Quand ils sont venus chercher...

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Niemöller en mai 1952.

Quand ils sont venus chercher… est une citation du pasteur Martin Niemöller (1892–1984) sur la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l'accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l'autre.

De nombreuses variations et adaptations dans l'esprit de l'original ont été publiées dans différentes langues.

Texte[modifier | modifier le code]

Le discours s'est fait connaître avant tout sous la forme de poèmes qui ont commencé à circuler dans les années 50[1].

La version suivante est une traduction de celle reconnue définitive par la Fondation Martin Niemöller[2] :

«  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »

Le Musée du Mémorial de l'Holocauste des États-Unis cite la version suivante[3] :

First they came... (Quand ils sont venus chercher...)

First they came for the Socialists, and I did not speak out— Ils sont d'abord venus chercher les socialistes, et je n'ai rien dit
Because I was not a Socialist. Parce que je n'étais pas socialiste
Then they came for the Trade Unionists, and I did not speak out— Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n'ai rien dit
Because I was not a Trade Unionist. Parce que je n'étais pas syndicaliste
Then they came for the Jews, and I did not speak out— Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n'ai rien dit
Because I was not a Jew. Parce que je n'étais pas juif
Then they came for me—and there was no one left to speak for me. Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre.

Niemöller a créé plusieurs versions du texte pendant sa carrière. Les discours les plus anciens, écrits en 1946, mentionnent les communistes, les patients incurables, les juifs ou Témoins de Jéhovah, et les civils des pays occupés par le IIIe Reich. Dans chaque version, l'impact va crescendo, partant du groupe le plus petit et éloigné pour arriver au plus grand groupe, celui des Juifs, et aboutir finalement à lui-même, en tant que critique désormais déclaré du nazisme. Dans son discours devant l'Église confessante du 6 janvier 1946, Niemöller mentionne explicitement le cardinal « qui se soucie d'eux » :

«  Quand le Pasteur Niemöller a été déporté dans un camp de concentration, nous avons écrit l'année 1937 ; quand le camp de concentration a ouvert nous avons écrit l'année 1933, et les gens qu'on y mettait alors étaient des « communistes ». Qui se souciait d'eux ? Nous le savions, c'était publié dans les journaux.

Qui a levé la voix, peut-être l'Église confessante ? Nous pensions : des communistes, ces adversaires de la religion, ces ennemis des chrétiens – « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Puis ils se sont débarrassé des « malades, les prétendus incurables ». Je me souviens d'une conversation avec une personne qui se disait chrétienne. Il disait : peut-être que c'est une bonne chose, ces malades incurables coûtent de l'argent à l'État, ils ne sont qu'un fardeau pour eux-mêmes et pour les autres. N'est-il pas mieux pour tout le monde si on les retire de la société ? – Ce n'est qu'alors que l'Église s'est inquiétée. Alors nous nous sommes mis à parler, jusqu'à ce que nos voix se taisent à nouveau en public. Pouvons-nous prétendre ne pas être coupables et responsables ? La persécution des Juifs, la façon dont nous traitions les pays occupés, ou ce qui se passaient en Grèce, en Pologne, en Tchécoslovaquie ou en Hollande, tout ça était publié dans les journaux.

Je crois que nous autres, les chrétiens de l'Église confessante, avons de bonnes raisons de dire : mea culpa, mea culpa ! Nous pouvons ergoter avec l'excuse que parler nous aurait coûté notre tête.  »

— Niemöller, [1]

Ce discours est traduit et publié en anglais en 1947, mais est plus tard retiré quand des allégations émergent selon lesquelles Niemöller aurait été l'un des premiers soutiens des nazis[4]. Les « malades, les prétendus incurables » ont été tués par l'Aktion T4. Une version du discours donnée en 1955, mentionnée dans une entrevue d'un professeur qui cite Niemöller, liste les communistes, les socialistes, les écoles, les Juifs, la presse et l'Église. Une version américaine, donnée par un membre du Congrès en 1968, mentionne de façon anachronique les industriels, qui n'ont jamais été persécutés par les nazis, et omet les communistes.

En 1976, Niemöller répond lors d'une interview à une question sur l'origine du poème[1] :

«  Il n'y a pas de minutes ou de copie de ce que j'ai dit, et je l'ai peut-être formulé différemment. Mais le fond de l'idée était : les communistes, nous laissons toujours faire avec calme ; et les syndicats, ça aussi nous laissons faire ; et nous laissons même faire pour les sociaux-démocrates. Rien de tout cela n'est notre affaire. L'Église ne s'est pas inquiétée de politique à ce moment, et elle ne devrait d'ailleurs pas en faire. Dans l'Église confessante nous ne voulions pas représenter une résistance politique en tant que tel, mais nous voulions décider pour l'Église que tout cela n'était pas juste, et que cela ne devait pas être accepté par l'Église, c'est pourquoi déjà en 33, quand nous avons créé la Fédération d'urgence des pasteurs (Pfarrernotbund), nous avons mis en 4e point de notre charte : si une attaque se produit contre des ministres du culte et qu'ils sont expulsés de leur ministère parce que de « lignée juive » (Judenstämmlinge) ou quelque chose de ce genre, alors en tant qu'Église nous ne pouvons que dire : Non. Et voilà le 4e point dans sa substance, et c'était probablement la première prise de position contre l'antisémitisme issue de l'Église protestante.  »

— Niemöller, [5]

Auteur[modifier | modifier le code]

Martin Niemöller est un pasteur luthérien allemand et un théologien, né en 1892 à Lippstadt. Niemöller était anti-communiste et a initialement soutenu l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. Il se désillusionne avec les propos de Hitler sur la suprématie de l'État sur la religion, et finit par diriger un groupe de religieux opposants au régime. En 1937 il est arrêté et enfermé aux camps de concentration de Oranienburg-Sachsenhausen et Dachau. Il est libéré en 1945 par les Alliés. Il continue sa carrière de pasteur en Allemagne et devient l'une des voix prépondérantes pour la repentance et la réconciliation après la Seconde Guerre mondiale. Sa déclaration, parfois présentée sous forme de poème, est fréquemment citée pour dénoncer les dangers de l'apathie politique.

Origine[modifier | modifier le code]

La déclaration est publiée en 1955 dans le livre de Milton Mayer (en) They Thought They Were Free, basé sur des interviews conduites en Allemagne plusieurs années auparavant. La citation circule dans les milieux activistes des droits civiques et parmi les enseignants aux États-Unis à la fin des années 50. La recherche en retrace l'origine à plusieurs discours donnés par Niemöller en 1946[1].

Néanmoins la formulation demeure controversée, tant pour sa provenance que pour sa substance et pour l'ordre dans lequel les groupes sont listés dans différentes versions. Bien que les discours publiés par Niemöller en 1946 mentionnent les communistes, les malades incurables et les Juifs ou les Témoins de Jéhovah (selon le discours précis), et les populations des pays occupés, une paraphrase d'un professeur allemand dans une interview liste les communistes, les socialistes, les « écoles, la presse, les Juifs et ainsi de suite », et fini par « l'Église ». Sur la base des explications données par Niemöller lui-même en 1976, on sait que cela fait référence à l'Église protestant allemande (Evangelische), et non à l'Église catholique allemande[1].

Dans l'édition de novembre 2001 de First Things, Richard John Neuhaus affirme que lorsqu'« on lui a demandé en 1971 quelle était la version correcte de la citation, Niemöller a dit qu'il ne savait plus très bien quand il avait prononcé ces fameuses paroles, mais que si on insiste pour les citer, il préfère une version qui mentionne les "communistes, les syndicalistes, les Juifs" et "moi" »[6]. L'historien Harold Marcuse n'a toutefois pas pu vérifier l'interview en question ; à la place, il trouve une interview de 1976 où Niemöller se réfère à une discussion tenue en 1974 avec l'évêque général de l'Église luthérienne slovaque[1].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le lieutenant Dennis Kelly lit un extrait du poème de Martin Niemöller pendant une cérémonie religieuse en mémoire des victimes de l'Holocauste, le 27 avril 2009.

Le Musée du Mémorial de l'Holocauste des États-Unis à Washington affiche la citation en substituant « Socialists » à « Communists ». Le site Internet du Musée comporte une discussion sur l'histoire de la citation[7].

Une version de la déclaration était affichée au mémorial de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalm mais n'a jamais été remplacée après la construction du nouveau musée. Elle figure aussi au Musée de l'Holocauste de Virginie, à Richmond ; au mémorial de l'Holocauste à Boston ; et au Musée de l'Holocauste de Floride à Saint-Petersbourg.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Harold Marcuse, « Martin Niemöller's famous quotation: "First they came for the Communists ... " », University of California at Santa Barbara
  2. (de) « Als die Nazis die Kommunisten holten... », Martin Niemöller Stiftung, 22 septembre 2005.
  3. « Martin Niemöller: "First they came for the Socialists..." », Holocaust Encyclopedia, United States Holocaust Memorial Museum
  4. Marcuse, Harold. “Of Guilt and Hope, by Martin Niemöller.” University of California at Santa Barbara.
  5. http://www.martin-niemoeller-stiftung.de/4/daszitat/a46
  6. Richard John Neuhaus, « September 11-Before and After », First Things (consulté le 19 juin 2014)
  7. « Martin Niemöller: "First they came for the Socialists…" », United States Holocaust Memorial Museum (consulté le 5 février 2011)

Notes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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