Syllogomanie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Accumulation d'objets dans un appartement d'un syllogomane.

La syllogomanie ou accumulation compulsive (du grec σύλλογος « rassemblement ») est le fait d'accumuler de manière excessive des objets (sans les utiliser), indépendamment de leur utilité ou de leur valeur, parfois sans tenir compte de leur dangerosité ou de leur insalubrité. Elle diffère du syndrome de Diogène.

L’accumulation excessive peut aller jusqu'à affecter la mobilité et interférer avec des activités de base, comme faire la cuisine ou le ménage, voire se laver ou dormir. Dans l'état actuel des connaissances scientifiques, le caractère isolé du trouble n'est pas déterminé, la syllogomanie pourrait possiblement être le symptôme d’une autre affection, comme un trouble obsessionnel compulsif (TOC).

En 2013, la syllogomanie a été inscrite dans la version 5 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

La syllogomanie est identifiée chez 2[1] à 6 % de la population adulte[2]. La prévalence est de l'ordre de 2 % chez les adolescents avec une légère prédominance du sexe féminin[3].

Elle apparaît vers la pré-adolescence, devient chronique et tend à s'aggraver avec les années[2], avec des exacerbations souvent en rapport avec des chocs émotionnels[4].

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

Cuisine insalubre et inutilisable.

Le trouble est défini par[5] :

  • une accumulation volontaire ou incapacité à jeter un grand nombre de possessions qui semblent à toute autre personne inutiles ou d’un intérêt très limité ;
  • un lieu de vie encombré au point de limiter les mouvements ;
  • un inconfort et souffrance causés par l’amoncellement des objets.

La syllogomanie, dans ses pires formes, peut être à l'origine d'incendies, de conditions insalubres (infestations de rongeurs et/ou d’insectes)[6], de blessures causées par le désordre et d’autres dangers pour la santé et la sécurité des individus vivant dans ces conditions[7]. Elle a un impact sur les relations avec autrui, en particulier avec la famille proche[8].

Plusieurs études ont montré une corrélation entre la syllogomanie et les troubles obsessionnels compulsifs (TOC)[9]. Il existe cependant des individus qui manifestent les symptômes d’accumulation compulsive sans souffrir d’autres TOC[10]. Des patients atteints d’hyperactivité ou de déficit d'attention en sont souvent victimes[11]. Un syndrome dépressif est fréquemment associé, ainsi qu'une phobie sociale[12]. Ces symptômes associés sont souvent la cause de la consultation et de la découverte de la syllogomanie[13].

L'inscription en 2013 de la syllogomanie dans la version 5 du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux a alimenté les débats de spécialistes[14].

Terminologie[modifier | modifier le code]

Pièce d'habitation encombrée d'objets divers.

Bibliomanie[modifier | modifier le code]

Le bibliomane accumule essentiellement des livres, journaux ou revues.

Syndrome de Diogène[modifier | modifier le code]

Dans le syndrome de Diogène, c'est un comportement extrême du syllogomaniaque qui est décrit. Il s'agit d'une référence à Diogène, le philosophe grec qui avait choisi de vivre dans la pauvreté — il aurait vécu dans une amphore —, dans le refus affirmé et radical des conventions sociales. Cette expression est apparue dans une série de cas décrits par Clark en 1975[15]. Toutefois, cette appellation est sujette à controverse, car les patients atteints du syndrome de Diogène ont certes un comportement d’accumulation pathologique, mais aussi une mauvaise hygiène, un isolement social, de l’indifférence face à leurs conditions de vie, et ont habituellement des problèmes médicaux non traités. Il s'agirait probablement d'un sous-groupe spécifique de patients qui ont un comportement syllogomaniaque et cette expression ne doit pas être utilisée comme un synonyme du trouble de syllogomanie.

Syndrome de Noé[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Noé correspondant à une accumulation compulsive d'animaux, il n'est cependant pas clair actuellement de savoir s'il s'agit d'une forme particulière de syllogomanie ou d'un syndrome différent[16]. Néanmoins, les personnes aux prises avec un TOC n'étant pas confinées à accumuler uniquement des objets inanimés, l'accumulation d'animaux peut en être l'une de ses manifestations[17]. Le phénomène peut être défini comme l'accumulation d'un grand nombre d'animaux et un échec à leur donner les soins minimaux de santé (alimentation, hygiène, vétérinaire). L'accumulation d'animaux peut amener une détérioration de la santé des animaux, ainsi que du milieu de vie de la personne qui les accumule (surpeuplement, insalubrité)[18].

Cas célèbres[modifier | modifier le code]

Le site de la demeure des frères Collyer, transformé en parc de poche après la démolition de la maison, rendue nécessaire par le risque d’incendie qu’elle présentait.

Les frères Langley et Homer Lusk Collyer, dits « les ermites de Harlem », qui avaient accumulé 136 tonnes de bric-à-brac dans leur immeuble de trois étages à New York[19], dont 25 000 livres[20] moururent en 1947, victimes des traquenards qu’ils avaient installés dans leur demeure pour déjouer les voleurs, lorsque le cadet, Langley Collyer, fut écrasé par une valise et trois énormes liasses de journaux alors qu’il rampait dans un tunnel de journaux pour apporter à manger à son frère paralytique aveugle[21], lequel mourut à son tour de faim quelques jours plus tard[22].

Physiopathologie[modifier | modifier le code]

Il a été noté que les individus qui manifestent ces symptômes tendent à avoir un métabolisme cérébral du glucose différent des autres personnes[source insuffisante][23]. Une cause génétique est possible mais semble jouer un rôle uniquement chez les hommes[3].

Traitement[modifier | modifier le code]

Les troubles sont en général traités par la psychothérapie (thérapie cognitivo-comportementale[24],[25]) ou les antidépresseurs.

La thérapie cognitivo-comportementale semble moins efficace chez la personne âgée[26] alors que la paroxétine pourrait avoir une certaine efficacité[27].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans le roman Le Musée de l'innocence, Orhan Pamuk décrit la compulsion d'accumulation d'objets divers et insolites de la part de son héros, Kemal. La syllogomanie est ici mise en scène de manière magistrale. Dans son roman La Bête et la Belle, Thierry Jonquet fait raconter l'histoire par le chien d'un syllogomane.

Médias[modifier | modifier le code]

Une montée de la conscience sociale à ce sujet dans le monde anglo-saxon est expliquée en partie par la diffusion de deux séries télévisées documentaires, Hoarders, sur la chaîne A&E et Hoarding: Buried Alive, sur la chaîne TLC[réf. souhaitée]. En 2014, la chaîne Chérie 25 diffuse Mon TOC : Accumulateur Compulsif, traduction française de l'américain Hoarding: Buried Alive (2010). Le , la chaine Arte réalise un reportage de 26 minutes pour l'émission de vulgarisation scientifique X:enius, intitulé « Qu’est-ce-que la syllogomanie ? »[28].

Séries télévisées[modifier | modifier le code]

La syllogomanie a inspiré plusieurs scénaristes de séries télévisées qui en ont fait soit l'argument central, soit une utilisation périphérique, pour un épisode :

  • Dans la série Les Rues de San Francisco : dans l'épisode 22 de la saison 1, intitulé « Le Mort-vivant », Stone & Keller enquêtent sur la mort d'un petit garçon dans une maison où un vieil homme amasse depuis des années de façon compulsive de nombreux objets.
  • Dans la série South Park : dans l'épisode 10 de la saison 14, intitulé « Inseption, m'voyez », les personnages de Stan ainsi que de Mr. Mackey accumulent des objets dans leurs casier et bureau respectifs.
  • Dans la série Les Simpson : dans la saison 22, épisode 16, intitulé « Le Songe d'un ennui d'été », on découvre que le personnage de la « Folle aux chats » vit au milieu d'une accumulation compulsive d'objets.
  • Dans la série Bones : dans la saison 5, épisode 22, intitulé « La Fuite en avant », le docteur Temperance Brennan et l'agent Booth enquêtent sur la mort d'un collectionneur compulsif, agoraphobe, enfermé chez lui depuis un an. L'état de délabrement de son appartement et la profusion spectaculaire des objets accumulés et entassés montrent comment se manifeste la syllogomanie à un degré extrême.
  • Dans la série Candice Renoir : dans la saison 8, épisode 3 intitulé « Abondance de biens ne nuit pas », l'équipe d'enquêteurs est au prise avec un syllogomane impliqué dans la disparition d'une personne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Nordsletten AE, Reichenberg A, Hatch SL. et al. « Epidemiology of hoarding disorder »; Br. J. Psychiatry 2013;203:445-452. PMID 24158881.
  2. a et b (en) Mataix-Cols D, « Clinical practice. Hoarding disorder » N. Engl. J. Med.. 2014; 370:2023-30. PMID 24849085 DOI:10.1056/NEJMcp1313051.
  3. a et b (en) Ivanov VZ, Mataix-Cols D, Serlachius E. et al. « Prevalence, comorbidity and heritability of hoarding symptoms in adolescence: a population based twin study in 15-year olds », PLoS One 2013;8:e69140-e69140. PMID 23874893.
  4. (en) Tolin DF, Meunier SA, Frost RO, Steketee G, « Course of compulsive hoarding and its relationship to life events », Depress Anxiety 2010;27:829-38. PMID 20336803.
  5. (en) Frost RO, Hartl TL, « A cognitive-behavioral model of compulsive hoarding », Behav Res Ther, 1996;34:341-50. PMID 8871366.
  6. (en) Frost RO, Steketee G, Williams L, « Hoarding: a community health problem », Health Soc Care Community, 2000;8:229-34. PMID 11560692.
  7. (en) Sanjaya Saxena, Catherine R. Ayers, Karron M. Maidment, Tanya Vapnik, Julie L. Wetherell, Alexander Bystritsky, « Quality of Life and Functional Impairment in Compulsive Hoarding », Journal of Psychiatric Research, vol. 45, no 4,‎ , p. 475-480 (ISSN 0022-3956, PMID 20822778, DOI 10.1016/j.jpsychires.2010.08.007, lire en ligne, consulté le 17 août 2012).
  8. (en) Tolin DF, Frost RO, Steketee G, Fitch KE, « Family burden of compulsive hoarding: results of an Internet survey », Behav Res Ther, 2008;46:334-44. PMID 18275935.
  9. (en) Sansone RA, Sansone LA. « Hoarding: obsessive symptom or syndrome? » Psychiatry (Edgmont). 2010;7(2):24-7. PMID 20376272.
  10. Henzen A, Zermatten A, Sentissi O. « Syllogomanie, symptômes ou syndrome ? À propos d’un cas clinique (Hoarding disorder, symptom or separate disorder? Case report) », Rev. Med. Suisse, 2012;8(339):951-5. PMID 22675827.
  11. (en) Hartl TL, Duffany SR, Allen GJ, Steketee G, Frost RO. « Relationships among compulsive hoarding, trauma, and attention-deficit/hyperactivity disorder », Behaviour Research and Therapy 2005;43(2):269-76. PMID 15629755.
  12. (en) Frost RO, Steketee G, Tolin DF, « Comorbidity in hoarding disorder », Depress Anxiety, 2011;28:876-84. PMID 21770000 DOI:10.1002/da.20861.
  13. Tolin DF, Meunier SA, Frost RO, Steketee G, « Hoarding among patients seeking treatment for anxiety disorders », J Anxiety Disord, 2011;25:43-8. PMID 20800427.
  14. (en) Matais‐Cols D, Frost RO, Pertusa A et al. « Hoarding disorder: a new diagnosis for DSM‐V? », Depression and Anxiety 2010;27(6):556-72. PMID 20336805.
  15. (en) Clark AN, Mankikar GD, Gray I « Diogenes syndrome. A clinical study of gross neglect in old age », The Lancet, 1975;1(7903):366-8. PMID 46514.
  16. (en) Frost RO, Patronek G, Rosenfield E, « Comparison of object and animal hoarding », Depress Anxiety, 2011;28:885-91. PMID 21608085 DOI:10.1002/da.20826.
  17. (en) American psychiatric association, Diagnostic and statistical manual of mental disorders, DSM-5 (5e ed.), Arlington, VA, American Psychiatric Publishing.
  18. (en) Frost, Patronek, Arluke et Steketee, « The hoarding of animals : an update », Psychiatric Times,‎ , p. 47-50.
  19. Faits étranges et récits extraordinaires, éd. Sélection du Reader’s Digest, 1988, p. 382-383.
  20. (en) « Extraordinary story of the two reclusive brothers found dead side by side under tons of junk in New York mansion in 1947 », sur dailymail, .
  21. « Booby-traps kill hermit », sur San Jose Evening News, .
  22. (en) William Bryk. « The Collyer Brothers of Harlem » New York Press, Breaking News, Posts, le 5 octobre 1999, consulté le 6 mai 2013.
  23. (en) Sur le site npr.org.
  24. (en) Steketee G, Frost R, « Compulsive hoarding: current status of the research », Clin. Psychol. Rev., 2003;23:905-27. PMID 14624821.
  25. (en) Steketee G, Frost RO, Tolin DF, Rasmussen J, Brown TA, « Waitlist-controlled trial of cognitive behavior therapy for hoarding disorder », Depress Anxiety, 2010;27:476-84. PMID 20336804.
  26. (en) Turner K, Steketee G, Nauth L, « Treating elders with compulsive hoarding: a pilot program », Cognit. Behav. Pract., 2010;17:449-57. DOI:10.1016/j.cbpra.2010.04.001.
  27. (en) Saxena S, Brody AL, Maidment KM, Baxter LR Jr, « Paroxetine treatment of compulsive hoarding », J. Psychiatr. Res., 2007;41:481-7. PMID 16790250.
  28. « Qu'est-ce que la syllogomanie ? »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Arte.tv, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]