Religio Medici

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Religio Medici
Image illustrative de l’article Religio Medici
Frontispice de l'édition non autorisée de la Religio Medici (1642).

Auteur Thomas Browne
Version originale
Langue Anglais
Date de parution 1643

Religio Medici (La Religion d'un médecin) est une œuvre de Sir Thomas Browne publiée en 1643 après avoir été imprimée l'année précédente à l'insu de l'auteur. Cet essai, qui tient du testament spirituel d'un médecin et de l'autobiographie d'un philosophe, connut un grand succès en Europe et demeure l'un des classiques de la littérature britannique. Il a été traduit en plusieurs langues, dont le latin dès 1644, ce qui lui a acquis une audience internationale, puis le français (par Nicolas Lefèvre en 1668), l'allemand (par Lavater en 1746) et le flamand.

Publication[modifier | modifier le code]

Browne écrit son ouvrage en 1635, à titre privé, sans avoir l'intention de le publier. Le manuscrit circule quelque temps parmi ses proches, jusqu'à ce que, en 1642, il reçoive en hommage un exemplaire imprimé sans son consentement. Cependant, cette édition comporte tant d'erreurs qu'il décide de se charger lui-même, à contrecœur, de le faire éditer[1].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Construit à partir des trois vertus théologales du christianisme, la foi, l'espérance (première partie) et la charité (seconde partie), l'ouvrage exprime l'adhésion de Browne à la doctrine de la Sola fide, de l'enfer, du Jugement dernier, de la Résurrection et des autres fondements du protestantisme.

À l'aide d'exemples tirés de sa pratique, l'auteur entend exposer son éthique en tant que médecin et illustrer les vérités de la religion, qu'il veut réconcilier avec la science. Le monde revêt pour lui une apparence magnifique et mystérieuse qui maintient sa curiosité en éveil. Il va jusqu'à s'émerveiller des réalités les plus modestes, tout comme il ressent de l'amitié envers toutes les créatures, même les plus répugnantes — à l'exception du diable[1].

Ce faisant, Browne se défend de toute forme d'agnosticisme, mais sa conception de l'anglicanisme est si tolérante qu'il se dit prêt à accepter n'importe quelle religion, fût-ce la « papiste ». L'Église catholique croit d'ailleurs dans un premier temps que le livre est l'œuvre de l'un de ses fidèles. Elle le mettra ensuite à l'Index en 1646[2], ce qui ne nuira pas à sa carrière, bien au contraire : tout au long du XVIIe siècle, les traductions se multiplieront à partir de l'édition en latin[1].

Texte[modifier | modifier le code]

Réception et influence[modifier | modifier le code]

Guy Patin, contemporain de Browne et médecin comme lui, évoque le caractère inhabituel de ce texte à la fois subtil et mystique :

«  Il est arrivé ici d'Hollande un petit Livre nouveau intitulé Religio Medici, fait par un Anglois, & traduit en Latin par quelque Hollandois : C'est un livre tout gentil & curieux ; mais fort délicat & tout mystique : l'Autheur ne manque pas d'esprit, vous y verrez détranges [sic] & ravissantes pensées : Il n'y a encore guéres de Livres de cette sorte[3].  »

John Dryden se réfère à l'ouvrage de Browne en intitulant Religio Laici l'un de ses poèmes majeurs. Dans son Journal, Samuel Pepys signale que la Religio Medici est universellement réputée pour ses qualités.

Samuel Johnson loue l'excellence de l'ouvrage[4], puis les romantiques anglais le découvrent à leur tour : Charles Lamb le fait connaître à Samuel Taylor Coleridge, qui se montre enthousiaste.

Thomas de Quincey, dans ses Confessions d'un mangeur d'opium anglais (1822), en fait l'éloge, notamment pour un passage concernant les effets de la musique, passage qu'il juge à la fois « remarquable », « sublime » et d'un grand intérêt philosophique.

William Osler, fortement influencé par le livre[5], passe pour l'avoir appris par cœur[6].

À l'instar de Dryden, John Cowper Powys se réfère à l'ouvrage en intitulant l'un de ses essais The Religion of a Sceptic (1925).

Selon Virginia Woolf, la Religio Medici ouvre la voie à la littérature autobiographique, aux mémoires et aux confessions.

Carl Gustav Jung emploie à plusieurs reprises l'expression Religio Medici dans ses écrits.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liste bibliographique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Religio Medici », dans Dictionnaire des œuvres, t. 5, Laffont-Bompiani, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1994.
  2. Chercher « Thomas Browne » dans l'Index de 1948.
  3. Nouvelles lettres de feu Mr. Gui Patin, tirées du cabinet de Mr. Charles Spon, contenant l'histoire du tems, et des particularitez sur la vie et sur les ecrits des savans de son siécle, t. 1, Steenhouwer et Uytwerf, 1718, p. 88.
  4. Hester Thrale, Souvenirs et anecdotes sur Samuel Johnson (extraits des Thraliana), Anatolia/Le Rocher, 2005.
  5. William Osler’s Beloved Mentor: Sir Thomas Browne and Religio Medici in LaCombe (ed.), Osler’s Bedside Library: Great Writers Who Inspired a Great Physician, Philadelphie, American College of Physicians, 2009.
  6. Bliss, Michael (2002). William Osler: A Life in Medicine. University of Toronto Press. p. 45–46. (ISBN 9780802085412).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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