Sentinelles (peuple)

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Sentinelles
Description de cette image, également commentée ci-après
Image satellite de l'île de North Sentinel.

Populations significatives par région
Île de North Sentinel 40 à 600 individus
Autres
Langues Langue sentinelle
Religions Inconnue
Ethnies liées Négritos

Les Sentinelles sont un peuple chasseur-cueilleur qui vit coupé du monde extérieur sur l'île de North Sentinel, dans les îles Andaman, un archipel dans l'océan Indien faisant partie de l'Inde.

Société[modifier | modifier le code]

Refusant tout contact avec le monde extérieur, ils constituent l'un des derniers peuples isolés du monde, vivant en autarcie dans des conditions n'ayant pas changé depuis des milliers d'années. Leur nombre est estimé entre 50 et 200 environ (39 officiellement, selon le recensement de 2001). Ils appartiennent au groupe ethnique des Négritos. Ils semblent connaître le feu, mais ne pas savoir le produire[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ils seraient arrivés d'Afrique sur leur île il y a peut-être 50 000 ans, et seraient les descendants des premiers humains à avoir colonisé l’Asie au paléolithique[2].

Les premières références certaines aux Sentinelles ne datent que du VIIe siècle. Des sources, notamment arabes, mentionnent des hommes noirs pratiquant le cannibalisme. Marco Polo passe près de leurs côtes vers 1290 et les décrit comme des chasseurs de têtes[3],[4].

Tentatives de contact[modifier | modifier le code]

Les tentatives de prises de contact se sont en grande majorité soldées par des échecs.

En janvier 1880, une expédition britannique armée menée par Maurice Vidal Portman a eu pour but de capturer des habitants de l’île, de leur faire des offrandes et de se montrer aimables envers eux afin d’établir le contact. Cette expédition fut vraisemblablement la première rencontre des Sentinelles avec le monde extérieur. Malgré l’habitude des habitants à disparaître dans la jungle à la vue d’étrangers, l’expédition a réussi, au bout de quelques jours, à capturer deux membres âgés de la tribu ainsi que quatre jeunes enfants. Arrivés à Port Blair, la santé des deux vieilles personnes s’est dégradée avant d’entraîner leur mort. Les quatre enfants ont alors été ramenés sur l’île, chargés d’offrandes. Après ces incidents, la Grande-Bretagne cessa ses tentatives de contact et s’intéressa à d’autres tribus.

En 1967, le gouvernement indien débuta une série d’expéditions visant à établir le contact. La première d’entre elles, menée par l’anthropologue T. N. Pandit, fut escortée par des policiers et des officiers de la marine. Les Sentinelles se sont réfugiés dans la jungle en les voyant approcher, et cette tentative fut un échec. Les tentatives suivantes ne firent guère mieux, réussissant cependant à laisser sur la plage de nombreux cadeaux et offrandes.

Le 20 mars 1970, des anthropologues indiens (incluant à nouveau T. N. Pandit) se sont retrouvés piégés par les courants entre North Sentinel et l’île Constance. Un témoin oculaire relata ensuite ce qui suit[5] :

« Quelques membres de la tribu nous faisaient de grands signes pour qu’on leur jette du poisson. Les femmes sortaient de l’ombre pour nous observer… Quelques hommes sont venus récupérer le poisson.

Ils semblaient être reconnaissants, sans pour autant abandonner leur attitude méfiante… Ils ont tous commencé à hurler des paroles incompréhensibles, et nous avons répondu en essayant de leur faire comprendre nos intentions amicales.

C’est à cet instant qu’une chose étrange arriva : une femme se jeta sur un guerrier et simula une union passionnelle.

Ce rituel fut répété par d’autres femmes, chacune choisissant un guerrier. Après quelques minutes de cet étrange spectacle, les Sentinelles disparurent progressivement dans la jungle.

Malgré tout, quelques guerriers assuraient toujours la garde. Nous nous sommes approchés du rivage pour y jeter du poisson, qui fut immédiatement récupéré par des enfants.

Il était midi passé et nous sommes retournés sur le bateau. »

Au printemps 1974, une équipe de tournage de la National Geographic Society est venue sur l’île pour y réaliser un documentaire, Man in Search of Man. Lorsque leur bateau motorisé s’est approché de la plage, les Sentinelles sont sortis de la jungle, armés d’arcs et arrosant l’équipe de flèches affûtées. Le bateau a accosté à l’abri de l’attaque et l’équipage a déposé des offrandes sur le sable : une voiture miniature en plastique, des noix de coco, un cochon vivant et une poupée. Cette démarche n’a fait que réveiller l’hostilité de la tribu, qui leur adressa une nouvelle volée de flèches, dont l’une se ficha dans la cheville du réalisateur. L’homme ayant tiré cette flèche rit et dansa fièrement, avant d’enterrer le cochon et la poupée.

Le 2 août 1981, le bateau Primrose s'échoua le long de la côte de North Sentinel. Après avoir attendu les secours pendant quelques jours, l'équipage a commencé à apercevoir des silhouettes noires en train de construire des bateaux de fortune sur le sable. Le capitaine a alors lancé un appel de détresse, demandant un renfort d'armes à feu afin de pouvoir se défendre, mais les conditions météorologiques difficiles rendirent cette opération impossible. Fort heureusement, ces mêmes conditions météorologiques empêchèrent également la tribu de les atteindre. Au bout d'une semaine, l'équipage fut secouru et l'épave du bateau repose toujours au nord de l'île.

Au début des années 1990, la tribu des Sentinelles a commencé à se montrer plus chaleureuse envers les bateaux tentant de s’approcher du rivage. Ainsi en 1991, l'anthropologue indien Triloknath Pandit réussit à établir un contact pacifique avec les sentinelles qui acceptent ses offrandes comme le témoignent plusieurs photos et vidéos de l'époque[2]. Mais généralement, après quelques minutes, les autochtones repoussent agressivement leurs visiteurs en faisant des gestes menaçants ou en leur lançant des flèches.

En 1996, le gouvernement indien annula officiellement ces tentatives de contact infructueuses.

En 2004, ils ont survécu au tsunami en se réfugiant sur les hauteurs de l'île, un hélicoptère venu évaluer la situation a essuyé une volée de flèches.

En 2006, le peuple de North Sentinel a tué deux hommes qui pêchaient illégalement autour de l’île. Le bateau des pêcheurs avait en effet dérivé vers l’île durant leur sommeil, permettant à la tribu de les attaquer. Leurs corps ont alors été déposés dans une tombe de fortune. Un hélicoptère a été envoyé récupérer les corps, mais a dû abandonner lorsqu’il a, à son tour, essuyé des tirs de flèches[6].

Le , un touriste américain de 27 ans, John Chau, qui considérait North Sentinel comme « dernier bastion de Satan »[2], a été tué par les Sentinelles alors qu'il posait le pied sur la plage dans le but de les évangéliser[7]. Il faisait partie du mouvement religieux Journey Covenant Church, branche de l'Evangelical Covenant Church (en). Les autorités indiennes interdisent pourtant de se rendre à moins de cinq kilomètres de l'île[8]. John Chau avait payé des pêcheurs indiens pour l'emmener sur l'île interdite; ceux-ci ont été arrêtés par la police, qui enquête aussi sur deux misionnaires américains[9]. La fin de John Chau fait de lui un martyr pour certains milieux évangéliques américains[10]. L’Inde demande que son corps ne soit pas récupéré, pour ne prendre le risque ni d'envenimer la situation ni de contaminer la population[10],[11].

Menaces sur l'avenir des Sentinelles[modifier | modifier le code]

Maladies[modifier | modifier le code]

Les maladies exogènes représentent la première cause de décès pour les tribus isolées qui n’ont pas développé de défenses immunitaires contre les virus de la grippe, de la rougeole ou de la varicelle, comme l'ont fait la plupart des sociétés en contact avec le monde extérieur depuis des centaines d'années. Lors de la prise de contact qui a mené au décès d'un américain le 16 novembre 2018, les Sentinelles pourraient avoir été contaminés par des « agents pathogènes mortels », comme à chaque fois qu'ils sont contactés par un étranger[12].

Braconniers[modifier | modifier le code]

Il arrive que des braconniers entrent sur le territoire protégé des Sentinelles pour y pêcher illégalement des tortues, homards et des concombres de mer[13]. Ils pourraient entrer en contact avec les Sentinelles, ce qui pourrait dégénérer en conflit, comme le décès de certains pêcheurs l'a prouvé[13], ou encore apporter des maladies contre lesquelles les Sentinelles ne sont pas immunisés.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « They [...] use fire, which they hide and guard jealously because they do not know how to make it » (en) Tim McGirk, « Islanders running out of isolation: Tim McGirk in the Andaman Islands reports on the fate of the Sentinelese », sur Independent.co.uk, .
  2. a b et c « North Sentinel : derrière la mort d’un missionnaire, une longue histoire de résistance », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Vishvajit Pandya, In the Forest. Visual and Material Worlds of Andamanese History (1858-2006), University Press of America, , p. 348.
  4. (en) Joachim Schliesinger, Traditional Headhunting in Southeast Asia and Beyond, Booksmango, , p. 111.
  5. « Chapter 12: Of Matters Sexual », (consulté le 24 novembre 2018)
  6. (en) Peter Foster, Stone Age tribe kills fishermen who strayed on to island, The Telegraph, 8 février 2006.
  7. « Américain tué: la police indienne observe la tribu isolée », sur Le Figaro, (consulté le 25 novembre 2018)
  8. « Un homme tué par la tribu isolée des Sentinelles qu’il tentait d’approcher », sur lemonde.fr,
  9. « North Sentinel : deux missionnaires américains dans le viseur de la police indienne », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. a et b « Américain tué par la tribu des Sentinelles : l’Inde appelée à laisser le corps sur l’île », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Michael Safi, « India has no plans to recover body of US missionary killed by tribe », the Guardian,‎ (lire en ligne)
  12. (en) « Survival International statement on killing of American man John Allen Chau by Sentinelese tribe, Andaman Islands », sur survival, (consulté le 22 novembre 2018)
  13. a et b (en) « American apparently killed by tribe's arrows on remote island is identified », CBS news,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]