Une journée d'Ivan Denissovitch

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Une journée d'Ivan Denissovitch
Auteur Alexandre Soljenitsyne
Pays URSS
Genre Roman
Éditeur Novy Mir
Date de parution 1962

Une journée d'Ivan Denissovitch (en russe : Один день Ивана Денисовича) est un roman d'Alexandre Soljenitsyne publié dans la revue littéraire Novy Mir pour la première fois en décembre 1962. Le roman décrit les conditions de vie dans un camp du Goulag au début des années 1950 à travers les yeux du prisonnier Ivan Denissovitch Choukhov, que l'on suit au cours d'une journée. La parution du roman en URSS en 1962, même dans le contexte de la déstalinisation, fit l'effet d'une bombe. Pour la première fois, une œuvre littéraire présentait au lecteur soviétique un témoignage du Goulag.

Censure[modifier | modifier le code]

Soljenitsyne conçoit le projet du roman dès 1950 ou 1951 alors qu'il est détenu dans le camp d'Ekibastouz[1]. À l'origine, le récit devait s'intituler « Chtch-854, une journée d'un zek ». Sa rédaction a lieu à Riazan en mai-juin 1959[2]. En 1961, « Sans savoir pourquoi, sans plan préconçu, je pris simplement Chtch-854 et le recopiais à la machine en l'allégeant, laissant tomber les passages et les jugements les plus abrupts. [...] Je fis cela, Dieu sait pourquoi, puis mis l'ouvrage de côté[3] ». Mais en novembre 1961, il confie le texte à Aleksandr Tvardovski, alors directeur de la revue Novy Mir, qui remue ciel et terre pour obtenir la publication du texte[4].

La première publication - tirage de 96 900 exemplaires[5] - est le fait de Novy Mir dans son numéro 11 (novembre 1962), sur décision du Politburo d'URSS et sur intervention personnelle de Nikita Khrouchtchev. Au début de 1963, le roman connaît deux autres éditions séparées, la première dans la revue Roman-Gazeta tirée à 700 000 exemplaires et l'autre aux éditions Sovietski Pissatel tirée à 100 000 exemplaires[6]. Cependant, de nombreux passages ont été soumis à la censure.

En décembre 1963, Une journée d'Ivan Denissovitch est présenté pour le prix Lénine, mais il ne l'obtient pas[7].

La première traduction en français est due à Léon et Andrée Robel et Maurice Decaillot, accompagnée par une préface de Pierre Daix, elle comporte également des passages censurés[8]. La seconde édition (complète), dans une traduction de Jean Cathala et de sa femme Lucia, sort à Paris en 1973[9].

Résumé bref[modifier | modifier le code]

Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés en Asie centrale sous le régime stalinien, Choukhov, un zek, se réveille à 5h du matin, quelques instants avant l'aube et le rassemblement de son camp. C'est l'histoire d'une journée d'un prisonnier qui, loin d'être spéciale, montre cependant toute l'horreur de son existence et de celle de ses camarades. Après avoir échappé à la Cité du Socialisme, au danger du froid et à pleins d'autres dangers mortels, on constate, lors d'une oeuvre aux subtils aspects lyriques et philosophiques, que le personnage principal meurt après ne pas avoir remarqué à temps son agonie invisible.

"... il avait chassé le mal ... "

Vers la fin du roman, Choukhov parle de l'existence de Dieu et de son influence sur sa mort avec un camarade. Cette scène renforce l'idée que le personnage sent la Mort se rapprocher. De plus, cette mort a visiblement pour but de "casser" le quotidien du zek tentant chaque jour de survivre dans un "Enfer" de glace et de neige. Le concept de mort peut alors être considéré comme accès vers un monde paradisiaque où aucun individu sera un "zek".

Au début du récit, le zek éprouve un mal étrange. Cela est déjà l'annonce de sa fin.

Analyse[modifier | modifier le code]

Ce court roman, écrit dans un style sobre et épuré, rassemble la plupart des thèmes chers à Soljenitsyne : le Goulag, l'évocation de la Russie profonde avec son fatalisme, son héroïsme et sa bassesse. L'humour n'est pas absent du roman : malgré les privations, le froid sibérien, la maladie, les vexations endurées toute la journée, Choukhov a réussi à grappiller un morceau de pain supplémentaire, ce qui l'amène à cette conclusion :

« Une journée de passée. Sans un seul nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d'un bout à l'autre, trois mille six cent cinquante-trois.
Les trois de rallonge, c'était la faute aux années bissextiles. »

— Alexandre Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovitch[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La détention de Soljenitsyne prend fin le . En mars 1953, après quelques jours de prison, il est placé en relégation perpétuelle à Kok-Terek, où il arrive le 4 mars. Il commence aussitôt à écrire.
  2. Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 68, Éditions des Syrtes, 2011.
  3. Alexandre Soljenitsyne, cité par Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 61.
  4. Aleksandr Tvardovski et Alexandre Soljénitsyne auront des débats orageux, mais leur amitié durera jusqu'à la mort de Tvardovski en 1971 (Source : Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 73).
  5. Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 61.
  6. Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 68.
  7. Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 81.
  8. Georges Nivat (dir.), Alexandre Soljenitsyne. Le courage d'écrire, p. 58 et p. 71.
  9. Alexandre Soljenitsyne, Œuvres complètes, tome 2, p. 699.
  10. Une journée d'Ivan Denissovitch, p. 627.

Édition française[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]