Zémidjan

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Zémidjan masqué à Cotonou (avril 2020).
Un zemidjan transportant des poulets.

Le zémidjan, qui signifie en langue locale fon « emmène-moi vite » est une moto-taxi que l'on trouve au Bénin avant les années 1990. Il est répandu dans toute l'Afrique de l'Ouest et en Asie[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le taxi-moto est une mutation évolutive du taxi-vélo, forme artisanale de transport apparue au milieu du XXe siècle dans plusieurs régions d'Afrique, notamment au Kenya, au Sénégal et au Nigeria. L’apparition du zémidjan au Bénin remonte vers les années sous l'initiative d'un homme, du nom de Jules Ahotin, qui décide d'utiliser sa moto pour transporter les vendeuses d'akassa, dans la région de Porto-Novo, la capitale administrative du Bénin. Le zémidjan s'est répandu progressivement à d’autres en Afrique. Au Bénin le phénomène connaît une rapide amplification en raison de la paupérisation massive de la population suite à la crise économique, et la faillite des sociétés publiques de transport[2].

Expansion au Bénin et en Afrique[modifier | modifier le code]

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Ce type de transport est utilisé par la population car il comble les lacunes des transports publics. Pour quelques centaines de francs CFA, le zémidjan emmène les clients, indépendamment de l'état des routes et de l'heure du jour ou de la nuit, dans n'importe quel endroit de la ville ou de la périphérie, où les taxis traditionnels ne peuvent pas toujours se rendre.

Les zémidjans de Cotonou sont initialement décomptés au nombre de 60 000 en [3]. En nette progression dans les années 2010, ils sont estimés être 160 000 en 2013 pour la ville de Cotonou. Ils se voient régulièrement accusés d'être à l'origine de la pollution de la ville. Selon le ministère de l'environnement, il est émis chaque jour au Bénin 83 tonnes de monoxyde de carbone, dont 49 tonnes émises par les deux-roues.

L'essence de contrebande, le kpayo, est mise en cause ; de 15 % à 30 % moins cher que le carburant à la pompe, il est aussi beaucoup plus polluant, même si la disparition progressive des mototaxis à moteur deux temps au profit des moteurs quatre temps des modèles de motos souvent importées de Chine, permet, depuis 2008, la diminution des quantités de polluants émis individuellement par chaque engin.

Les risques que les taxis-motos courent, et font courir à leurs passagers et à la population, sont plus immédiats, ils sont aussi la cause et les premières victimes de nombreux accidents de la route, quinze à vingt par jour en 2003 dans la seule ville de Cotonou.

Cependant ils pallient l'absence de services publics organisés qui ne peuvent couvrir l'ensemble des besoins de la population citadine en constante augmentation sous le double effet de l'exode rural et de l'accroissement démographique.

On trouve aussi ce système de transport informel par taximoto à Lomé, au Togo. Même s'ils y sont aussi couramment appelés zémidjans ou zems, au Togo, ils sont hélés par les clients qui crient oléyia ce qui signifie en mina « on y va ? », et leur appellation plus spécifique au Togo est devenue au fil du temps "Oleyia" (si c'est le conducteur qui demande au client Oléyia ?, cela signifie alors « où vas-tu ? »).

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Dehoumon, Réflexions sur la profession zémidjan ou taxi-moto au Bénin, Université nationale du Bénin, 1988
  • Sébastien Dossa Sotindjo, Cotonou l'explosion d'une capitale économique (1945-1985), L'Harmattan, 2010, p. 300
  • Noukpo Agossou, Zémidjan conquiert le territoire béninois, 2012 (ISBN 978-99919-855-3-4)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Laurent Fourchard et Isaac Olawale Albert, Security, crime and segregation in West African cities since the 19th century, Karthala, , p. 221.
  2. Gauthier Marchais, « Règles publiques, règles privées : les taxis-motos au Bénin », sur cairn.info, (consulté le 3 août 2020)
  3. « Memoire Online - Transport de voyageurs en Afrique subsaharienne : le sud Bénin doit-il se réconcilier avec le chemin de fer ? - Sebastien BRION », sur Memoire Online (consulté le 3 août 2020)

Lien externe[modifier | modifier le code]

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