Nok (culture)

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Culture de Nok
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Figure féminine
48 cm
900 à 1 500 ans.

Définition
Lieu éponyme Nok
Caractéristiques
Répartition géographique Nigeria, Plateau de Jos
Période Néolithique africain (Later Stone Age), premier âge du fer
Chronologie env. - env. ap. J.-C.
Tendance climatique Tempéré
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Principaux sites :
Samun Dukiya, Taruga, Katsina Ala, Kagara, Sokoto

Objets typiques

Têtes en terre cuite

Carte du Nigeria montrant les principaux sites de la culture Nok.

La culture de Nok apparaît dans le Nord du Nigéria vers et disparaît brusquement, pour des raisons inconnues, aux alentours de 300 ap. J.-C. On pense qu'elle est l'héritière d'une nation ancestrale qui se serait ramifiée pour donner naissance aux peuples Haoussa, Gbagyi, Birom, Kanouri, Nupe et Jukun. La culture Kwatarkwashi ou culture de Sokoto, localisée au nord-ouest de Nok, est supposée être identique ou être l'ancêtre de la culture de Nok.

Le système social de la culture de Nok semble avoir été hautement avancé[2]. Elle est considérée comme la plus ancienne productrice de sculptures en terre cuite proche de la taille réelle. On trouve des sculptures représentant des cavaliers à cheval, ce qui indique que la culture de Nok connaissait cet animal[3], peut-être arrivé d'Afrique du Nord.

Le travail du fer, fonte et forgeage, apparaît dans la culture Nok vers , mais il est possible qu'il soit encore plus ancien. Christopher Ehret (en) a suggéré que la fonte du fer a été pratiquée dans la région dès avant [4],[5]

Découverte[modifier | modifier le code]

La culture de Nok fut découverte par les Européens en 1928, sur le plateau de Jos, à l'occasion de travaux pour une mine d'étain située en terrain alluvial[6]. Le lieutenant-colonel John Dent-Young, un Anglais, conduisait les opérations minières dans le village nigérian de Nok lorsqu'un des mineurs trouva, à 7 mètres sous le niveau du sol, une tête de singe réalisée en terre cuite. D'autres trouvèrent des têtes humaines ainsi qu'un pied, toujours dans le même matériau. Le colonel, un peu plus tard, déposa ces objets dans un musée de Jos[7]. En 1932, un groupe de onze statues en parfait état fut découvert près de la ville de Sokoto. D'autres statues, provenant de Katsina Ala furent ensuite mises au jour. Quoiqu'elles soient très similaires à celles de Nok, la relation entre les deux sites n’est pas encore clairement établie.

Encore plus tard, en 1943, près du village de Nok, une nouvelle série de figurines fut découverte par accident à l'occasion d'opérations minières. Un ouvrier avait trouvé une tête humaine en terre cuite qu'il avait ramenée chez lui afin qu'elle serve d'épouvantail dans son champ d'ignames. Elle tint ce rôle pendant un an. Elle finit par attirer l’attention du directeur, qui l'acheta. Il apporta la tête à Jos et la montra à l'administrateur civil stagiaire Bernard Fagg (en), qui en compris immédiatement l'importance. Il demanda à tous les mineurs de l'informer de leurs découvertes et fut ainsi en mesure d'accumuler plus de cent cinquante pièces. Après cela, Bernard et Angela Fagg ordonnèrent des fouilles systématiques qui révélèrent des trouvailles dispersées dans une zone beaucoup plus grande que le site originel. En 1977, le nombre de terres cuites découvertes se montait à cent cinquante-trois, principalement issues de dépôts secondaires : les statuettes avaient été charriées par les inondations et retrouvées dans les lits asséchés des rivières de savane au nord et au centre du Nigeria, dans la partie sud du plateau de Jos. Les terres cuites avaient donc été exposées à l'érosion et dispersées à diverses profondeurs, ce qui rend difficile leur classement et leur datation.

Deux sites archéologiques, Samun Dukiya et Taruga, furent découverts, contenant des pièces qui étaient restées en place. Les datations au radiocarbone et par thermoluminescence donnèrent des âges entre 2 000 et 2 500 ans avant l’ère commune (env. ), ce qui fait d'elles quelques unes parmi les plus anciennes en Afrique de l'Ouest. Beaucoup d'autres dates ont été obtenues depuis, grâce à de nouvelles fouilles, permettant de faire remonter les débuts de la culture Nok encore plus loin dans le temps[8].

Du fait de la similarité entre les sites, l'archéologue Graham Connah croit que « les œuvres de Nok forment un style qui a été adopté par une large palette de sociétés agricoles, utilisatrices du fer, représentant des cultures variées, plutôt que d'être le marqueur d'un groupe humain particulier comme cela a été souvent affirmé[trad 2],[9]. »

Devenu archéologue, Bernard Fagg, quant à lui, dans ses études concernant la culture de Nok, identifie cette dernière avec les groupes humains du centre du Nigeria, notamment ceux appartenant au groupe ethnique Ham (Jaba)[10], résidant essentiellement au sud de l'État de Kaduna. Fagg fonde sa démonstration sur la similarité entre les pratiques culturelles modernes de ces peuples et les personnages représentés dans l'art Nok.

L'aire de la culture Nok s'étend du nord au sud sur environ 272 kilomètres et, d'est en ouest, sur 240 kilomètres. Une vingtaine de sites ont, à ce jour, révélé des vestiges[11].

Sculptures[modifier | modifier le code]

La fonction des sculptures est toujours inconnue, mais un travail scientifique systématique a commencé en 2005 sur les sites afin de situer et comprendre ces sculptures dans leur contexte archéologique[12],[13],[14].

La majeure partie des terres cuites se retrouvent sous la forme de fragments épars. C'est pourquoi l'art Nok est essentiellement connu pour ses têtes, d'hommes et de femmes, dont les coiffures sont particulièrement détaillées et raffinées. Les statues sont brisées car elles sont habituellement trouvées dans des boues alluviales sur des terrains façonnés par l'érosion de l’eau. Les statues qui s'y trouvent sont cachées et ont été roulées, polies et brisées. Les pièces de grande taille intactes sont rares, ce qui leur confère une grande valeur sur le marché international de l'art.

Les terres cuites sont creuses, fabriquées avec des boudins ; elles sont proches de la taille des têtes humaines et les corps sont représentés de manière stylisée, ornés de nombreux bijoux et dans différentes postures.

On sait peu de choses sur la fonction de ces objets, mais les théories évoquent la représentation des ancêtres, des pierres tombales et des amulettes, destinées à éviter les mauvaises récoltes, l'infertilité et les maladies. On pense aussi, s'appuyant sur le fait que plusieurs pièces sont en forme de dôme, qu'elles ont pu servir de toits à d'anciennes structures.

Margaret Young-Sanchez, du Cleveland Museum of Art, explique que la plupart des céramiques Nok ont été façonnées à la main en utilisant de l'argile à grain grossier et en utilisant un type de sculpture consistant à ôter de la matière, à la manière de la sculpture sur bois. Après séchage, les sculptures étaient recouverte d'une patine et polies afin d'obtenir une surface lisse et brillante. Les objets sont creux, avec plusieurs ouvertures qui facilitent le séchage et la cuisson. Le processus de cuisson ressemblait à celui qui est actuellement utilisé au Nigeria, dans lequel les pièces à cuire sont recouvertes d'herbe, de brindilles et de feuilles et mises à chauffer durant plusieurs heures.

Trafic illégal[modifier | modifier le code]

Les sculptures nok font l'objet d'un trafic illégal au moins depuis les années 1960, et figurent sur la « liste rouge des objets archéologiques africains » publiée par le Conseil international des musées en 2000[15] ; des faux sont également réalisés[16]. Des sculptures ont été interceptées ces dernières années par les douanes françaises (2008) et américaines (2010) et restituées au Nigéria.

En février 2013, le journal Daily Trust rapporte que le ministère du tourisme nigérian est entré en possession de cinq statuettes Nok, volées par un Français en août 2010. Les objets avaient été saisis par la douane française et ont été rapatriés selon les directives du gouvernement nigérian. Les experts estiment que ces sculptures sont vieilles de 2 700 à 3 400 ans[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Textes originaux[modifier | modifier le code]

  1. (en) « It is inconceivable that the superb terracotas of the Nok culture were produced in large quantities from a backward community. »
  2. (en) « Nok artwork represents a style that was adopted by a range of iron-using farming societies of varying cultures, rather than being the diagnostic feature of a particular human group as has often been claimed. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rupp, Ameje et Breunig 2005, p. 289.
  2. « Il est inconcevable que les superbes terres cuites de la culture Nok aient été produites en grande quantité par une culture arriérée[trad 1],[1]. »
  3. « De nouveaux types de caprinés et de bovinés, ainsi qu'éventuellement le cheval, apparaissent ensuite en Afrique de l'Ouest entre le milieu du Ier millénaire av. J.-C. et le début du Ier millénaire de notre ère [...] qui serait également associée à l'arrivée de population saharienne. » in Sylvain Ozainne, Un néolithique ouest-africain: cadre chrono-culturel, économique et environnemental de l'Holocène récent en Pays dogon, Mali, Africa Magna Verlag, , 304 p. (présentation en ligne), p. 172.
  4. (en) Minze Stuiver et Nicolaas J. van der Merwe, « Radiocarbon Chronology of the Iron Age in Sub-Saharan Africa », Current Anthropology, no 1,‎ , p. 54-58 (lire en ligne)
  5. (en) Duncan E. Miller et Nikolaas J. Van Der Merwe, « Early Metal Working in Sub-Saharan Africa: A Review of Recent Research », The Journal of African History, vol. 35, no 1,‎ , p. 1-36 (DOI http://dx.doi.org/10.1017/S0021853700025949)
  6. (en) G. Chesi et G. Merzeder, The Nok Culture: Art in Nigeria 2500 Years Ago, Prestel Publishing, (ISBN 978-3791336466)
  7. (en) « Primitive peoples do not produce artwork of anything like this quality »,‎ (consulté le 4 avril 2016).
  8. Breunig 2014.
  9. (en) Graham Connah, Forgotten Africa: An Introduction to Its Archaeology, Routledge, (lire en ligne), p. 120
  10. Ce peuple s'appelle lui-même Ham, sa langue est le Hyam, mais il est appelé Jaba par les Haoussas.
  11. Encyclopædia Universalis.
  12. Breunig 2014, p. 22.
  13. Breunig 2013.
  14. (en) Peter Breunig, Stefanie Kahlheber et Nicole Rupp, « Exploring the Nok enigma », Antiquity, vol. 82, no 316,‎ (lire en ligne).
  15. Liste Rouge des objets archéologiques africains, icon.museum.
  16. (en) Nok Terracottas sur traffickingculture.org.
  17. (en) Mustapha Suleiman, « France Hands Over Stolen Nigerian Artifacts », Daily Trust,‎ (consulté le 4 avril 2016).
  18. « Description de l'œuvre sur le site du musée » (consulté le 7 janvier 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A. Fagg, « The Nok Culture in prehistory », Journal of the Historical Society of Nigeria, vol. 1, no 4,‎ , p. 288-293.
  • (en) A. Fagg, « The Nok Culture: Excavations at Taruga », The West African Archaeological Newsletter, no 10,‎ , p. 27-30.
  • (en) A. Fagg, « Recent work in West Africa: new light on the Nok Culture », World Archaeology, vol. 1, no 1,‎ , p. 41-50.
  • (en) A. Fagg, « A preliminary report on an occupation site in the Nok valley, Nigeria: Samun Dukiya, AF/70/1 », West African Journal of Archaeology, no 2,‎ , p. 75-79.
  • (en) R. Tylecote, « The origin of iron smelting in Africa », Westafrican Journal of Archaeology, no 5,‎ 1975a, p. 1-9.
  • (en) R. Tylecote, « Iron smelting at Taruga, Nigeria », Journal of Historical Metallurgy, no 2,‎ 1975b, p. 49-56.
  • (en) T. Shaw, « The Nok sculptures of Nigeria », Scientific American, vol. 244, no 2,‎ , p. 154-166 (lire en ligne) Accès payant

.

  • (en) J. O. Ayoade, Introduction To Climatology For The Tropics, John Wiley & Sons ltd, (ISBN 0-471-10407-8).
  • (en) A. Fagg, Nok terracottas, Londres, Lagos, Ethnographica - National Commission for Museums and Monuments, (ISBN 9780905788982, présentation en ligne).
  • (en) J. Jemkur, Aspects of the Nok Culture, Zaria, .
  • Bernard de Grunne, Naissance de l'art en Afrique noire : la statuaire Nok au Nigeria, Paris, A. Biro, , 121 p. (ISBN 2-919880-17-9).
  • (en) Department of Arts of Africa, Oceania, and the Americas, Nok Terracottas (500 B.C.–200 A.D.), New York, The Metropolitan Museum of Art, (lire en ligne).
  • Claire Boullier, Recherches méthodologiques sur la sculpture en terre cuite africaine : application à un corpus de sculptures archéologiques – en contexte et hors contexte – de la culture Nok (Nigeria) (thèse de doctorat d'Art et archéologie), Paris, Université Panthéon-Sorbonne, , 640 p. — 2 vol.
  • C. Boullier, A. Person, J.-F. Saliège et J. Polet, « Bilan chronologique de la culture Nok et nouvelle datations sur des sculptures », Afrique, Archéologie & Arts, no 2,‎ , p. 9-28.
  • (en) N. Rupp, J. Ameje et P. Breunig, « New studies on the Nok Culture of Central Nigeria », Journal of African Archaeology, vol. 3, no 2,‎ , p. 283-290 (présentation en ligne).
  • (de) P. Breunig et N. Rupp, « Nichts als Kunst. Archäologische Forschungen zur früheisenzeitlichen Nok-Kultur in Zentral-Nigeria », Forschung Frankfurt, no 2-3,‎ , p. 73-76.
  • (en) Veerle Linseele, Archaeofaunal Remains from the Past 4000 Years in Sahelian West Africa: Domestic livestock, Subsistence Stratégies and Environmental Changes, Oxford, Achaeopress, , 340 p. (présentation en ligne).
  • (en) R. Atwood, « The Nok of Nigeria », Archaeology,‎ , p. 34-38 (lire en ligne).
  • (en) A. O. Olubunmi, The Rise and Fall of The Yoruba Race, The 199 Publishing Palace, (ISBN 978-2457-38-8).
  • (en) A. O. Olubunmi, On Ijesa Racial Purity, The 199 Publishing Palace, (ISBN 978-2458-17-1).
  • (de) P. Breunig (éd.), Nok: Ein Ursprung afrikanischer Skulptur, Francfort, Africa Magna Verlag, (ISBN 9783937248387, présentation en ligne).
  • (en) P. Breunig (éd.), Nok African Sculpture in Archaeological Context, Francfort, Africa Magna Verlag, (ISBN 978-3-937248-46-2, présentation en ligne).
  • Catherine Coquery-Vidrovitch, Histoire des villes d'Afrique Noire: Des origines à la colonisation, Albin Michel, (1re éd. 1993), 416 p. (présentation en ligne)

Webographie[modifier | modifier le code]

  • Laurence Garenne-Marot, « Invention de la culture Nok (repères chronologiques) », dans Encyclopædia Universalis en ligne (lire en ligne)

Crédits d'auteur[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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