Guy Patin

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Guy Patin
Gui Patin.jpg

Portrait de Guy Patin, burin d’Antoine Masson

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Guy ou Gui Patin (lui-même signait toujours Guy), né le à La Place près de Hodenc-en-Bray dans le Beauvaisis et mort le à Paris, est un médecin et un épistolier français.

Signature de Guy Patin

Biographie[modifier | modifier le code]

Éducation[modifier | modifier le code]

L’éducation de Guy Patin fut commencée par son père, qui lui faisait lire, « encore tout petit » les Vies parallèles de Plutarque ; il fit ses petites classes à Beauvais, puis dès l'âge de neuf ans, on l'envoya étudier à Paris au collège de Boncourt[1]. Brouillé avec sa famille pour son refus d’entrer dans la carrière ecclésiastique, il se livra à l’étude de la médecine et, comme il était dépourvu de ressources, il se fit correcteur d’imprimerie (aux dires de Théophraste Renaudot[2] et de Pierre Bayle[3]).

En 1627, il prit le grade de docteur régent de la Faculté de médecine de Paris première présidence de thèse le 16 décembre 1627); il en fut élu doyen le 5 novembre 1650[4], renouvelé pour une année (comme c'était la coutume) le 4 novembre 1651. Le 16 octobre 1654, il fut nommé professeur d'anatomie, botanique et pharmacie du Collège Royal de France[5], en survivance de son maître Jean Riolan ; il y prononça sa leçon inaugurale le 1er mars 1655[6] ; il prit complète possession et jouissance de sa chaire après la mort de Riolan, le 19 février 1657. Guy Patin n’a guère brillé comme scientifique ; il a même sans doute servi de modèle à Molière pour le personnage de Thomas Diafoirus de son Malade Imaginaire[7]. Dans sa correspondance (française et latine) comme dans ses thèses (toujours en latin), Patin se montre opposé ou au mieux indifférent aux nouveautés physiologiques (circulation du sang, de la lymphe) ou thérapeutiques (antimoine, quinquina)[8] de son temps. Ses maîtres à penser étaient Hippocrate et Galien, et leur kyrielle de disciples dogmatiques. Comme celle des médecins orthodoxes de son temps, la méthode médicale de Patin reposait sur l'observation du cours de la maladie (crudité, coction, crise), et sur la restauration du bon équilibre des humeurs par la saignée vigoureuse et la purge modérée.

« les Pharmaciens de vos quartiers mentent aussi impudemment que les nostres, afin de debiter leurs drogues. Voici la verité du vin emetique, afin qu'ils n'en facent acroire à personne[réf. nécessaire]. »

Homme de lettres[modifier | modifier le code]

Comme médecin, Patin fît beaucoup de vacarme par ses vives polémiques en faveur des anciens contre les partisans des découvertes modernes, mais aussi en faveur de la Faculté de Paris contre l'Université de Montpellier ; on accourait pourtant en foule à ses leçons publiques, surtout pour ses bons mots et ses traits satiriques. Vigneul Marville a dit (mais Patin ne l'a jamais lui-même confirmé) que quand ils le recevaient à dîner, de grands seigneurs (comme Guillaume de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris) plaçaient un louis d’or sous son assiette, en reconnaissance du plaisir que leur causait sa verve sarcastique[9]. Elle se retrouve entière dans ses Lettres, qu’il ne destinait pas à la publicité ("Mais dites-moi tout de bon, n’avez-vous point de honte de garder ces misérables paperasses ? Je vous conseille, et me croirez si me voulez obliger,) d’en faire un beau sacrifice à Vulcain, cela ne mérite ni d’être gardé, ni d’être montré)[10], et qui font encore aujourd'hui vivre son nom.

Guy Patin fut un épistolier prolixe et parfois redoutable. Sa correspondance, commencée en 1630 et poursuivie jusqu'à sa mort, est double : française (plus d'un millier de lettres principalement écrites à deux médecins de Lyon, André Falconet et Charles Spon, à un médecin de Troyes, Claude Belin, et à un autre de Beaune, Jean-Baptiste de Salins) et latine (quelque 450 lettres écrites à plus de 60 savants d'Europe). Il y conte par le menu quantité de choses sur la médecine et les autres sciences, la religion, la politique, l'Histoire ou les faits divers de son époque. Sa bibliomanie (mot dont Vigneul-Marville lui attribue la paternité[11],[12]) y est omniprésente : obsédé par le rêve humaniste d'avoir lu tous les livres imprimés, il possédait l'une des plus riches bibliothèques privées de Paris. Saillies et bons mots abondent dans ses lettres, avec des hardiesses de toutes sortes, une malveillance visible, beaucoup de passion, de la crudité et quelquefois de la grossièreté. Son style libre, plaisant, léger et humoristique l'a fait considérer comme un libertin érudit (mais sans la moindre incursion apparente dans le libertinage des mœurs). Lues avec tout le recul critique nécessaire, ces lettres sont une ressource de choix pour les historiens de la médecine et du premier XVIIe siècle.

Sous bien des égards, Guy Patin est à considérer comme un esprit du XVIe siècle égaré dans le Modèle:S-XVII. Pour la religion, il était catholique, mais avec une profonde aversion pour Rome, son pape, ses moines et ses jésuites ; ce qui créait en lui une forte attirance pour le jansénisme et même le calvinisme. Il faut cependant se garder de vouloir pénétrer l'âme et les sentiments d'un homme dont une insigne particularité était d'être caméléon : il écrivait ce qu'il savait plaire à son correspondant, en se gardant soigneusement de le froisser en quelque façon. Joint à ses sarcasmes, ce trait ne rend guère le personnage attachant, mais ce qu'il raconte dans ses lettres est presque toujours intéressant, curieux ou plaisant.

« Gui Patin, dit Vigneul-Marville, était satirique depuis la tête jusqu’aux pieds… Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses chausses, ses bottines, tout cela faisait nargue à la mode et le procès a la vanité. Il avait dans le visage l’air de Cicéron, et dans l’esprit le caractère de Rabelais. »[9]

Or, suivant la remarque de Bayle, ses lettres, écrites pour l’intimité, montrent l’homme tout entier et au naturel. Familières, sans prétention, souvent enjouées, elles ont le laisser-aller d’une conversation et l’agrément d’une confidence. Les incorrections n’y manquent pas, et la phrase française y est fréquemment coupée par des passages en latin, langue que l’auteur affectionnait et écrivait avec élégance.

Du mariage de Guy Patin avec Jeanne de Janson en 1628, naquirent dix enfants (dont cinq passèrent le bas âge)[13]. Deux de ses fils, Robert (né en 1639) et Charles Patin (1633), furent comme lui docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris. Il firent la fierté de leur père, mais causèrent aussi la misère et l'immense détresse qui noircirent la fin de sa vie : Robert (mort en 1670) engagea des procès contre Guy Patin, provoquant sa ruine, et l'obligeant à céder sa très chère bibliothèque et sa belle maison[14] ; Charles, son fils préféré, empêtré dans un trafic de livres clandestins, dut s'enfuir de France à la fin de 1667 pour ne plus jamais revoir son père[15].

Vingt ans après la mort de Guy Patin, on publia ses Lettres choisies, depuis 1645 jusqu’en 1672 (Cologne, 1692, 3 vol. in-12). On imprima ensuite un Nouveau recueil de Lettres choisies (1695, 2 vol. in-12 ; puis Nouvelles lettres de feu M. Gui Patin, tirées du cabinet de Charles Spon (1718, 2 vol. in-12). Réveillé-Parise en a donné une nouvelle édition, comprenant tous les recueils précédents Paris. 1846, 3 vol. in-8°). En mars 2015, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé a mis en ligne une édition électronique complète et commentée de la Correspondance française de Guy Patin par Loïc Capron, professeur de médecine de l'Université Paris-Descartes ; une édition des lettres latines est en cours de rédaction. Treize Lettres latines de Guy Patin ont été insérées dans les Clarorum virorum epistolæ (1702, in-8°). Hormis ses thèses, dont plusieurs eurent un grand retentissement dans toute l'Europe, Guy Patin a signé peu de livres, mais mis la main à l'édition de plusieurs ouvrages médicaux rédigés par des auteurs qu'il admirait : Jean Riolan, bien sûr, mais aussi Daniel Sennert ou Caspar Hofmann. Bayle a publié un Patiniana (1703, in-12) et Laurent Bordelon l’Esprit de Guy Patin (1709, in-12)[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Lettre à Charles Spon, 13 juin 1644 », sur www.biusante.parisdescartes.fr (consulté le 9 mars 2015)
  2. « Lettre au R.P. de Saint Paul, 8 novembre 1643 », sur www.biusante.parisdescartes.fr (consulté le 9 mars 2015)
  3. « Patin (Guy) », dans Dictionnaire historique et critique, vol. 11, 1820, p. 445.
  4. « Lettre à Charles Spon, 18 novembre 1650 », sur www.biusante.parisdescartes.fr (consulté le 9 mars 2015)
  5. Alfred Soman, Élisabeth Labrousse « La querelle de l'antimoine : Guy Patin sur la sellette » Histoire, économie et société 1986;5(5-1):31-45.
  6. « Lettre à Charles Spon, 2 mars 1655 », sur www.biusante.parisdescartes.fr (consulté le 9 mars 2015)
  7. « Thomas Diafoirus », sur www.biusante.parisdescartes.fr (consulté le 9 mars 2015)
  8. Guy Patin : Une lettre du 4 octobre 1658 à Hugues de Salins [référence 307 sur le [PDF]].
  9. a et b De Vigneul-Marville, Lettres choisies de feu monsieur Guy Patin … dans lesquelles sont contenües plusieurs particularités historiques, sur la vie [et] la mort des savans de ce siécle, sur leurs ecrits [et] sur plusieurs autres choses curieuses depuis l'an 1645 jusqu'en 1672,‎ , 512 p., Avis au lecteur, p. vi
  10. « Lettre à Charles Spon, 8 janvier 1650 », sur www.biusante.parisdescartes.fr
  11. De Vigneul-Marville, Mélanges d'histoire et de littérature, recueillis par M. De Vigneul-Marville, volume 1,‎ , 410 p., p. 46.
  12. « Lettre à Charles Spon, 20 décembre 1652 », sur www.biusante.parisdescartes.fr
  13. « Lettre à Claude II Belin, 20 mai 1650 », sur www.biusante.parisdescartes.fr
  14. « Comment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy », sur www.biusante.parisdescartes.fr
  15. « Déboires de Carolus », sur www.biusante.parisdescartes.fr
  16. L'esprit de Guy Patin (1709)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]