Phanias

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Phanias, en grec ancien Φανίας, est un philosophe péripatéticien, botaniste du IVe siècle av. J.-C.[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Érèse sur l’île de Lesbos, Phanias est compatriote et condisciple Théophraste. En -344, quand Hermias d'Atarnée, livré aux Perses, fut exécuté par Artaxerxès III, il se rendit dans l'île voisine de Lesbos, à Mytilène, chez Théophraste. Il y ouvre sa deuxième école, pour environ deux ans, et y rencontre Phanias, qui devient son élève. Arrivé à Athènes vers -332, Phanias s’attache à l’école d’Aristote et s’est intéressé à l’Histoire, surtout. Commentateur d’Aristote en sciences et logique[2],[3], ses travaux sont une extension de ceux d’Aristote. En 307 av. J.-C., Athènes est prise par Démétrios Poliorcète et la chute de Démétrios de Phalère entraîne la persécution des philosophes : les écoles de philosophie sont interdites et fermées par une loi de Sophocle de Sounion[4]. La loi interdisait aux philosophes de tenir école sans le consentement du peuple et de la Boulè, sous peine de mort. Théophraste et tous les philosophes durent s’exiler volontairement[5]. Rétabli et rappelé par Philon, archonte péripatéticien, successeur de Sophocle, Théophraste revint à Athènes l’année suivante et y vécut dès lors, entouré de très nombreux disciples, dont Phanias.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Phanias est opposé à Diodore Cronos et aux sophistes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Phanias est mentionné par Plutarque[6] comme instruit en Histoire : il est l'auteur de Prytanées d'Erèse[7], où il parle d'une pluie de poissons, terme imagé pour un fait scientifique avéré lorsqu'un vent violent souffle sur un plan d'eau, y bouleverse les eaux, et fait gerber le fretin avec la vague ainsi produite[8],[9] Il s'intéressa aux tyrannies, dans son île et ailleurs, en Sicile entre autres[10], et avait traité des tyrans et de la tyrannie dans un ouvrage intitulé Assassinats de despotes tués par vengeance[11]. L'article de Zénon de Cition, Diogène Laërce cite un extrait d'un ouvrage de Phanias intitulé Amusements de Posidonios[12].

Histoire Naturelle[modifier | modifier le code]

Son ouvrage Sur les Plantes, en rapport avec l'œuvre de Théophraste[13], s'intéresse plus particulièrement à la précision des définitions[14] et aux soins des jardins, et de ceux qu'il faut apporter aux plantes[15]. De son ouvrage Sur les Plantes[16] il ne reste plus qu'un très petit nombre de fragments ; il laisse penser qu'il s'est surtout occupé des fruits[17]. Cité par Gallien, on y apprend les vertus de l'ortie ; Phanias prolonge entre autres les détails de Théophraste sur l'étude du panais, qu'il dit bon contre les morsures de reptiles[18]
Casaubon l'a critiqué, parfois à tort et de manière lacunaire : Il reproche toujours à Phanias de parler obscurément, faute d'être assez instruit pour l'entendre ; mais Phanias est très clair.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans son Des Poètes[19], il s'est intéressé aux musiciens et comédiens athéniens. Dans son ouvrage Sur les Socratiques[20], Phanias relate une discussion dont fait partie Antisthène sur ce qu'il faut faire pour devenir kalos kagathos. Sur les Socratiques est mentionné deux fois par Diogène Laërce[21].

Mentions bibliographiques[modifier | modifier le code]

D'après l'historien Athénée, Phanias raconte dans un des ses ouvrages que le poète Philoxène de Cythère, gourmand, soupant un jour chez Denys de Sicile, vit servir un gros barbeau au roi, tandis que lui obtenait un beaucoup plus petit devant lui. Il prit le barbeau dans la main et l'approcha de son oreille. Denys lui demandant pourquoi il faisait cela, Philoxène répondit qu'occupé par sa Galathée, il questionnait son barbeau sur ce qu'il voudrait savoir à l'égard de Nérée, mais qu'il ne répondait pas à ces questions, qu'on a certainement pêché ce barbeau trop jeune et que donc il n'entend pas. Philoxène dit encore à Denys qu'il était persuadé que le plus vieux (sous-entendant le plus gros) sait parfaitement ce que je voudrais connaître. Denys rit de la plaisanterie, et lui offrit ainsi son barbeau[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne]

Références[modifier | modifier le code]

  1. vers -375 ou -360 selon Les Mégariques : fragments et témoignages - Page 227, par Róbert Müller - 1985
  2. Alexandre d'Aphrodise cite un ouvrage de Phanias, Contre Diodore
  3. Schol. Arist p.  566(a) Éd. Brandis
  4. Sophocle est ici un archonte, fils d’Amphiclide, qu’il ne faut pas confondre avec le poète, originaire de Colone, qui avait fait voter cette loi sous prétexte d’éviter les assemblées tumultueuses. Sa loi fut abrogée après un an d’application, et il fut condamné à une amende de cinq talents - cfr. Traité historique et critique de l’opinion, par Gilbert Charles Le Gendre, marquis de Saint-Aubin-sur-Loire, 1741.
  5. Grand Larousse encyclopédique en 10 volumes (juillet 1963) : Strya - Zyth (page 298)
  6. Plutarque, Vie de Thémistocle, 13
  7. Prytaneis Eresioi
  8. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] : VIII ; comp. Eustathe : p. 35, 18 ; Clément d'Alexandrie, Stromates, I ; Plutarque : Vie de Solon, 14, 32 ; Vie de Thémistocle, 1, 7, 73 ; Suidas : article Phanias
  9. ; Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (II) : On appelait Solénistes ceux qui pêchaient ces coquillages (les solens), selon le rapport de Phanias dans son ouvrage intitulé Les Tyrans punis de mort. Voici ses termes : « Philoxène, surnommé Soléniste, d'orateur devint tyran ; il fut d'abord pêcheur, et vivait en prenant des solens : (90f) s'étant procuré des fonds qu'il mit dans le commerce, il acquit du bien. »
  10. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (I, VI)
  11. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (III) et Histoire de la Grèce, depuis les temps les plus reculés par George Grote, page 59 (1865)
  12. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre VII)
  13. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (II, IX)
  14. caractéristique de l'école péripatéticienne
  15. où il distingue les légumes satifs et non sauvages, qui se sèment pour être cuits en bouillant, des légumes dont on se sert en fourrage
  16. en grec ancien Περἰ φῠτόν : Peri phutôn, en plusieurs livres
  17. Terme à prendre ici avec précaution, quand on sait que ce que Théophraste entend par le mot fruit n'est pas toujours ce à quoi le mot fait référence chez les botanistes modernes
  18. Sur les Plantes, Livre V
  19. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (VIII)
  20. frg. C175 et Wehrli 30
  21. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] : II (65) et VI (8)
  22. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] : Livre I, Ch.11