Bona Dea

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Bona Dea

Bona Dea (la Bonne Déesse) est une divinité romaine de la chasteté à la personnalité assez floue, qui fut importée à Rome dans la première moitié du IIIe siècle avant JC, après la prise de Tarente en -272. On trouve des traces de sa pratique dans plusieurs cités de l'Italie centrale, dont Ostie[1] et Bovillae, près de Rome[2].

Description[modifier | modifier le code]

Fille de Faunus, elle eut à défendre sa vertu contre les agressions incestueuses de son père. Celui-ci essaya en vain de parvenir à ses fins en l'enivrant. Excédé, il la fouetta avec une verge de myrte. Il réussit finalement à s'unir à elle, en prenant la forme d'un serpent. De fait, la myrte était interdite dans son culte.

Selon une autre version de sa légende, Bona Dea était la femme de Faunus. Fidèle à son mari et extrêmement pudique, elle ne quittait pas sa chambre, pour éviter de rencontrer des hommes. Mais un jour elle s'enivra. Son mari la battit si durement qu'elle mourut. Pris de remords, il la rendit immortelle.

Elle était la déesse protégeant les femmes et leur fertilité. Par extension, elle s'occupait de la fertilité des champs, elle était donc confondue avec Junon, Ops, Cérès, Fauna etc.

Origines et culte[modifier | modifier le code]

Son nom d'origine aurait été Damia, une déesse de la fécondité, liée à Déméter. Elle reçut au début décembre un culte d'état, mais secret, strictement réservé aux femmes, rigoureusement interdit aux hommes.

Bona Dea avait son temple à Rome, sous le mont Aventin.

Ce culte consistait en cérémonies nocturnes, organisées par l'épouse et dans la demeure d'un magistrat revêtu de l'imperium, célébrées en décembre (dans la nuit du 3 au 4). On retirait de la salle où elles se tenaient toutes les représentations d'hommes ou d'animaux du sexe mâle. Des inscriptions trouvées dans un sanctuaire à Ostie laissent penser que les rites nécessitaient l'usage d'une cuisine :
Octavia M(arci) f(ilia) Gamalae (uxor) / portic(um) poliend(am) / et sedeilia faciun(da) / et culina(m) tegend(am) / D(eae) B(onae) curavit
Octavia, fille de Marcus, épouse de Gamala, s'est chargée de faire stuquer le portique, fabriquer des banquettes et mettre un toit à la cuisine (du sanctuaire) de Bona Dea[3]

On ne possède pas beaucoup de détails sur les cérémonies. On sait que les participantes se recrutaient parmi les matrones appartenant aux milieux aristocratiques de Rome, auxquelles s'ajoutaient les Vestales. On sait aussi qu'elles portaient toutes sortes de fleurs (sauf le myrte) et offraient en sacrifice une truie et du vin. La Bonne Déesse y était invoquée comme une déesse de la fécondité et de la santé. On n'en parlerait guère s'il n'y avait eu, en 62 av. J.-C., le scandale que provoqua la découverte d'un homme, Publius Clodius Pulcher, qui, déguisé en joueuse de flûte, avait réussi à s'introduire dans les mystères de la Bona Dea, afin d'y rencontrer la femme de Jules César, Pompeia Sulla, dont il était épris[4].

Irrité par cette exclusion frappant son sexe, d'autant que des fidèles de Bona Dea l'avaient empêché de se désaltérer quand il était assoiffé à une source qui se trouvait sur le lieu du culte, Hercule interdit aux femmes de participer à certaines de ses cérémonies qui se déroulaient devant son grand autel.

Une autre fête féminine en l'honneur de Bona dea était sans doute célébrée le 1er mai.

Hommage[modifier | modifier le code]

Bona Dea est l'une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la Déesse de la fertilité, deuxième convive de l'aile I de la table[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mireille Cébeillac-Gervasoni, Maria Letizia Caldelli, Fausto Zevi, Épigraphie latine, Armand Colin, 2006, (ISBN 2200217749), p. 110-113
  2. Cicéron, Pro Milone, 31, 86
  3. CIL I 3025, AE 1973 71
  4. Plutarque, Vie de César
  5. Musée de Brooklyn - Bona Dea

Sources[modifier | modifier le code]