Maurice Delanne

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Maurice Delanne
Naissance
Diors (Indre) (Drapeau de la France France)
Décès (à 78 ans)
Tours (Indre-et-Loire) (Drapeau de la France France)
Nationalité Drapeau de la France France
Domaines aéronautique

Maurice Delanne, né le à Diors dans l'Indre[1] et mort le à Tours en Indre-et-Loire, est un ingénieur aéronautique français. Il est célèbre pour ses projets d’avions non conventionnels, reposant sur la formule des ailes en tandem.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maurice Delanne nait en 1901 à Diors dans l'Indre. On possède peu de renseignements sur sa jeunesse et sa formation.

Réalisations[modifier | modifier le code]

Delanne 11[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 11.

En 1928, il occupait des fonctions dans la mécanique à Châteauroux. C'est là qu'il établit les plans d'un avion de tourisme triplace, monoplan à ailes basses. Comme il ne possédait aucun moyen de production, il en confia la fabrication aux établissements Letord, société fondée en 1908 qui était spécialisée dans la sous-traitance. Pendant la Première Guerre mondiale, elle avait fabriqué les avions conçus par le lieutenant-colonel Émile Dorand, du Service technique de l'aéronautique. Après la guerre, René Couzinet, Nieuport et Louis Charles Breguet firent appel à ses services[2].

L’avion avait des lignes très modernes pour l’époque, où le biplan était encore le modèle dominant. L’accent avait été mis sur le confort. La cabine était entièrement fermée et on y accédait par une porte. Il n’était donc pas nécessaire de se vêtir chaudement, et de porter lunettes et casque. Il fut proposé à la vente mais ne trouva pas preneur, et fut vendu aux enchères par décision de justice pour payer les dettes du concepteur. Portant l’immatriculation civile « F-AJSB », il eut plusieurs propriétaires successifs avant d’être rayé des registres en 1933.

Maurice Delanne continua à s’intéresser à l’aviation malgré cet échec. Il déposa en 1935 un brevet concernant des appareils à ailes en tandem. Delanne n'a pas inventé le concept, qui a fait l'objet d'expérimentations dans les années 1900 par plusieurs pionniers de l'aviation, comme l'américain Samuel Pierpont Langley, Louis Blériot et le chef de son bureau d'études Louis Peyret. Mais Delanne est le seul à avoir osé concevoir un avion de combat basé sur cette formule.

Delanne 10 C.2[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arsenal-Delanne 10.

En 1936, les brevets Delanne furent achetés par la Société anonyme française de recherche aéronautique (SAFRA), au sein de laquelle Maurice Delanne dirigeait le bureau d’études. Le premier sujet d’études fut un avion de chasse qui reçut la désignation Delanne 10 C.2. C’était un chasseur biplace, avec une tourelle de défense arrière au champ de tir très dégagé. Par contre, la position en arrière du poste de pilotage et les ailes avant ne favorisaient pas la vue du pilote vers l’avant. L’armement, qui ne fut jamais installé, aurait compris un canon de 20 mm et deux mitrailleuses fixes. L’armement arrière ne fut jamais défini.

L’avion était terminé en , mais il ne put pas être essayé en pleine Bataille de France. Il fit son premier vol en 1941 puis fut réquisitionné par l’occupant et convoyé en Allemagne où il fit quelques vols. Son sort ultérieur n’est pas connu.

Delanne 20-T[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 20-T.

Pour valider ce concept, Maurice Delanne fit construire (à deux exemplaires) une version réduite (80 %) du projet de chasseur. C’était un petit appareil avec une envergure de 7,86 m et une masse totale de 1 081 kg, propulsé par un moteur Régnier de 180 ch. Le prototype fit son premier vol en août 1938 mais s’écrasa à son deuxième vol, tuant son pilote Guy de Chateaubrun. Le second exemplaire vola en avril 1939. Après des essais en vol, il fut stocké à Orléans puis transféré en Allemagne.

Delanne 150[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 150.

Un bombardier bimoteur à la disposition plus traditionnelle (moteurs en nacelles sur les ailes) fut aussi proposé. Il avait un nez vitré et un puissant armement défensif, avec une tourelle dorsale à canon de 20 mm et une tourelle arrière armée de mitrailleuses de 7,5 mm. Avec deux moteurs de 1 500 ch, on prévoyait une vitesse maximum de 585 km/h et une autonomie de 2 500 km, performances remarquables pour l’époque.

Delanne 160[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 160.

Ce projet extrapolé du Delanne 10 était un chasseur lourd propulsé par deux moteurs Hispano-Suiza à la puissance totale de 2 400 ch. Il devait être doté d’un armement lourd : deux canons de 20 mm et quatre mitrailleuses de 7,5 mm fixes tirant vers l’avant, et un canon de 20 mm protégeant le secteur arrière. L’appareil avait une vitesse de pointe (théorique) impressionnante de 775 km/h. Il était destiné à être un avion polyvalent, comme le Bristol Beaufighter britannique.

Le bureau d’études SAFRA travailla également sur des planeurs. Ils furent dessinés par l’ingénieur Raymond Jarlaud, pionnier du vol à voile en France, qui avait également travaillé sur le chasseur Delanne 10 C.2.

Delanne 30 P2[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 30 P2.

C’était un planeur biplace de performances. Un seul exemplaire fut construit.

Delanne 60-E.1[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 60-E.1.

Réalisé en 1938, c’était un planeur monoplace à bord duquel le pilote d'essai Éric Nessler réalisa quelques belles performances, dont la première traversée de Paris en planeur.

Delanne 190[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 190.

C’était un planeur militaire de transport lourd pour des opérations d’assaut. Pour lui, on revenait à la formule des ailes en tandem qui convenaient bien aux performances désirées.

Delanne 70[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne 70.

C’était un projet d’hydravion transatlantique, concurrent des Latécoère 631 ou SNCASE SE.200. Avec une voilure de 50 m d’envergure, portant six moteurs de 1 500 ch, il devait transporter 50 passagers au-dessus de l’Atlantique nord à une vitesse de 500 km/h. Contrairement aux appareils de formule plus classique, aucun prototype ne fut réalisé.

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Delanne conclut un accord avec la société Westland Aircraft en Grande-Bretagne pour que celle-ci utilise son brevet d’ailes en tandem.

Un premier projet consistait à modifier un avion de coopération avec l’armée de terre Westland Lysander, pour le doter d’une seconde voilure et d’une tourelle arrière de bombardier lourd quadrimoteur armée de quatre mitrailleuses. En cas de débarquement allemand sur les côtes britanniques, l’avion devait survoler les plages et arroser l’infanterie ennemie de ses mitrailleuses. Avant que le projet fut opérationnel, la bataille d'Angleterre avait été gagnée par la Royal Air Force et le danger de débarquement était écarté. Il fut aussi envisagé de l’utiliser comme chasseur de nuit. Mais ce monomoteur était trop lent pour rattraper les bombardiers ennemis bimoteurs.

Une version à réaction et ailes en tandem du chasseur de haute altitude Westland Welkin fut aussi envisagée.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lors de l'Occupation, Maurice Delanne rejoint le réseau de résistance Turma-Vengeance[3].

Il est arrêté et part en déportation le . Il est d’abord incarcéré à Karlsruhe, la capitale du Pays de Bade, puis à Rheinbach, une prison pour les peines de travaux forcés située au sud-ouest de Bonn, et enfin à Siegburg, un camp situé près de Bonn. C’est une prison d'application des peines pour les personnes condamnées en France. C’est là qu’il est libéré par l’avancée des forces alliées le [1].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Delanne D-1300.

Après la guerre, Maurice Delanne émigra aux États-Unis. Il travailla sur un avion de course destiné aux courses de Reno, mais le projet ne se concrétisa pas. En 1960, il rentra en France et proposa le Delanne D-1300, un avion de tourisme et de transport postal à réaction, équipé de deux turboréacteurs Turbomeca Marboré II, toujours à ailes en tandem. Maurice Delanne avait l'idée que l'avènement de la propulsion par réaction entraînait l'augmentation des longueurs de piste, et que cela allait à l'encontre du développement de l'avion d'affaires à réaction pure. Ce type d'avion devrait pouvoir utiliser un grand nombre de terrains, alors qu'il était, au contraire, obligé de se limiter aux et longues et coûteuses pistes créées spécialement pour les avions de transport ou les appareils militaires. Ce projet ne se réalisa pas non plus[4].

Maurice Delanne est décédé le et il est inhumé au Jardin du Souvenir n°1 du cimetière de Tours-Sud[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « LES DÉPARTS EN OCTOBRE 1942 (I.61.) », sur Fondation pour la Mémoire de la Déportation – Banque de données multimedia, (consulté le 16 janvier 2018).
  2. François Delassale, « Les avions de Maurice Delanne », Aeromed, no 71,‎ , p. 4-9 (lire en ligne).
  3. « Index des noms du fonds Turma-Vengeance », sur Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (consulté le 16 janvier 2018).
  4. « Projet Delanne D-300 », sur minijets.org (consulté le 16 janvier 2018).
  5. « DELANNE Maurice », sur GESCIME. Gestion de sites funéraires (consulté le 17 janvier 2018).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A.F., « Les travaux de M Delanne », Les Ailes : journal hebdomadaire de la locomotion aérienne, no 867,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  • François Delassale, « Les avions de Maurice Delanne », Aeromed, no 71,‎ , p. 4-9 (lire en ligne).
  • Jean Liron, « Delanne : une certaine formule – 1ère partie - les Delanne 20T », Le Fana de l'Aviation, no 229,‎ , p. 20.
  • Jean Cuny, « Delanne : une certaine formule – 2ème partie - le Delanne 10 C2 », Le Fana de l'Aviation, no 230,‎ , p. 14.
  • Jean Cuny et J. Lebourg, « Delanne : une certaine formule – 3ème partie - le Delanne 10 C2 », Le Fana de l'Aviation, no 231,‎ , p. 33.
  • Charles Claveau, « Les constructeurs aéronautiques français (1910-1945) – Delanne », Le Trait d'Union, no 186,‎ , p. 37-46.