Virginia Hall

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Virginia Hall
Description de cette image, également commentée ci-après
Virginia Hall recevant la DSC des mains du général Donovan en 1945.
Alias
Diane
Naissance
Baltimore, Maryland, États-Unis
Décès (à 76 ans)
Rockville, Maryland, États-Unis
Nationalité Drapeau : États-Unis Américaine
Pays de résidence États-Unis
Diplôme
Profession
Autres activités
Résistante, agent de renseignement pour le SOE
Ascendants
Edwin Lee Hall (1871-1931) et Barbara Virginia Hammel ( ? -1956)
Conjoint
Paul Goillot (1914-1987, mariage 1957)

Virginia Hall (1906 - 1982) fut un agent secret américain qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, œuvra contre l'occupant allemand en France : de 1941 à 1943 dans le cadre du service secret britannique SOE, puis en 1944-1945 dans le cadre du service secret américain OSS. Opératrice radio et chef de réseau, elle soutint la résistance française dans la région lyonnaise et dans le centre, puis contribua à organiser les parachutages au Chambon-sur-Lignon et la libération de la Haute-Loire.

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Virginia Hall.
  • Comme agent du SOE en France :
    • Nom de guerre (field name) : « Marie », puis (septembre 1942) « Philomène »
    • Fausse identité (enregistrement à l'hôtel) : Brigitte Lecontre
    • Pseudos divers : Germaine, Marie Monin, La dame qui boite.
    • Surnoms donnés par les Allemands : Artemis ; La dame qui boite.
  • Comme agent de l'OSS :
    • Nom de guerre : « Diane ».
    • Pour une mission (avortée) en Autriche : Anna Müller « Camille ».
  • Et aussi (emploi à préciser) : Nicolas, Mae…

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Virgina Hall naît le à Baltimore, Maryland, où son père possède un cinéma. Elle fréquente les meilleures écoles d'Amérique du Nord dont l'Université Columbia[1] et d'Europe et désire entrer dans le corps diplomatique américain[2]. Elle parle alors couramment français, allemand et italien[1].

Diplomate[modifier | modifier le code]

En 1931, Virginia Hall obtient un poste administratif de secrétaire à l'ambassade des États-Unis à Varsovie avant d'être envoyée dans un consulat de Turquie[2]. C'est là que, après un accident de chasse, elle doit être amputée de la partie inférieure de la jambe droite[3]. Elle retourne alors aux États-Unis, équipée d'une jambe artificielle qu'elle surnomme « Cuthbert ». Fin 1934, elle retourne en Europe avec un poste au consulat américain de Venise mais démissionne avant d'être transférée en Estonie[3].

Alors que la Blitzkrieg allemande s'approche de Paris où elle vit, elle décide de devenir ambulancière pour l'armée française[1]. Après l'armistice, elle quitte finalement la France via l'Espagne et arrive au consulat américain de Londres[3].

Agent des services secrets en France[modifier | modifier le code]

Agent du SOE britannique en zone non occupée[modifier | modifier le code]

Dessin représentant Virginia Hall en France.

En 1941, elle rencontre Nicolas Bodington, numéro 2 de la section française du Special Operations Executive (SOE) section F, qui la recrute à partir du 1er avril, en vue d'une mission en France. Elle reçoit la formation nécessaire (maniement d'armes, sécurité…).

Le 23 août, elle s’envole pour Lisbonne puis de là pour Barcelone, d’où elle rejoint la ville de Vichy, envoyée en France par la section F pour une mission permanente. Pendant 15 mois, sous la couverture d’une journaliste du New York Post[1], elle est chef du réseau HECKLER sous le nom de code de « Germaine » : elle collecte et transmet des renseignements et elle aide la résistance française, à Vichy puis à Lyon[Notes 1]. Elle accueille des agents de passage, transmet des rapports à Londres émanant des chefs de la résistance française (d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie à Germaine Tillion), coorganise des évasions spectaculaires, dont celle de onze agents de la section F du camp de Mauzac le [3].

En novembre 1942, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et occupent soudain toute la France. Son réseau ayant été infiltré par Robert Alesch, un agent double au service des Allemands, et traquée par la Gestapo, Virginia Hall parvient de justesse à s'échapper en Espagne, très difficilement en raison de son handicap[Notes 2]. Elle est alors emprisonnée dans le camp de Miranda de Ebro d'où elle est sortie par le consul américain à Barcelone[4].

Retour à Londres et mission en Espagne[modifier | modifier le code]

Elle retourne en Espagne en 1943 en tant que reporter pour le Chicago Times pour collecter des informations sur les routes d'évasion utiles à travers les Pyrénées[4].Elle rentre finalement en Angleterre en novembre et entreprend la formation d'opératrice radio pour le SOE[4].

Agent de l'OSS américain dans le Centre[modifier | modifier le code]

Au mois de mars, elle rejoint le service américain Office of Strategic Services (OSS), dans la branche des opérations spéciales, et demande à retourner en France. N'ayant pas vraiment besoin d'entraînement aux activités clandestines derrière les lignes ennemies, elle voit sa demande acceptée par l'OSS, qui la fait déposer par un bateau (MTB) britannique, le 21 mars, sur les côtes bretonnes. Sa jambe artificielle proscrit tout parachutage. Avec le nom de code « Diane », elle prend contact avec la Résistance dans le Centre de la France (d'abord dans le département de la Creuse, puis dans le Cher et la Nièvre) : elle cartographie les zones de largage pour les matériels et les commandos venant d'Angleterre ; elle trouve des maisons sûres ; elle contribue à entraîner et armer plusieurs groupes de combattants de l’intérieur[1]. Au mois de juillet 1944, elle s'installe près du Chambon-sur-Lignon, dans la Haute-Loire, comme opératrice-radio pour approvisionner en armes les maquisards FFI qui entament la libération du département. Grâce aux parachutages qu'elle supervise, trois bataillons de FFI sont équipés, engagés dans des missions de sabotage et de guérilla, qui se révéleront cruciales pour retarder les mouvements des Allemands après les débarquements de Normandie et de Provence ; chargée des liaisons radio entre l’Angleterre et le maquis, elle livre un flux de renseignements précieux sur l'ennemi[5].

Après le débarquement en Provence, elle établit fin août la liaison avec une équipe Jedburgh Jeremy, puis avec une équipe franco-américaine d'encadrement militaire, toutes les deux parachutées dans la région. En septembre 1944, elle organise un petit groupe de maquisards prêts à poursuivre les combats dans l'Est. Son groupe est finalement démobilisé dans l'Ain. Elle rejoint Paris, puis Londres avant d'être affectée près de Naples (Italie) à la préparation d'une mission périlleuse d'infiltration en Autriche, qui sera finalement annulée au dernier moment, le jour de l'armistice, le 8 mai 1945[5].

Agent de la CIA[modifier | modifier le code]

En 1946, elle rejoint la CIA nouvellement créée, faisant d'elle l'une des premières femmes de l'organisation[6]. Elle travaille alors pour l'agence derrière le Rideau de Fer.

Retraite[modifier | modifier le code]

En 1957, elle épouse Paul Goillot, ex-agent OSS qu'elle avait rencontré en Haute-Loire.

En 1966, ayant atteint l'âge de la retraite, elle quitte la CIA et se retire dans une ferme à Barnesville, Maryland.

Le 8 juillet 1982, Virginia Hall Goillot meurt au Shady Grove Adventist Hospital de Rockville, MD[6]. Elle est enterrée au Ridge Cemetery, Pikesville, MD.

Hommages et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « Femmes combattantes #4 : Virginia Hall, l’espionne à la jambe de bois », Déjà-vu,‎ (lire en ligne)
  2. a et b Beryl E. Escott, Les héroïnes du SOE, Versailes, Omblage, , « Virginia Hall », p. 47
  3. a b c et d Beryl E. Escott, Les héroïnes du SOE, Versailles, Omblage, , « Virginia Hall », p. 48
  4. a b et c Beryl E. Escott, Les héroïnes du SOE, Versailles, Omblage, , « Virginia Hall », p. 50-51
  5. a et b Beryl E. Escott, Les héroïnes du SOE, Versailles, Omblage, , « Virginia Hall », p.52-53
  6. a et b « L'espionne Virginia Hall, une américaine dans la guerre | Chemins de Mémoire - Ministère de la Défense », sur www.cheminsdememoire.gouv.fr (consulté le 14 août 2018)
  7. « Jeannette Guyot. Heroine of the French Resistance who became one of the most decorated women of the Second World War », sur www.thetimes.co.uk (consulté le 6 mai 2016)
  8. (en) Katharine W. Schmidli, Military Intelligence (MI) Corps Hall of fame, Military Intelligence Professional Bulletin, octobre-décembre 2003. [PDF]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. où elle croise bon nombre de résistants. Plusieurs autres agents en mission sur la ville de Lyon ont eu à faire appel à Virginia Hall. L’un d’entre eux, Denis Rake, écrira plus tard : « Virginia Hall, de mon point de vue comme de celui de beaucoup de mes collègues, est considérée comme le plus grand agent de la guerre. »
  2. Étrangement, son pied artificiel avait son propre nom de code, « Cuthbert ». Avant de partir, elle avait signalé au SOE qu'elle espérait que « Cuthbert » ne lui poserait pas de problème en chemin. Le SOE, ne comprenant pas la référence, répondit : « Si Cuthbert est gênant, éliminez-le ».

Sources[modifier | modifier le code]

  • Fiches Virginia Hall, avec photographies : Fiche 1, Fiche 2 sur le site Special Forces Roll of Honour.
  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version « officielle » britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence essentielle sur le sujet du SOE en France.
  • Vincent Nouzille, L'espionne : Virginia Hall, une Américaine dans la guerre, Paris, Fayard, (ISBN 978-2-213-62827-1, présentation en ligne). chronique de M. R. D. Foot in Studies in Intelligence, N° 53, avril 2009
  • (en) Judith L. Pearson, The Wolves at the Door : The True Story of America's Greatest Female Spy, The Lyons Press, 2005, (ISBN 1-59228-762-X).
  • André Courvoisier, Le réseau Heckler : de Lyon à Londres, Paris, Editions France-Empire, , 299 p. (ISBN 978-2-704-80342-2).
  • Fabrizio Calvi, OSS. La Guerre secrète en France 1942-1945. Les services spéciaux américains, la Résistance et la Gestapo, Hachette, 1990.
  • Times Online Article
  • Robert Kechichian, L'espionne qui boîte, documentaire français (52 min.) retraçant l'activité de Virginia Hall durant la guerre, à base d'archives et de reconstitutions avec des comédiens ; diffusion sur France 5 le 18 novembre 2012.
  • (en) Marcus Binney, The Woman Who Lived in Danger, Hodder & Stoughton, 2002.
  • Pierre Fayol, Le Chambon-sur-Lignon sous l’Occupation (1940-1944). Les résistances locales, l’aide interalliée, l’action de Virginia Hall (OSS), préface d’Henri Noguères, L’Harmattan, 1990.

Liens externes[modifier | modifier le code]