Quirites

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Quirites (pluriel du latin Quiris, Quiritis) est le collectif des « individualités qui forment le populus Romanus »[1], le corps civique, dirions-nous aujourd'hui.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Quirinus est le dieu qui patronne cette communauté. L'étymologie aujourd'hui la plus fréquemment retenue rapproche les deux termes ; Quirites : *co-virites et Quirinus : *Co-virino[2]. Le latin historique conserve l'adverbe viritim, « par homme, par tête, à titre individuel »[3].

C'est donc à cet aspect individuel que s'attache à chacun le droit des Quirites, ius Quiritum[4], la citoyenneté, et donc la possibilité d'interagir dans le cadre de la collectivité des membres qui en jouissent aussi (droits civils, politiques, religieux). C'est donc de l'individu, détenteur de ce droit, qu'émane le collectif et les interactions sociales qu'il permet. Cela permet de comprendre, par exemple, qu'il n'y a pas de poursuite publique en droit romain, l'accusation doit émaner d'un Quirite. De même, il n'y a pas de registre d'état civil à Rome : en cas de litige, ce sont les témoignages d'autres Quirites qui permettent de trancher[5].

L'ancienne opposition entre les appellations Quirites (au civil) et Milites (quand le citoyen est sous les armes) est remise en question dans les recherches récentes : le citoyen romain sous les armes conserverait des prérogatives du ius Quiritum[6].

L'ancienne explication qui rattachait l'étymologie aux « habitants de Cures »[7], adoptée après l'alliance entre Romulus et Titus Tatius (roi de Cures, capitale des Sabins) qui mit un terme à la guerre entre Romains et Sabins, laquelle suivit l'enlèvement des Sabines, est aujourd'hui abandonnée[1].

S.P.Q.R.[modifier | modifier le code]

Parmi les explications de l'abréviation S.P.Q.R., la plus répandue est Senatvs PopvlvsQve Romanvs telle qu'elle devait apparaître sur la Porta Romana d'Ostie construite par Cicéron d'après la proposition de Fausto Zevi ou qu'on peut lire sur l'arc de Titus, rappelés par Bernardino Corio[8], mais cette abréviation aurait pu être dans les temps les plus anciens Senatus Populusque Quiritium Romanorum, en français le « Sénat et le peuple des Quirites romains » d'après la remarque de Tim J. Cornell (en) sur l'appellation utilisée par les Romains - populus Romanus Quiritium - sous la royauté romaine au moment d'une déclaration de guerre qu'on trouve dans l’Histoire romaine de Tite-Live, livre I, 32, 11-13. Les Quirites sont les citoyens romains jouissant de tous les droits.

Tite-Live, Livre 1, 32, 11-13 : Fieri solitum ut fetialis hastam ferratam aut praeustam sanguineam amendes ad eorum ferret et non moins tribus puberibus praesentibus diceret : « Quod populi Priscorum Latinorum hominesque Prisci Latini Adversus populum Romanum Quiritium fecerunt deliquerunt, quod populus Romanus Quiritium bellum cum Priscis Latinis iussit esse senatusque populi Romani Quiritium censuit consensit consciuit ut bellum cum Priscis Latinis Fieret, ob eam rem ego populusque Romanus Populis Priscorum Latinorum hominibusque Priscis Latinis bellum indico facioque ». Id ubi dixisset, hastam in fines eorum emittebat hoc tum modo ab Latinis repetitae ac bellum de indictum, moremque eum posteri acceperunt[9] (en français : « L’usage était alors que le fétial portât aux frontières du peuple ennemi un javelot ferré, ou un pieu en cornouiller durci au feu. Là, en présence de trois adultes au moins, il disait : "Puisque les peuples des Anciens Latins ou les citoyens des Anciens Latins ont agi contre le peuple romain des Quirites et failli envers lui, le peuple romain des Quirites a ordonné la guerre contre les Anciens Latins ; le sénat du peuple romain des Quirites, l’a proposée, décrétée, arrêtée, et moi et le peuple romain, nous la déclarons aux Anciens Latins, peuples et citoyens, et je commence les hostilités." En disant ces mots, il lançait son javelot sur le territoire ennemi. Telles furent alors les formalités auxquelles on eut recours dans les réclamations adressées aux Latins et dans la déclaration de guerre. Cette coutume a depuis été constamment observée. »).

Accademia dei Quiriti[modifier | modifier le code]

L'Accademia dei Quiriti, en français Académie des Quirites, a été fondée à Rome en 1714 par Giovanni Vincenzo Gravina. Elle est refondée en 1831 sous les auspices du Saint Esprit[10]. Le sceau de la société représente Romulus derrière un araire traçant les limites de Rome au-dessus de la devise nec metas rerum nec tempora pono (en français : ni limite des sujets, ni durée dans le temps) tirée de l’Énéide de Virgile.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Magdelain 1990, p. 253.
  2. Magdelain 1990, p. 252 : « D'après l'étymologie la plus probable, on explique Quirites par *co-virites et Quirinus par *Co-virino - (de même que, semble-t-il, curia suppose *co-viria). » On pourrait expliciter cette étymologie *co-virites par : rassemblement des hommes (mâles) pris en tant qu'individus, à titre personnel. Ce rassemblement effectif se nommerait alors curia (*co-viria, cf. les plus anciennes comices, les curiates) tout comme le lieu de ce rassemblement.
  3. Traductions proposées par le dictionnaire Gaffiot.
  4. Qu'on appellerait "droit civil" aujourd'hui. Il faut rappeler que les Romains distinguaient strictement trois ordres de règles : les domaines religieux (fas), moraux (mos) et juridiques (ius). Chacun disposait de ses propres autorités pour en assurer l'observation: respectivement, les pontifes, les censeurs et les préteurs.
  5. On entrevoit là l'importance du témoin dans le droit romain. Selon le même principe, il n'y a pas de "notariat" au sens moderne du terme, à Rome. A titre d'exemple, l'authentification d'un testament se fait par la présence, obligatoire, de 7 témoins qui contresignent. Ce sont eux qu'entendra le juge en cas de contestation.
  6. Magdelain 1990, p. 253-254. Et donc cela étend l'aire d'influence du dieu Quirinus que l'on a longtemps cru purement civile.
  7. Les habitants de Cures étaient appelés Quirites ; après leur translation à Rome, les Romains prirent eux-mêmes ce nom. Voir : « Imago Mundi ».
  8. Bernardino Corio, Le Vite degl'imperatori, incominciendo de Givlio Cesare fino a' Federico Barbarossa, Presso Giorgio de' Cavalli, In Venetia, 1565, p. 1129-1130 (lire en ligne)
  9. Tite-Live, Ab urbe condita libri, livre 1, 32, 11-13
  10. Leggi dell'Accademia de' Quiriti, Rome, 1859 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Magdelain 1990 : André Magdelain, « Quirinus et le droit (spolia opima, ius fetiale, ius quiritium) », Publications de l'École française de Rome, 133, 1990, p. 229-269 [en particulier la section III, p. 252 sq.] (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]