Mostéfa Boumezrag

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Mostéfa Boumezrag
Gouverneur de la Régence d'Alger
Biographie
Nom de naissance Si-Mostéfa Boumezrag
Surnom La lance
Nom arabe مصطفى بومزراق
Nom turc Mustafa Bumezrag
Lieu de naissance Probablement Menemen, en Turquie
Lieu de décès Alexandrie (Égypte)
Fonctions
Bey du Titteri

(11 ans)
Prédécesseur Mohamed Bey
Successeur Mustapha Ben Omar
Pacha

Si-Mostéfa Boumezrag (en arabe : مصطفى بومزراق) ou Mustapha Boumezrag, probablement né à Menemen (Turquie) et mort à Alexandrie (Égypte), est un homme politique et chef militaire de la régence d'Alger, bey du Titteri de 1819 à 1830.

De juin à novembre 1830, il résiste pendant cinq mois au corps expéditionnaire français au début de la conquête de l'Algérie par la France[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et carrière jusqu'en 1830[modifier | modifier le code]

En 1819, Hussein Dey, dey de la régence d'Alger de 1818 à 1830, place Mostéfa Boumezrag à la tête du beylik du Titteri, province dont le chef-lieu est Médéa (Médéah). La régence d'Alger comporte deux autres beyliks, ceux d'Oran et de Constantine.

Les débuts de la résistance[modifier | modifier le code]

Après l'attaque française à Alger en juin 1830, Mostéfa Boumezrag affronte avec combativité les troupes françaises.

Après la capitulation du dey à Alger, Mostéfa se réfugie à Médéa avec ses troupes issues de la tribu des Douairs, et prend le titre de pacha. Il réorganise ses Douairs en de redoutables cavaliers[2][réf. à confirmer]. Il constitue une cour, nomme un trésorier (khaznadji) et un agha pour battre la monnaie.

Le conflit avec Ahmed Bey[modifier | modifier le code]

Tandis que le bey d'Oran cesse très tôt le combat, celui de Constantine, Ahmed Bey (Hadj Ahmed), poursuit la lutte (il ne fera sa reddition qu'en 1848, après l'émir Abd el-Kader).

Mostéfa Boumezrag demande alors à Ahmed Bey de lui envoyer des cavaliers, de l'argent et des munitions pour continuer la guerre sainte. Celui-ci dépêche deux messagers pour lui signifier qu'il n’avait à attendre de lui ni servitude, ni contributions. En réponse, Mostéfa lui envoie le diplôme de dey de Constantine, accompagné du caftan (vêtement porté par les notables et par les généraux victorieux à l'occasion de festivals religieux). Ahmed tranche la tête d'un des deux messagers et dit au second « Je te laisse la vie, afin que tu ailles dire à ton maître comment j’ai reçu son message ». La guerre entre les deux hommes est consommée[3].

Boumezrag proclame la destitution d'Ahmed, et nomme à sa place Ibrahim-Bey gendre du cheikh El-Arab Ferhat-ben-Said, chef de tous les territoires sahariens, surnommé le « serpent du désert ». Sous la menace des clans, le bey de Constantine nomme son oncle Ben-Gannah, agha des tribus du désert et des oasis. Ferhat-ben-Said repousse Ben-Gannah, qui demande Ahmed-Bey d'intervenir pour le soutenir. À la suite de longs combats, Ferhat-ben-Said est obligé de demander du secours au duc de Rovigo (Savary)[4],[5]

Ferhat-ben-Said et Ibrahim-Bey campent devant les murs de Constantine avec plusieurs milliers de combattants. Mais Ahmed Bey réussit à corrompre les principaux cheikhs des tribus d'Ibrahim, qui obligent celui-ci à prendre la fuite, accompagné de quelques cavaliers, jusqu'à la régence de Tunis. Peu de temps après, Ferhat-ben-Said de retour à Médéa, est assassiné dans sa demeure, sans doute par un tueur à gages aux ordres du bey de Constantine[3].

La défaite[modifier | modifier le code]

Malgré cet échec, Boumezrag refuse toujours de reconnaître la suprématie de la France et continue de prôner la guerre sainte, envoyant des hommes combattre dans la région d'Alger, où règne une grande insécurité.

Le général Clauzel, commandant des troupes françaises en Algérie à partir d'août 1830, lance en novembre une expédition vers Blida, puis Médéa ; la ville est prise le 22 novembre ; Boumezrag réussit à la quitter avant d'être pris.

La reddition[modifier | modifier le code]

Après la reddition de Médéa, Mustapha Boumezrag, seul et sans soutien, ne sachant plus où se réfugier, et craignant de tomber entre les mains des tribus sahariennes aux mains d'Ahmed-Bey, se rend le 3 novembre 1830, accompagné de sa famille, de son fils Si-Ahmed-Ould el bey Bou-Mezrag, futur agha du Dirah supérieur, et de son agha, auprès du général Clauzel.

Le général français le retient prisonnier, avec les égards dus aux chefs militaires de son rang, ainsi qu'à sa suite[6].

Le bey de Titteri est transféré avec sa famille et sa suite en France, puis est autorisé à se rendre à Smyrne.

Le beylik du Titteri après Mostéfa Boumezrag[modifier | modifier le code]

Après la prise de la ville, un Maure d'Alger, Mustapha-Ben-Omar, est nommé bey. Malgré la présence d'une garnison française, Médéa est attaquée par les montagnards dès le départ du gros des troupes. Dès la fin du mois[7], Clauzel envoie une colonne de renfort pour le secourir.

En juin 1831, une nouvelle expédition est envoyée à Médéa par le commandant en chef Pierre Berthezène, contre la rébellion menée par un fils de l'ancien bey, Oulid Boumezrag[8]. Faute d'avoir pu soumettre les insurgés, il est décidé d'abandonner Médéa et Mustapha-Ben-Omar revient à Alger.

La ville devient un enjeu entre Ahmed Bey et le sultan du Maroc, Mulay Abderrahmane [réf. nécessaire], qui occupe le beylik jusqu'en 1833. Sur la protestation de la France, il accepte d'évacuer, mais Hadj-Ahmed profite de son retrait[9] et envoie son lieutenant Mohammed-el-Kadji, guerrier apprécié par de nombreuses tribus, occuper le poste de bey.

Homme de confiance du bey de Constantine, ses propres tribus, désabusées des soumissions et servitudes exigées par Hadj-Ahmed, entament des négociations avec la France, pour s'en libérer. Ces négociations n'auront aucune suite[3].

Personnalité et caractère[modifier | modifier le code]

Dans le livre édité par l'historien Léon Galibert, Boumezrag est décrit ainsi :

« Boumezrag était un homme de moyenne taille, assez replet, âgé d'environ soixante ans, d'une belle figure encadrée dans une magnifique barbe blanche; son regard était vif et sévère, son caractère hautain et irascible. Lorsqu'il se présenta devant le général en chef, il lui prit sa main et la baisa trois fois avec le plus grand respect, en disant à chaque fois : « Pardonne-moi! » [10] »

Une poésie populaire de Kabylie[modifier | modifier le code]

Texte original (Kabyle) Transcription berbère (latine) Traduction
لغَ بُمَزْرَاگْ لَفْحَلْ

وُرْنَسْعِ لَبْخَلْ

وُرْيَلِّ حَدْ أَنِّگَسْ

أَڢْكَانْتْ إِلْجَاهَلْ

يَدَّ ذَمَرْهُونْ غُرَسْ

Laɣa Bumeẓṛag lefḥel

Ur nesɛi lebxel

Ur yelli ḥed nniges

Fkant i ljahel

Yedda d amarhun ɣureṣ

L'agha Bou-Mezrag, le mâle guerrier

qui ne connaissait pas la paresse

n'avait personne au-dessus de lui.

Ils l'ont livré au païen

qui l'a retenu en otage[11]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Société orientale de France, Revue de l'Orient et de L'Algérie: bulletin de la Société orientale, Paris, Société orientale, , chap. 15, p. 56
  2. William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture: inventaire raisonné, Paris, Firmin Didot, , p. 83
  3. a b et c Revue de Paris, Revue de Paris: journal critique, politique et littéraire, Paris, , chap. 24, p. 16-17
  4. Les émissaires de Ferhat-ben-Said accueillis par le gouverneur français, chargés de richesses destinées à leur souverain, seront sur le chemin du retour, assaillis et dévalisés par les habitants appartenant à la tribu d’El-0uffia. Par vengeance et pour châtier l'affront, fait contre la France aux portes d'Alger, la tribu est massacrée. Cet événement est connu sous le nom de « Massacre de la tribu d'El Ouffia »
  5. Claude Antoine Rozet, Antoine Ernest Hippolyte Carette, Algérie: États tripolitains, Paris, Firmin Didot, , p. 277
  6. Henri Jean F. Edmond Pellissier de Reynaud, Annales algériennes, Paris, , chap. 1, p. 148
  7. Abd el-Kader, Fayard, 1994, p. 84.
  8. Abd el-Kader, Fayard, 1994, p. 91. Les auteurs ne précisent pas plus l'identité de cet Oulid.
  9. Cf. Louis-Amélie Sédillot, Histoire générale des Arabes: leur empire, leur civilisation, leurs écoles philosophiques, scientifiques et littéraires, Paris, Maisonneuve, , chap. 2, p. 167
  10. Léon Galibert, Histoire de l'Algérie ancienne et moderne depuis les premiers établissements des Carthaginois jusques et y compris les dernières campagnes du général Bugeaud: Avec une introduction sur les divers systèmes de colonisation qui ont précédé la conquête française, Paris, Furne et Cie,, , p. 392
  11. Adolphe Hanoteau, Poésies Populaires de la Kabylie Du Jurjura : Texte Kabyle Et Traduction, Paris (France), Imprimerie impériale (ouvrage original), , 475 p. (ISBN 978-2-012-59993-2, lire en ligne), p. 15-16

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Smaïl Aouli, Ramdane Redjala et Philippe Zoummeroff, Abd el-Kader, Paris, Fayard, 1994 (ISBN 978-2-213-03192-7)
  • Charles André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine, Paris, PUF, 1964

Articles connexes[modifier | modifier le code]