Mi'ar

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Mi'ar
Mi'ar.1937.jpg
Mariage à Mi'ar en 1937
Nom local
(ar) ميعارVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays
Sous-districts
Superficie
10,79 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
275 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
770 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
71,4 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Localité disparue (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Histoire
Événements clés
Démolition (), dépeuplement (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation sur la carte de la Palestine mandataire
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Red pog.svg

Mi'ar (en arabe ميعار), était un village de Palestine mandataire situé à 17,5 km à l’est d’Acre. Il était appelé Myary à l’époque des croisades. Le village, un centre de la rebellion en 1936-1938, fut à ce titre dynamité et complètement détruit par les Britanniques. Il fut ensuite reconstruit, mais sa population fut chassée par les forces israéliennes pendant la guerre israélo-arabe de 1948. Plusieurs communautés juives, celles d’Atzmon, de Ya’ad et de Manof sont maintenant situées sur les terres du village.

Histoire de la période ottomane[modifier | modifier le code]

Mi'ar conservait des restes archéologiques de bâtiments, fragments de colonnes, pressoirs à olives et citernes[1]. Incorporé à l’empire ottoman en 1517, comme l’ensemble de la Palestine, Mi'ar apparaît sur les registres fiscaux de 1596 comme faisant partie du nahié (sous-district) de Akka (Acre) dans le sandjak de Safed ; il comptait alors[2] 10 ménages, tous de religion musulmane, correspondant à une population totale estimée à 55 personnes. Les villageois payaient des impôts à un taux fixe de 25% sur le blé et l’orge, les fruits, les chèvres et les ruches, pour un total de 1 235 aspres.[3],[4].

À la fin du XVIIIe siècle, le voyageur italien Giovanni Mariti remarquait qu'autour d'al-Damun et de Mi'ar se trouvaient « deux délicieuses vallées, agrémentées de vergers et d'arbustes sauvages. Les paysans qui vivent dans les hameaux à proximité jouissent d'une situation des plus plaisantes [5] ».

En 1875, l'explorateur français Victor Guérin visita Mi'ar, notant qu'il s'y trouvait « plusieurs tronçonss de colonnes, trois chapiteaux brisés et un certain nombre de belles pierres de taille, provenant d'un ancien édifice renversé [… et de même] beaucoup de blocs d'apparence antique disposés en rond ». « À des temps plus ou moins reculés », ajouta-t-il, « appartiennent également des puits, des citernes, des caveaux et des tombeaux creusés dans le roc[6],[7] ». Il trouva que les habitants de Mi'ar étaient environ 500, tous musulmans[6],[8].

En 1881, le Survey of Western Palestine du Palestine Exploration Fund décrivait Mi'ar comme un grand village situé sur une hauteur accidentée et non cultivée. Les villageois cultivaient quelque 30 feddans[8],[4]. Un recensement de 1887 environ accordait à Mi'ar environ 480 habitants, tous musulmans[9]. Une école élémentaire y fut fondée par les Ottomans en 1888, mais elle ferma ses portes dans les dernières années de l'empire[4].

La période de la Palestine mandataire[modifier | modifier le code]

Les forces britanniques font exploser Mi'ar en 1938.

Les forces britanniques chassèrent les Ottomans en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, et le mandat britannique sur la Palestine fut établie en 1920. Dans le recensement de la Palestine de 1922, Mi'ar a une population de 429 musulmans (208 hommes, 221 femmes)[10]. Elle avait augmenté jusqu’à 543 habitants, toujours tous musulmans et réaprtis dans 109 maisons, lors du recensement de 1931[11].

Plusieurs résidents de Mi’ar participèrent à la évolte arabe de 1936-1939 contre le gouvernement britannique et l’immigration massive des Juifs en Palestine, et le village devint un centre des opérations rebelles en Galilée[12]. Les rebelles ouvraient souvent le feu sur les troupes britanniques passant à proximité du village, endommageaient les routes dans le voisinage pour les rendre impraticables, coupaient les cables électriques et plantaient des mines pour frapper les véhicules britanniques[12]. Une des méthodes controversées des autorités britanniques pour supprimer la révolte était de faire sauter les maisons dans les villages qui soutenaient les rebelles. Le 26 octobre 1938, deux bataillons britanniques lancèrent une attaque contre Mi’ar et commencèrent à dynamiter les grandes maisons du village[12]. Ils demandèrent ensuite au mukhtar de Mi’ar, le chef du village, d’appeler les rebelles du village à remettre leurs armes, sinon le dynamitage continuerait. Aucune arme ne fut remise et les Britanniques poursuivirent le dynamitage des maisons du village, jusqu’à la destruction complète de Mi’ar pour son supposé soutien aux rebelles[13],[14]. Un journaliste du New York Times présent pendant la destruction écrivit : « Quand les troupes [britanniques] partirent, il ne restait de ce village autrefois animé presque rien d’autre qu’une pile de maçonnerie déchiquetée[15] ».

Le village fut reconstruit. Lors du recensement de 1945, la population indiquée pour Mi’ar était de 770 habitants, tous musulmans ; les bâtiments et maisons occupaient 37 dounams[16]. Un total de 2 878 dounams (soit 2,88 km2) sur les 10 788 dounams (soit 10,79 km2) de terres du village étaient utilisés pour cultiver des céréales, 113 dounams étaient irrigués ou utilisés comme vergers[4],[17]. Le reste de la surface était considéré comme non cultivable dans le recensement[16].

La guerre de 1948 et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Le 20 juin 1948, les troupes israéliennes entrèrent dans Mi'ar et tirèrent sur les habitants qui travaillaient dans les champs. Selon l'historien israélien Ilan Pappé, des maisons du village furent détruites et quarante villageois furent tués[18]. Les survivants retournèrent plus tard à Mi'ar et continuèrent à vivre dans le village jusqu'à ce que les troupes israéliennes de la brigade Sheva le réoccupent le 15 juillet 1947, dans le cadre de la seconde phase de l'opération Dekel[19]. Selon l'historien israélien Benny Morris, les 893 habitants de Mi'ar fuirent devant l'assaut[19], alors que Pappé déclare qu'ils ont été expulsés[18].

Les communautés juives de Segev (maintenant Atzmon), de Ya'ad et de Manof ont été construites sur les terres de Mi'ar, tandis que Yuvalim, situé à 2 km à l'est du village, est situé sur des terres qui avaient appartenu à Sakhnin[4]. Selon l'historien palestinien Walid Khalidi, ce qui restait du village en 1992 consistait en « quelques murs de pierre tronqués, quelques tombes simples, des figuiers et des oliviers » et le site même, « en grande partie couvert de cyprès », était devenu une zone de loisirs[4].

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de la page de Wikipédia en anglais intitulée « Mi'ar » (voir la liste des auteurs).

  1. Khalidi 1992.
  2. Rhode 1979, p. 6, conteste la date de 1596 et conclut que le registre en question date de 1548-1549.
  3. Hütteroth et Abdulfattah 1977, p. 193.
  4. a b c d e et f Khalidi 1992, p. 26.
  5. Mariti 1792, p. 343.
  6. a et b Guérin 1880, p. 434.
  7. Conder et Kitchener 1881, SWP I, p. 325.
  8. a et b Conder et Kitchener 1881, SWP I, p. 271.
  9. Schumacher 1888, p. 176.
  10. Barron 1923, Table XI, Sub-district of Acre, p. 37.
  11. Mills 1932, p. 102.
  12. a b et c Bethell 1979, p. 49.
  13. (en) Matthew Hughes, « The banality of brutality: British armed forces and the repression of the Arab Revolt in Palestine, 1936–39 », English Historical Review, vol. CXXIV, no 507,‎ , p. 314–354
  14. (en) J. Mills, J., « British Minesweepers and Dynamite Battle Palestine's Arab Rebels », The Milwaukee Sentinel, Haifa,‎ .
  15. « When the [British] troops left, there was little else remaining of this once busy village except a pile of mangled masonry », cité dans Bethell 1979, p. 49.
  16. a et b Statistiques de 1945, p. 4.
  17. Hadawi 1970, p. 81.
  18. a et b Pappé 2007, p. 150.
  19. a et b Morris 2004, p. 421.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne).
  • (en) John Bernard Barron, Palestine : Report and General Abstracts of the Census of 1922, taken on the 23rd of Octobre, 1922, Jérusalem, Greek Convent Press, (lire en ligne).
  • (en) Nicholas Bethell, The Palestine Triangle: The Struggle for the Holy Land, 1935-48, Putnam, .
  • (en) Claude Reignier Conder et Horatio Herbert Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, Londres, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne).
  • Victor Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 3: Galilee, pt. 1, Paris, Imprimerie Nationale, (lire en ligne).
  • (en) Sami Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, PLO Research Center, (lire en ligne).
  • (en) Wolf-Dieter Hütteroth et Kamal Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlangen, Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, coll. « Erlanger Geographische Arbeiten » (no 5), (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne).
  • (en) Walid Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5).
  • (en) Giovanni Mariti, Travels Through Cyprus, Syria, and Palestine; with a General History of the Levant, vol. 1, Dublin, P. Byrne, (lire en ligne).
  • (en) Eric Mills, Census of Palestine 1931 : Population of Towns, Villages and Administrative Areas, Jérusalem, Greek Convent and Goldberg Presses, (lire en ligne).
  • (en) Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne).
  • (en) Edward Henry Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne).
  • (en) Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, Londres et New York, Oneworld, (ISBN 978-1-85168-467-0).
  • (en) Harold Rhode, Administration and Population of the Sancak of Safed in the Sixteenth Century (Ph D en sciences politiques), Columbia University Press, (lire en ligne).
  • (en) Gottlieb Schumacher, « Population list of the Liwa of Akka », Quarterly statement - Palestine Exploration Fund,‎ , p. 169-191 (lire en ligne).

Lien externe[modifier | modifier le code]