Coronographie

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La couronne solaire vue par le coronographe LASCO C1

La coronographie est une technique en astronomie qui consiste à reproduire le phénomène céleste des éclipses totales. Le coronographe permet en effet d'effacer la partie centrale de l'étoile. Ainsi, seule la couronne de l'étoile observée apparaît, car elle n'est plus « noyée » par la lumière de la photosphère (le disque stellaire).

Intérêt[modifier | modifier le code]

En plus de révéler la couronne de l'étoile, la technique du coronographe permet de rendre visible des objets orbitant près d'elle. Cette technique permet de faire apparaitre des objets dont la luminosité est des millions voire des milliards de fois moins importante que celle de l'objet occulté. C'est ainsi que le satellite d'observation solaire SoHO, est un très grand révélateur de comètes (en un peu moins de dix ans de fonctionnement, SoHO a permis de révéler 1 000 comètes).

De plus, la technique du coronographe a depuis les années 1980, été adaptée à l'étude d'autres étoiles que le Soleil. Avec l'espoir de pouvoir ainsi détecter de nouvelles exoplanètes.

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est Bernard Lyot qui inventa le premier coronographe au début des années 1930. Il lui permit d'observer la couronne solaire hors éclipse à l'aide d'un télescope réfracteur.

En 1996, les deux astronomes français Jean Gay et Yves Rabbia proposèrent leur coronographe interférentiel achromatique permettant de réaliser l'occultation de l'image donnée par une étoile brillante. Il s'agit ici d'observer l'environnement proche d'autres étoiles que le soleil, en particulier dans le but de détecter des planètes en orbite ou en formation autour de ces étoiles.

En 1997, deux autres astronomes français, François Roddier et Claude Roddier, proposent à leur tour un nouveau type de coronographe. Celui-ci reprend le principe du coronographe de Lyot mais remplace le masque occultant l'étoile par un masque la déphasant de pi dont l'avantage principal est de pouvoir détecter des planètes situées plus près de l'étoile visée.

Au début des années 2000 plusieurs propositions sont faites pour modifier la transmission de la lumière dans la pupille d'entrée de l'instrument, et ceci dans le but d'améliorer sa fonction d'étalement du point. Cette technique d'apodisation de pupille est proposée soit en tant qu'alternative à la méthode coronographique traditionnelle, soit pour renforcer l'action d'un coronographe de Lyot.

Bien que plusieurs nouveaux coronographes aient été proposés depuis, leurs principes restent fondamentalement les mêmes que ceux des coronographes évoqués plus haut. Certains combinent ces principes pour améliorer les performances de l'instrument.

En 2008 la planète extrasolaire Fomalhaut b est la première planète découverte par visualisation directe via une photographie coronographique provenant du télescope spatial Hubble.

Principe Général[modifier | modifier le code]

Schéma du Coronographe de Lyot, dans son article original en 1931

Le principe de base est simple, un masque opaque d'un diamètre adapté à l'étoile observée est placé dans le télescope. Le masque a ainsi le même comportement que lorsque la Lune passe devant le Soleil lors d'une éclipse, occultant sa lumière et nous laissant voir sa couronne.

Le génie de Bernard Lyot dans son invention, est d'avoir analysé finement les phénomènes de réflexion et de diffraction à l'intérieur de son dispositif et d'avoir ainsi conçu une optique permettant de séparer la lumière en provenance de la couronne solaire et celle diffractée par le bord de l'objectif principal. C'est le rôle du « diaphragme de Lyot », ou Lyot stop.

Détail du coronographe de Lyot pour l'observation du Soleil[modifier | modifier le code]

Nomenclature des composants du coronographe de Lyot

Voici le principe optique plus détaillé basé sur la figure ci-contre :

L'objectif O1 forme l'image du Soleil à son foyer, sur le disque occulteur qui couvre exactement l'image du disque solaire. Seuls subsistent les rayons lumineux provenant de la couronne solaire. La lentille O2 donne de l'image du Soleil occulté une image virtuelle, translatée de quelques mm en direction de O1, et donne de l'objectif O1 une image réelle sur le diaphragme. Ce dernier permet de se débarrasser de la lumière parasite diffractée par le pourtour de l'objectif O1.

Les objectifs O3 et O3' donnent de l'image virtuelle du disque occulté préalablement formée par O2 une image réelle observable à l'oculaire ou reçue sur la pellicule d'un appareil photographique ou sur le capteur d'une caméra numérique. Entre les deux éléments O3 et O3', les rayons lumineux sont parallèles, ce qui permet d'utiliser un filtre monochromatique dans les meilleures conditions.

Ce type de coronographe avec un masque constitué d'un disque opaque, appelé coronographe de Lyot, ne permet souvent pas de détecter de planètes extrasolaires. En effet, pour atténuer suffisamment l'étoile, il faut utiliser un masque souvent trop large pour que l'on puisse observer les planètes à faible séparation. D'autres types de coronographes utilisant le même principe mais des masques différents ont été développés.

Autres types de coronographes[modifier | modifier le code]

Coronographe de Lyot apodisé[modifier | modifier le code]

Légère amélioration du coronographe de Lyot, on utilise un masque particulier. Il permet d'améliorer l'extinction de l'objet, non seulement en bloquant la lumière centrale, mais en limitant aussi les effets de diffraction sur ses bords.

Coronographes à masque de phase[modifier | modifier le code]

Claude et François Roddier proposent en 1997 d'introduire un décalage de phase dans le masque pour produire une interférence destructive de la lumière à occulter. Ils proposent ainsi un masque circulaire introduisant un déphase central de π. De même, Daniel Rouan propose en 2000 d'utiliser un masque 4 quadrants : le masque est alors coupé en quatre carrés dont 2 produisent un décalage de π lors de leur traversée tandis que les deux autres laissent passer la lumière sans décalage.

Ces masques permettent une grande atténuation de la lumière de l'étoile et permettent de détecter des objets très proches. Cependant, ils ont une faible bande passante.

Coronographes Vortex[modifier | modifier le code]

Il s'agit ici aussi de changer la phase lors de la traversée du masque, mais ici l'ajout de phase varie selon une structure hélicoïdale dans le masque.

Satellites embarquant des coronographes[modifier | modifier le code]

La traversée de l'atmosphère sur Terre dégrade les performances des coronographes. En effet, en introduisant des perturbations dans la lumière perçue, ils nuisent à l'extinction de l'objet central. L'utilisation de coronographe dans l'espace commence à se généraliser et de nombreux instruments présents ou futurs embarquent des coronographes. Parmi eux, on peut citer :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles parus dans L'Astronomie, revue de la Société astronomique de France :

  • Bernard Lyot, « Étude de la couronne hors éclipse », juin 1931, vol. 45, p. 248
  • Bernard Lyot, « Photographie de la couronne hors éclipse », juin 1932, vol. 46, p. 272
  • Bernard Lyot, « Quelques études de la couronne solaire et des protubérances en 1935 », mai 1937, vol. 51, p. 203
  • L. d'Azambuja, « L'Œuvre de Bernard Lyot », juillet-août 1952
  • A. Dollfus, « Bernard Lyot, l'invention du coronographe et l'étude de la couronne solaire », mars 1983
  • A. Dollfus, « Bernard Lyot et le coronographe », juillet 1983
  • M. Gros, « Bernard Lyot », janvier 1998
  • G. Lyot, J.-L. Leroy, N. Mein, « Il y a 50 ans, Bernard Lyot... », décembre 2002

Liens externes[modifier | modifier le code]