Passion de la manche coupée

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L'expression « passion de la manche coupée » (断袖之癖 duàn xiù zhī pǐ, ou 切袖的激情, qiè xiù de jīqíng), née vers le Ier siècle av. J.-C. en Chine, désigne un ancien mythe chinois qui raconte l'amour homosexuel entre l'empereur Han Aidi et son favori Dong Xian. Ce terme est depuis devenu un euphémisme de l'amour entre hommes en Chine.

Le mythe[modifier | modifier le code]

Han Aidi et Dong Xian

L'histoire raconte que le jeune empereur Han Aidi (27 av. J.-C. - 1 av. J.-C.) (de son vrai nom Liú Xīn), de la dynastie Han, tomba amoureux de Dong Xian, un de ses officiers. L'empereur lui octroya alors un grand pouvoir politique et militaire, et un magnifique château. D'après la légende, un jour où les deux hommes dormaient ensemble, l'empereur fut réveillé de son sommeil à cause d'affaires urgentes. Dong Xian s'était endormi sur la manche du peignoir de l'empereur, mais celui-ci, ne voulant pas réveiller son amant, préféra en couper la manche, d'où l'expression manche coupée.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La Chine a une très longue histoire de tolérance envers l'homosexualité, les premières références de son acceptation remontant à l'époque de la dynastie Shang (XVIe siècle av. J.-C.). Ce n'est qu'avec l'introduction des idées occidentales à partir du XIXe siècle que cette tolérance prend fin[1].

Qu Yuan, un poète très admiré de l'époque des Royaumes Combattants (340-278 avant J.C) écrivait des poèmes à son amant, le roi de Chu. Des documents historiques comme le Shiji (Mémoires du Grand Historien) de Sima Qian, et les archives exhaustives de la dynastie Han, listent les noms des favoris des empereurs.

Durant la dynastie Han de l'Ouest (206-23 avant J.C), dix des treize empereurs avaient des amants en plus des femmes et concubines obligatoires à l'époque. Sima Qian écrit que les favoris étaient très souvent plus admirés par leur habileté à la guerre, leur administration ou leur culture, que pour leur beauté.

Durant la période de désunion (265-589 après J.C), lors de laquelle six dynasties ont régné et se sont succédé, les historiens de la Dynastie Song du Sud affirment dans leurs archives que l'homosexualité était aussi commune que l'hétérosexualité.

Lors de la dynastie Song (920-1279), l'augmentation de l'urbanisation et l'introduction de la monnaie de papier provoquent un accroissement de la prostitution. Une loi est alors créée, proscrivant la prostitution masculine, mais elle n'est pas strictement appliquée. De plus, les classes marchandes, de plus en plus riches, prennent plaisir à dépenser leur argent dans des fêtes avec de jeunes courtisans.

En 1740, pendant le règne de la dynastie Qing (1644-1911), le gouvernement fait passer la première loi contre l'homosexualité. Elle est punissable d'un mois de prison et de cent coups de bâton, la punition la moins sévère du code pénal. C'est une époque de répression sexuelle pendant laquelle seuls les acteurs (étant au plus bas de l'échelle sociale) jouissent d'une certaine liberté dans leur vie sexuelle. C'est en fait la croissance de la popularité du néoconfucianisme, qui impose des règles sévères sur les comportements des hommes et des femmes, qui en est la cause.

Avec la fin de l'empire de Chine vient la fin de la tolérance. La Révolution culturelle a lieu entre 1966 et 1976, période durant laquelle les homosexuels sont victimes de persécutions. L'homosexualité est considérée comme une maladie mentale, et ce jusqu'en 2001. De nos jours, l'homosexualité est encore un thème tabou dans la société chinoise.

En ce qui concerne les relations homosexuelles entre femmes, de nombreux documents en prouvent également l'existence et l'acceptation. Ils sont cependant bien moins nombreux que ceux concernant les hommes, à cause de la situation d'inégalité et d'isolement dont souffrent les femmes. Néanmoins l'homosexualité féminine n'est pas rare : par exemple, la femme d'un homme a des relations avec la concubine de celui-ci. Ces relations fascinent les éroticistes et ont inspiré de nombreux tableaux lors de la dynastie Qing.

Références dans la littérature[modifier | modifier le code]

En chinois classique, les pronoms pour il et elle ne sont pas différenciés (comme dans beaucoup d'autres langues asiatiques de l'Est ou du Sud-Est), puisque qu'il n'existe pas de genre grammatical. C'est la raison pour laquelle les poèmes peuvent être lus comme relatant un amour homosexuel ou hétérosexuel, ou même encore neutre, selon le choix du lecteur. De plus, de nombreux poèmes de la Chine ancienne sont écrits pas des hommes mais de manière féminine. Certains de ces poètes utilisent la voie féminine pour se lamenter d'avoir été abandonnés par leurs compagnons.

Ce n'est que lors de l'adoption des valeurs européennes par la Chine, que ceux-ci adoptent des mots pour différencier une personne hétérosexuelle d'une personne homosexuelle.

En revanche, dans la tradition chinoise, les personnes concernées auraient été décrites par des allusions implicites à leurs actes ou, le plus souvent, en parlant d'un exemple célèbre du passé, qui était souvent une allusion à Dong Xian.

L'amour homosexuel a aussi été représenté dans l'art chinois, dont de nombreux exemples ont survécu aux divers événements politiques traumatisants de l'histoire chinoise récente. Bien que l'on ne connaisse pas encore de grandes statues, on peut trouver de nombreux parchemins et peintures sur soie dans des collections privées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hinsch, Bret. (1990). Passions of the Cut Sleeve. University of California Press. p. 56

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ”Queers in history” BenBella books
  • ”Cut sleeve” Pu Songling

Liens externes[modifier | modifier le code]