Vita

Dans le christianisme, une Vita (au pluriel : Vitæ) ou vie de saint (le mot latin vita signifiant « vie ») est un ouvrage qui relate la vie et les miracles d'un saint. Ils s'agit non pas de biographies au sens actuel, mais de récits hagiographiques, en partie légendaires ou semi-légendaires, ayant pour but principal de valoriser la sainteté de l'intéressé.
Ces Vitæ remontent dans certains cas à la fin de l'Antiquité (Vie de saint Antoine, IVe siècle), mais c'est surtout durant le haut Moyen Âge qu'elles ont été écrites en grand nombre. Certaines ont des auteurs connus : Athanase d'Alexandrie (IVe siècle), Grégoire de Tours (VIe siècle) ou Alcuin (IXe siècle).
Ces récits nous ont été transmis grâce à des compilations, les légendiers, où ils sont désignés de différentes façons : vita, passio (« passion »), martyrium (« martyre »), confessio (confession), conuersio (conversion)[1].
Ce type de document, malgré ses défauts, peut constituer une source intéressante pour la recherche historique, pour les époques où la documentation est limitée.
Présentation
[modifier | modifier le code]Rédaction et transmission des Vitæ
[modifier | modifier le code]Certaines Vitæ ont un auteur qui a connu le saint qu'il évoque. L'une des premières de ce type est la Vita Martini (Vie de saint Martin (de Tours)) de Sulpice-Sévère.
Les premiers textes en langue d'oïl sont pour la plupart des vies de saint : notamment Cantilène de sainte Eulalie, Vie de saint Alexis, Vie de saint Léger, mais beaucoup ont été rédigées en latin et traduites plus tard.
Les textes originaux sont ensuite recopiés de façon manuscrite, ce qui peut donner lieu à des remaniements, voire des forgeries[2].
Le problème de l'historicité des saints sujets de Vitæ
[modifier | modifier le code]L'historicité des saints présentés dans ces textes est interrogée par les historiens. Le courant hypercritique[Qui ?] les a rejetés en masse, mais les études critiques récentes en ont réhabilité beaucoup[3].
La rédaction des Vitæ est en effet encadrée par les autorités ecclésiastiques (notamment les évêques), elles entrent dans un programme d'édification ou de persuasion des croyants comme des incroyants, mais aussi des métiers qui se dotent de saints patrons, des paroissiens qui se trouvent un saint protecteur : ces micro sociétés s'organisent autour de la compréhension commune de ces textes (auteurs, lecteurs, copistes).
Mais en l'absence de document indépendant extérieur à la littérature hagiographique (par exemple, une charte de donation), il n'est pas toujours possible de confirmer que le saint a réellement existé[4].
La question de l'historicité des faits rapportés
[modifier | modifier le code]De même, l'historicité de certains épisodes de la vie des saints est parfois douteuse car ils se retrouvent dans l'hagiographie tels qu'ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore.
Souvent, la structure du récit d'une Vita se retrouve dans des Vies de saints antérieures[5], dont les auteurs reprennent les « conventions littéraires d'un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d'expression »[6].
Exemples de Vitæ
[modifier | modifier le code]On peut citer les ouvrages suivants, qui ont des auteurs connus :
- Vie de saint Antoine, par Athanase d'Alexandrie ;
- Vie de saint Martin, par Sulpice-Sévère ;
- Vie de saint Gall, par Grégoire de Tours ;
- Vie de saint Éloi, par saint Ouen ;
- Vie de saint Cuthbert, par Bède le Vénérable ;
- Vita sancti Wilfrithi, par Étienne de Ripon ;
- Vie de saint Willibrord, par Alcuin.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ René Braun, Chronica Tertullianea et Cyprianea, 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne, Institut d'études augustiniennes, , p. 229
- ↑ Monique Goullet, Écriture et réécriture hagiographiques : essai sur les réécritures de Vies de saints dans l'Occident latin médiéval (VIIIe – XIIIe siècle), Brepols, , p. 108.
- ↑ Guy Philippart, Hagiographies : histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550, Brepols, , 796 p..
- ↑ Michel de Certeau, « Une variante : l'édification hagiographique », dans L'Écriture de l'histoire, Bordas, , p. 318
- ↑ Bernard Merdrignac, Recherches sur l'hagiographie armoricaine du VIIème au XVème siècle, Centre régional archéologique d'Alet, , p. 33.
- ↑ Nathalie Stalmans, Saints d'Irlande. Analyse critique des sources hagiographiques (VIIe – IXe siècles), Presses universitaires de Rennes, , p. 6.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Martin Heinzelmann, « Clovis dans le discours hagiographique du VIe au IXe siècle », Bibliothèque de l'École des chartes, 1996
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Légende dorée, Jacques de Voragine (auteur du XIIIe siècle).
Liens externes
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