Richard A. Gardner

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Richard A. Gardner
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Richard Alan Gardner est un psychiatre et un psychanalyste américain, né le dans le Bronx, à New York, et mort le . Il est notamment l'inventeur du syndrome d'aliénation parentale (SAP), qui est toujours l'objet de fortes controverses au sein de la communauté scientifique.

Il est par ailleurs critiqué pour ses positions relatives à la pédophilie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Richard A. Gardner naît dans le Bronx, à New York, le . Son père, d'origine russe, est né en Autriche-Hongrie avant d'émigrer aux États-Unis en 1906, à l'âge de 7 ans[1]. Il est diplômé docteur en médecine en 1956[2], après un cursus universitaire au Columbia College et au Downstate Medical Center de l'Université d'État de New York. De 1960 à 1962, il sert dans le Corps médical de l'armée en tant que directeur de la pédopsychiatrie dans un hôpital de l'armée américaine en Allemagne[3].

La majeure partie des ouvrages de Richard Gardner ont été publiés par sa propre maison d’édition, Creative Therapeutics, Inc, à compte d'auteur[4].

Travaux[modifier | modifier le code]

Conseils en matière de divorce[modifier | modifier le code]

Gardner tout au long de sa carrière de pédo-psychothérapeute conseille de nombreux parents en matière de divorce et d'attribution de la garde des enfants. En 1970, il publie un recueil de conseils aux enfants dont les parents ont ou vont divorcer, The Boys and Girls Book About Divorce. Le livre, jugé de qualité[5] est un succès de librairie. À la mort de Gardner, il en est à sa 28e édition[3].

Jeu de plateau à usage psychothérapeutique[modifier | modifier le code]

En 1971, Gardner met au point une technique d'interview (« Mutual storytelling ») pour utiliser à des fins thérapeutiques les fictions élaborées par des enfants en psychothérapie, et aller plus loin dans l'analyse, certains enfants étant réticents à donner les clefs de leur récit, ou à analyser les problèmes sous-jacents qu'ils révèlent. La technique consiste pour le thérapeute à rebondir sur le récit de l'enfant, en reprenant les mêmes personnages, mais en proposant des suites de l'histoire présentant des modes de résolution de problèmes ou de réponses adaptatives plus saines que celles apparaissant dans le récit initial. En 1973, il développe un jeu de plateau, (Talking, Feeling and Doing Game) pour les enfants réfractaires à la technique précédente. Le jeu, ressemblant à un jeu classique, attribue en récompense des points sous forme de jetons lorsqu'une réponse, neutre ou implicante, est donnée[6].

Syndrome d'aliénation parentale et Sexual Abuse Legitimacy Scale (SALS)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : syndrome d'aliénation parentale.

Gardner constate deux évolutions dans la société américaine au tournant des années 1980 : le fait qu'en cas de divorce, la garde des enfants n'est plus systématiquement confiée à la mère, et l'apparition d'un nombre croissant de révélations ou accusations d'abus sexuels sur enfants, y compris dans des cas de divorce. Il fait l'hypothèse dans un premier article paru en 1985, puis dans son ouvrage The Parental Alienation Syndrome and the differentiation between fabricated and genuine child sex abuse (1987) que les accusations d'abus sexuels dans le cadre de divorce seraient le plus souvent inventées, et dues à un mécanisme d'autodéfense des mères pour pouvoir conserver la garde de leurs enfants. Il est aussi confronté dans sa pratique professionnelle à un nombre de cas croissants d'enfants exprimant un fort rejet, allant jusqu'à la haine, du parent auquel la garde n'est pas attribuée. Il introduit alors l'idée d'un syndrome d’aliénation parentale (abrégé en SAP). Ce SAP est décrit comme un trouble dans lequel un enfant, de manière continue, rabaisse et insulte un parent sans justification. Selon Gardner, ce syndrome apparaîtrait en raison d’une combinaison de facteurs, comprenant l’endoctrinement (« lavage de cerveau » et endoctrinement inconscient) par l’autre parent, et les propres tentatives de l’enfant de dénigrer le parent ciblé. En parallèle, il propose dans le même ouvrage de mettre un outil pour permettre de déterminer si les abus sexuels avancés sont avérés ou inventés, outil qu'il appelle Sexual Abuse Legitimacy Scale (SALS), ce qu'on peut traduire en français par « Échelle de légitimité des abus sexuels »[7]. Cette échelle s'appuie sur 84 critères, relatifs à l'enfant, au père et à la mère[8], classés selon 3 niveaux d'importance et aboutissant à un score[7]. Certains facteurs relatifs à la mère font partie intégrante de sa définition du syndrome d'aliénation parentale[8].

Par la suite, Gardner centre l'essentiel de ses publications sur ces deux notions, avec notamment en 1995 une version légèrement remaniée de son échelle SALS dans Protocols for Sex-Abuse Evaluation (1995), où il retire le score[8].

Si l'idée d'une échelle de validation, accompagnée de nombreux cas détaillés est considérée peu après sa parution comme un apport de valeur, elle fait l'objet dès 1989 de plusieurs critiques majeures. Les deux premières de ces critiques portent sur l'absence de validation expérimentale des critères sélectionnés et d'idées qui reposent exclusivement sur des a priori résultant de la seule pratique clinique de Gardner[9]. Une troisième porte sur la pertinence et le poids des critères concernant les parents, au détriment de critères centrés sur l'enfant, jugés plus significatifs. À cette date, l'échelle est jugée non fiable, et sujette à « mésusage » et sur-interprétation[7].

Dans les années suivantes, les critiques sur le manque de validation empirique du SALS sont confirmées et s'accompagnent de nombreuses autres portant sur les présupposés statistiques retenus par Gardner, sa représentation des abus sexuels, de la sexualité enfantine et adulte, de la psychologie féminine[8]. Les positions de Gardner concernant les fausses allégations d'abus sexuels durant les procédures de divorce ont aussi été critiquées pour le fait qu'elles visent presque exclusivement les mères qui ont la garde et qui entreprennent de dénoncer des abus[10].

De la même façon, le SAP est éminemment controversé et rejeté, tant pour son manque d'assise scientifique scientifique qu'en raison des drames auxquels a donné lieu l'application d'une de ses recettes, l'attribution de la garde de l'enfant au parent rejeté ou, à défaut, un placement en centre de rétention.

Croyances[modifier | modifier le code]

Paraphilies et survie de l'espèce[modifier | modifier le code]

Les travaux de Gardner sont imprégnées par ses croyances. En 1992, il expose dans True and false accusations of child sex abuse l'idée que les déviances sexuelles (dont pédophilie, sadisme, viol, nécrophilie, zoophilie et coprophilie) sont des facteurs qui contribuent à la survie de l'espèce humaine, en ce qu'« elles améliorent le niveau général d'excitation sexuelle dans la société »[5].

En ce qui concerne les femmes, il suggère que celles-ci, en raison de leur physiologie et de leur conditionnement, sont des victimes susceptibles d'apprécier les violences subies lors de viols, car ce serait le prix à payer pour être gratifiées en retour d'un apport de sperme[5].

Apologie de la pédophilie[modifier | modifier le code]

Dans le même ouvrage, True and false accusations of child sex, Gardner écrit que « la pédophilie a été considérée comme étant la norme par la vaste majorité des individus dans l'histoire du monde[11]» et qu'il s'agit là «d'une pratique largement répandue et acceptée parmi littéralement des milliards de personne[11] Selon lui - et contrairement à toute la littérature scientifique disponible à ce sujet - les abus sexuels n'auraient pas forcément des conséquences traumatisantes pour les enfants concernés, les effets dépendraient des attitudes sociales vis-à-vis de la pédophilie[12]. Il s'est déclaré favorable à ce que la mise à jour d'un abus sexuel ne soit pas automatiquement dénoncée aux autorités et a milité pour que des fonds fédéraux soient attribués pour assister ceux qui sont accusés à tort d'abus sexuel[12]. La position de Gardner relative à la pédophilie s'inscrit dans sa théorie personnelle sur la sexualité, d'après laquelle la violence sexuelle masculine dans son ensemble serait " bénéfique du point de vue reproductif" pour l'humanité dans une perspective de l'évolution[13].

Richard Gardner a par ailleurs soutenu que la pédophilie était un moyen de faire apparaître les pulsions sexuelles chez l'enfant de manière précoce, ce qui serait une pratique positive dans le cadre de la survie de l'espèce humaine[14],[15] ; il s'est opposé à ce que les abus sexuels soient poursuivis pénalement, arguant que la procédure judiciaire serait plus traumatisante pour les enfants que les abus sexuels en eux-mêmes[16],1987[7], surtout il a professé que les abus sexuels n'étaient pas nécessairement traumatisant[4] - ce qui est contraire à tout le savoir clinique en la matière.

Pour sa défense, Richard Gardner a expliqué ultérieurement que, pour lui, la pédophilie est une mauvaise chose pour la société et le fait qu'il pense qu'elle fasse partie des comportements humains, comme toutes les autres paraphilies, ne signifie pas qu'il approuve ce comportement[17].

En 1996, le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, la revue de l'American Academy of Child and Adolescent Psychiatry (en), a alerté les professionnels de la santé sur le contenu de l'ouvrage de Richard A. Gardner intitulé Protocols for the Sex-Abuse Evaluation. Cette revue scientifique souligne notamment le fait que l'ouvrage est une recette de prêt-à-penser pour conclure que les allégations d'abus sexuels sont fausses, sous prétexte d'objectivité scientifique[2]. De fait, Richard Alan Gardner a souvent été cité comme expert par des avocats de la défense de personnes soupçonnées d'abus sexuels, de violence domestique ou de maltraitance envers les enfants, avec parfois des conséquences dramatiques pour les familles concernées[2],[5]. Dans ces expertises, il a très souvent argumenté que les enfants qui accusaient leur père d'inceste ou de maltraitance étaient en réalité atteints du syndrome d'aliénation parentale et étaient manipulés par leur mère, quand bien même des preuves physiques attestaient du contraire[4]. Aux États-Unis, de nombreux avocats reprennent cette théorie dans leur plaidoiries, souvent avec succès[18].

Activité d'éditeur[modifier | modifier le code]

Expertise auprès des tribunaux dans des cas de divorce[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Doctor Gardner's Modern Fairy Tales, Creative Therapeutics, 1977, (ISBN 0-933812-09-4)
  • The boys and girls book about divorce, with an introduction for parents, by Richard A. Gardner. Foreword by Louise Bates Ames. Illustrated by Alfred Lowenheim (1970), Science House, (ISBN 0-553-27619-0)
  • The Parental Alienation Syndrome and the differentiation between fabricated and genuine child sex abuse Richard A. Gardner. Creative Therapeutics, 1987[7].
  • Family Evaluation in Child Custody Mediation, Arbitration, and Litigation, by Richard A. Gardner. Creative Therapeutics, 1989, (ISBN 978-0933812208)
  • True and False Accusations of Child Sex Abuse, by Richard A. Gardner. Creative Therapeutics, 1992, (ISBN 978-0933812253)
  • The Parental Alienation Syndrome, Creative Therapeutics, 1992, (ISBN 0-933812-42-6)
  • Protocols for the Sex-Abuse Evaluation, Creative Therapeutics, 1995, (ISBN 0-933812-38-8)
  • Psychotherapy With Sex-Abuse Victims: True, False, and Hysterical, Creative Therapeutics, 1996, (ISBN 0-933812-41-8)
  • Sex-Abuse Trauma?: Or Trauma from Other Sources?, Creative Therapeutics, 2001, (ISBN 0-933812-47-7)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • James J. Krivacska, « Review of the book The Parental Alienation Syndrome and the differentiation between fabricated and genuine child sex abuse, by Richard A. Gardner] », Issues in Child Abuse Accusations, no 1(1),‎ , p. 55-56 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) KC Faller, « The parental alienation syndrome: What is it and what data support it? », Child Maltreatment, vol. 3, no 2,‎ , p. 100–115 (DOI 10.1177/1077559598003002005, lire en ligne [PDF]) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Références[modifier | modifier le code]

  1. Richard A. Gardner, « In Gratitude to the Czars », sur aapdp.org (consulté le 18 juin 2019)
  2. a b et c (en-GB) Andrew Gumbel, « Dr Richard A. Gardner », The Independent,‎ (lire en ligne, consulté le 12 septembre 2018)
  3. a et b (en) Stuart Lavietes, « Richard Gardner, 72, Dies; Cast Doubt on Abuse Claims », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le 13 septembre 2018)
  4. a b et c « Le "Syndrome d'Aliénation Parentale", un négationnisme de l'inceste validé par les tribunaux français », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le 13 septembre 2018)
  5. a b c et d Joan S. Meier, « A Historical Perspective on Parental Alienation Syndrome and Parental Alienation », Journal of Child Custody, no 6,‎ , p. 232–257 (DOI 10.1080/15379410903084681)
  6. (en) Charles E. Schaefer et Steven E. Reid, Game Play: Therapeutic Use of Childhood Games, John Wiley & Sons, (lire en ligne), p. 77-82.
  7. a b c d et e Krivacska 1989.
  8. a b c et d Faller 1998.
  9. Un des exemples donnés est que les troubles du sommeil, que Gardner considère comme un critère faible, pourraient tout aussi bien être considérés comme de même importance qu'un régression comportementale ou que des troubles psychosomatiques, auxquels Gardner attribue une valeur modérée, arguant que ces troubles pourraient résulter du processus de divorce.
  10. Paula Joan Caplan, « Le «syndrome d’aliénation parentale» [Introduction et traduction de Léo Thiers-Vidal] », Revue des politiques sociales et familiales, vol. 89, no 1,‎ , p. 59–63 (DOI 10.3406/caf.2007.2312, lire en ligne, consulté le 2 mai 2019)
  11. a et b (en) Richard A. Gardner, True and false accusations of child sex abuse, Cresskill, N.J, Creative Therapeutics, 1992b, p. 593
  12. a et b (en) S. J. Dallam, « The Parental Alienation Syndrome: Is It Scientific? », dans E. St. Charles E et L. Crook (éds.), Expose: The failure of family courts to protect children from abuse in custody disputes, Our Children Our Children Charitable Foundation, (lire en ligne)
  13. (en) JA Hoult, « The Evidentiary Admissibility of Parental Alienation Syndrome: Science, Law, and Policy », Children's Legal Rights Journal, vol. 26, no 1,‎ (lire en ligne)
  14. Jennifer Hoult, The Evidentiary Admissibility of Parental Alienation Syndrome: Science, Law, and Policy, Children’s Legal Rights Journal, 2006. « He claimed that sexual activities between adults and children were “part of the natural repertoire of human sexual activity,”[338] and that adult-child sex was a positive procreative practice because pedophilia sexually “[charges] up” the child, making the child “highly sexualized” and more likely to “crave” sexual experiences that will result in increased procreation[339]. », p. 19.
  15. Stephanie J. Dallam, « Dr. Richard Gardner: A Review of His Theories and Opinions on Atypical Sexuality, Pedophilia, and Treatment Issues », Treating Abuse Today, janvier-février 1998, 8(1).
  16. Jacqueline Phélip, Le livre noir de la garde alternée, 2006, Editions Dunod : Chapitre 10, page 100 : « Gardner a élaboré une théorie sur les bénéfices, pour la survie de l’espèce, des pratiques sexuelles déviantes : nécrophilie, zoophilie, coprophilie, etc. (1992). Plus encore, il recommande de ne pas incarcérer les pédophiles (1991) « parce que cela gênera la guérison de l’agresseur, et de plus, l’enquête judiciaire peut causer plus de tort psychologique à l’enfant que l’agression elle-même » (1968). Il plaide pour l’abolition du signalement obligatoire des maltraitances (1995). Selon lui encore, « les enfants peuvent être aidés à reconnaître que les rencontres sexuelles entre un adulte et un enfant ne sont pas universellement considérées comme des actes répréhensibles » (1992). ». Ces références proviennent directement de traductions d'écrits de Richard Gardner par Hélène Palma.
  17. Richard Gardner, Misperceptions versus facts about Richard A. Gardner, 1999, publié dans The American Journal of Family Therapy octobre 2002. « I believe that pedophilia is a bad thing for society. I do believe, however, that pedophilia, like all other forms of atypical sexuality is part of the human repertoire and that all humans are born with the potential to develop any of the forms of atypical sexuality (which are referred to as paraphilias by DSM-IV). My acknowledgment that a form of behavior is part of the human potential is not an endorsement of that behavior. Rape, murder, sexual sadism, and sexual harassment are all part of the human potential. This does not mean I sanction these abominations. »
  18. (en) Tim Stelloh, « Do courts use a controversial theory to punish mothers who allege abuse? », Aljazeera America,‎ (lire en ligne, consulté le 13 septembre 2018)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]