la cargaison.

Le relai train - traîneaux[modifier | modifier le code]

Dans cette option, un train emporterait l’antitoxine d’Anchorage jusqu’à Nenana, gare la plus proche de Nome, puis un relai de 2 mushers en traîneaux à chien effectueraient la distance séparant Nenana de Nome, soit 1 080 kilomètres, en se rencontrant à mi-chemin, à Nulato. Le record sur la portion Nulato-Nome est de 9 jours en traîneau. Le transfert du courrier de Nenana à Nome prend 25 jours habituellement. A Nome, Leonhard Seppala, l’un des plus célèbre conducteurs de traineau d’Alaska, est averti et prépare son équipage pour une course de 1 014 kilomètres : l’aller-retour de Nome à Nulato.

Le service de santé publique des Etats-Unis d’Amérique réquisitionne 1,1 millions d’unités d’antitoxine sur la côte Ouest américaine. Il souhaite les transporter par bateau jusqu’à Seattle pour être ensuite envoyées en Alaska. L’Alameda, seul navire disponible pour ce voyage, ne sera pas à Seattle avant le 31 janvier et nécessitera 7 jours de plus pour arriver à Seward, point de départ de la ligne de chemin de fer passant par Anchorage et allant à Nenana.

Le même jour, une réponse est envoyée par télégraphe : « Ici Seattle STOP Sérum frais disponible ici STOP Avions se tenant prêt à décoller pour Nome STOP ». Malgré cette bonne volonté, le sérum ne pourrait être à Nome avant le 27 février, soit 5 semaines plus tard… Il ne restera plus beaucoup d’enfant à sauver si ce délai n’est pas raccourci.

La solution provisoire d'Anchorage[modifier | modifier le code]

Le 25 janvier, un médecin de l’Hôpital des Chemins de Fer d’Anchorage découvre un stock de 300 000 unités d’antitoxine disponible. Elles sont réquisitionnées sur ordre du gouverneur Scott Bone. Cette quantité ne suffira pas à arrêter l’épidémie, mais elle devrait être suffisante pour tenir jusqu’à l’arrivée des unités supplémentaires. Le sérum est remis au conducteur du train Anchorage-Fairbanks, chargé de le déposer à Nenana au premier relayeur : William « Wild Bill » Shannon[2].

Le 26 janvier, le relai de 2 mushers se met en place et Leonhard Seppala quitte Nome pour un voyage de 557 kilomètres jusqu’à Nulato où il devra récupérer le sérum et le ramener à Nome. Son équipage est composé de 20 chiens. Le voyage du sérum commence en train : les 300 000 unités d’antitoxine de l’Hôpital d’Anchorage sont remises à Frank Knight, conducteur de la locomotive.

Le gouverneur d’Alaska demande au directeur des Services Postaux Américains d’organiser un relai avec les meilleurs meneur de chiensmushers et les meilleurs équipages de chien de traîneaux pour transporter le sérum. Ils devront voyager jour et nuit, de Nenana jusqu’à Nome. Ils ne seront pas payés pour ce service, c’est une mission de miséricorde. 18 équipages répondent à l’appel, soit 20 au total avec les 2 déjà prévus. Un seul grain de sable dans cette organisation, Leonhard Seppala est déjà parti pour Nulato, et il a prévu d’éviter soigneusement tous les villages du parcours pour ne pas être ralenti[2].

C'est finalement le 2 février que la caisse de vaccin arrive à Nome, portée par Gunnar Kaasen et son chien de tête Balto[2]. Les malades sont sauvés. Les médias exploitent l'événement en faisant de Balto le héros de Nome[4]. C'était la première fois que Balto était chien de tête[5].

Les Mushers[modifier | modifier le code]

En tout, 20 mushers ont participé à cette course[6].

Date Musher Parcours Distance parcourue
27-28 Jan. William "Wild Bill" Shannon De Nenana à Tolovana 84 km
28 Janvier Edgar Kallands De Tolovana à Manley Hot Springs 50 km
28 Janvier Dan Green De Manley Hot Springs à Fish Lake 45 km
28 Janvier Johnny Folger (Natif Athabascan) De Fish Lake à Tanana 42 km
29 Janvier Sam Joseph (Natif de la Tribue Tanana) De Tanana à Kallands 55 km
29 Janvier Titus Nickolai (Natif Athabascan) De Kallands à Nine Mile Cabin 39 km
29 Janvier Dave Corning De Nine Mile Cabin à Kokrines 48 km
29 Janvier Harry Pitka De Kokrines à Ruby 48 km
29 Janvier Bill McCarty De Ruby à Whiskey Creek 45 km
29 Janvier Edgar Nollner De Whiskey Creek à Galena 39 km
30 Janvier George Nollner (Frère d'Edgar) De Galena à Bishop Mountain 29 km
30 Janvier Charlie Evans (A moitié natif Athabascan) De Bishop Mountain à Nulato 48 km
30 Janvier Tommy Patsy (Natif Koyukuk) De Nulato à Kaltag 58 km
30-31 Jan. "Jackscrew" (Natif Athabascan) De Kaltag à Old Woman Shelter 64 km
31 Janvier Victor Anagick (Natif Eskimo) De Old Woman Shelter à Unalakleet 55 km
31 Janvier Myles Gonangan (Natif Eskimo) De Unalakleet à Shaktoolik 64 km
31 Janvier Henry Ivanoff (Eskimo-Russe) De Shaktoolik à un point de rendez-vous
31 Jan.-1 Fevr. Leonhard Seppala De point de rendez-vous à Golovin 146 km
1 Fevrier Charlie Olson De Golovin à Bluff 40 km
1-2 Fevr. Gunnar Kaasen De Bluff à Nome 85 km

Seconde course au Sérum[modifier | modifier le code]

La première livraison faite le 2 février était insuffisante pour éradiquer toute menace d'épidémie. Un nouveau chargement de 1,1 millions d’unités de sérum part le 8 février de Juneau. Cette fois-ci, ce sont une trentaine de mushers qui se relaient pour apporter l'antidote à Nome. Ed Rohn délivre le paquet au Docteur Welch le 15 février. Le 21 février 1925, la quarantaine est levée, la ville est sauvée, grâce aux mushers et à leurs équipages de chiens de traîneaux.

Doutes et erreurs[modifier | modifier le code]

L'information concernant cette Course au Sérum étant parcellaire, plusieurs erreurs et controverses ont été rapportés sur les évènements qui se sont déroulés.

Le nombre de mushers[modifier | modifier le code]

20 mushers ont été officiellement recensés. Le documentaire d'Arte Sauvé grâce aux chiens de traîneaux rapporte que plus d'une trentaine ont réellement pris part à cette course. Cette controverse s'explique par la réalisation de 2 courses et non d'une seule. Ce sont bien 20 mushers qui prirent part à la première et une trentaine à la seconde, dont certains mushers de la première. La seconde course au Sérum, du 8 février au 15 février est peu connue et l'identité des mushers n'est pas certaine. Il est à noter qu'une femme aurait participé à cette seconde course au Sérum[7].

Balto, chien de tête[modifier | modifier le code]

La légende a fait de Balto le sauveur de Nome. Sur les lignes de traîneau, les chiens sont installés 2 par 2. Un seul chien dirige réellement la meute, mais celui-ci ne s'identifie pas directement en regardant un attelage, puisqu'ils sont 2 à se partager la tête de l'équipage. Lorsque le journaliste de Nome couvrant les évènements s'est adressé à Gunnar Kaasen pour lui demander le nom du chien qu'il voyait en tête, celui-ci lui a répondu 'Fox' (Renard, en anglais). Pour éviter toute erreur d'interprétation pour ses lecteurs, le journaliste a alors demandé le nom de l'autre chien en tête d'attelage : Balto. La célébrité acquise par Balto ne permet pas de savoir avec certitude s'il fût bien le chien de tête de l'équipage de Gunnar Kaasen, ce dernier n'ayant jamais remis en cause le rôle de Balto au cours de cette nuit du 1er au 2 février 1925.

Adaptation[modifier | modifier le code]

Cette histoire a inspiré le film d'animation Balto, Chien-Loup, Héros des neiges sorti en 1995 et produit par les studios Amblimation.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « The 1925 Serum Run to Nome - A synopsis », sur Balto True Story (consulté le 15 août 2012)
  2. a, b, c, d, e et f (en) « Balto and the Legacy of the Serum Run - From the 1925 "Serum Run" to the Iditarod of Today », sur Cleveland Museum of Natural History (consulté le 15 août 2012)
  3. (en) « The Serum Run of 1925 », sur Litsite (consulté le 15 août 2012)
  4. (en) « Balto - A Capsule history », sur Balto True Story (consulté le 15 août 2012)
  5. (en) « Seppala's dogs: Balto, Togo and Fritz », sur Alaskadispatch (consulté le 1er octobre 2012)
  6. (en) Salisbury, Gay Salisbury & Laney (2003) The cruelest miles: the heroic story of dogs and men in a race against an epidemic. ISBN 0393019624
  7. Sauvé grâce aux chiens de traîneaux, documentaire de 2012, réalisé par Daniel Anker