Voter avec ses pieds

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Voter avec ses pieds est une façon d'exprimer son mécontentement en refusant de participer à un scrutin, voire en quittant un pays. Ce moyen est considéré comme étant un outil pour renforcer la liberté politique : la capacité de la population à choisir le régime politique sous lequel elle souhaite vivre.

Le concept peut également être utilisé en économie pour désigner des consommateurs qui arrêtent de consommer ou utiliser un produit, en raison d'un désaccord avec l'entreprise concernée (cf. boycott)[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Cette expression proviendrait d’une pratique du Sénat romain, où certains exprimaient leur point de vue en marchant pour se placer derrière l’orateur qui avait exprimé le même point de vue[2]. Tous les sénateurs n'avaient pas le temps de s'exprimer pendant une discussion, et nombre d'entre eux maîtrisant mal l'art de la parole, si essentiel à Rome, préféraient se taire pour éviter le ridicule. Ils attendaient donc que les ténors de l'assemblée aient fini d'exposer leur point de vue. Puis, à pied, ils allaient se placer derrière celui avec lequel ils étaient d'accord. On pouvait alors commencer à compter les voix. Ces sénateurs qui ne s'exprimaient pas, étaient appelés les pedarii, "ceux qui vont à pied", car ils votaient avec leurs sandalettes.

Au XXe siècle, l'expression est réactualisée par Lénine qui, en 1918, déclare à son compagnon bolchevik Karl Radek que le peuple s'est exprimé pour la sortie de la Russie de la Première Guerre mondiale comme le prouve la désertion en masse des soldats : « Parfaitement, il a voté ; il a voté avec ses jambes ; ne le vois-tu pas qui se sauve bien loin du front ? »[3].

Exemples[modifier | modifier le code]

Cette expression peut s'appliquer aux citoyens des régimes totalitaires qui manifestent leur insatisfaction en quittant leur pays faute de pouvoir l'exprimer par des voies démocratiques[4] comme les Chinois de Chine populaire qui migraient vers Hong Kong avant la réunification de 1997[5] ou les Allemands de l'Est lors de la crise de 1989[6].

L'expression a également été utilisée pour décrire le départ de certaines entreprises françaises vers d'autres législations plus favorables[7].

Cadre juridique[modifier | modifier le code]

La liberté de circulation est le droit pour tout individu de se déplacer librement dans un pays, de quitter celui-ci et d'y revenir. Elle est garantie par l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme[8]: Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. En Europe, l'article 2 du protocole additionnel no 4 à la Convention européenne des droits de l'homme[9] énonce que Toute personne est libre de quitter n'importe quel pays, y compris le sien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2000.beckerich_c&part=11697
  2. « Le Sénat sous la République de Rome », sur www.histoire-pour-tous.fr (consulté le 11 janvier 2020)
  3. Isaac Don Levine, Lénine, 1923, p. 118.
  4. Catherine Wihtol de Wenden, La globalisation humaine, PUF, 2015 [1]
  5. Jean-Philippe Béja, Hong Kong 1997 : Fin de siècle, fin d'un monde ?, Complexe, 1992 [2]
  6. Mary Fulbrook, « L'Allemagne avant et après 1989 : perspectives britanniques », Histoire, économie & société, no 1,‎ , p. 215–228 (DOI 10.3406/hes.1994.1743, lire en ligne, consulté le 11 janvier 2020)
  7. « Quand le CAC 40 vote avec ses pieds », sur Les Echos, (consulté le 11 janvier 2020)
  8. « La Déclaration universelle des droits de l'homme », sur www.un.org, (consulté le 11 janvier 2020)
  9. (en) « European Convention on Human Rights », sur The European Convention on Human Rights (consulté le 11 janvier 2020)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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