Opération Manta

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Zone contrôlé par le GUNT au Tchad en 1986/1987 (vert clair), "ligne rouge" au 15e et 16e latitude (1983 et 1984) et la bande d'Aouzo occupé par la Libye (vert foncé)

L'opération Manta est une opération militaire française qui s'est déroulée au Tchad entre 1983 et 1984 dans le cadre du conflit tchado-libyen.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Tchad est plongé dans une guerre civile depuis 1965. Elle connaît sa phase la plus dure en 1979, lorsque le gouvernement d'unité nationale de Félix Malloum et de son Premier ministre Hissène Habré se rompt. La situation se calme jusqu'à l'année suivante, lorsqu'Habré, devenu ministre de la Défense, se rebelle contre Goukouni Oueddei[1].

Habré reprend N'Djaména le . Mouammar Kadhafi, qui observait la situation du pays voisin, décide de s'ingérer dans le conflit en reconnaissant Goukouni comme chef légitime du pays, et en armant les militaires tchadiens[1].

La situation libyenne inquiète le président François Mitterrand. Il considère que l'action de Mouammar Kadhafi pourrait déstabiliser la région dans le cas où il venait à envahir le sud du Tchad. Il déclare à George P. Shultz que « Si Kadhafi demeure en Libye, cela n'est pas très grave ; il y a une très faible population dans ce pays. Kadhafi n'est pas éternel et le problème est donc circonscrit. Kadhafi doit cesser d’œuvrer pour l'expansionnisme de l'intégrisme musulman [...] car c'est quelque chose de très dangereux »[2].

Le , lorsqu'il devient clair que la souveraineté du Tchad est en danger, le président décide d'envoyer 3 000 soldats sur place[2].

Opération[modifier | modifier le code]

L'opération est baptisée Manta. Elle mobilise notamment quatre avions Mirage F1 et six SEPECAT Jaguar. Les Français sont appuyés par les forces militaires de la République démocratique du Congo. Les 3 000 rebelles de Oueddei et les soldats libyens sont contraints de se replier sur la bande d'Aozou[2].

En 1984, un accord de non-agression est trouvé avec Kadhafi. Le , l'accord de retrait mutuel des troupes est annoncé. Hissène Habré se rend immédiatement au palais de l'Élysée pour réclamer le maintien des troupes, que le président Mitterrand refuse[2].

L'opération sera suivie en 1986 par l'opération Épervier lors de la reprise des hostilités. Cette opération durera jusqu'au , avant d'intégrer l'opération Barkhane, toujours en cours.

Avec 158 militaires français morts au cours d'Opex dans ce pays dont 93 « morts pour la France » entre 1968 et 2011, le Tchad est, à égalité avec le Liban, au premier rang des pertes militaires françaises en opérations extérieures depuis 1963.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pollack, Kenneth M. (Kenneth Michael), 1966-, Arabs at war : military effectiveness, 1948-1991, University of Nebraska Press, (ISBN 0-8032-8783-6 et 978-0-8032-8783-9, OCLC 55078123, lire en ligne)
  2. a b c et d Nouzille, Vincent, 1959- ..., Les dossiers de la CIA sur la France, 1981-2010, vol. 2, A. Fayard-Pluriel, dl 2012 (ISBN 978-2-8185-0284-6 et 2-8185-0284-5, OCLC 820654680, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Colonel Spartacus (pseudonyme), Opération Manta : Les documents secrets : Tchad 1983-1984, Plon, (ISBN 978-2-259-01330-7)
  • Stéphane Mantoux, Les guerres du Tchad, 1969-1987, Paris, 978-2917575499, , 108 p. (ISBN 979-10-210-0264-7)