Matte painting

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Le matte painting est un procédé cinématographique qui consiste à peindre un décor sur une surface plane en y laissant des espaces vides, dans lesquels une ou plusieurs scènes filmées sont incorporées. Les premières applications remontent aux premières décennies du cinéma.

Ce système est très économique car il permet d'étendre à l'infini les arrières-plans sans avoir à construire des décors pharaoniques, c'est-à-dire en trois dimensions ou même à échelle réduite.

Dès les années 1930, il a été largement utilisé dans les films à caractère fantastique et de science-fiction car il permet de laisser libre cours à la créativité et à l'imaginaire. Plus récemment, la saga Star Wars a eu recours à ce procédé.

De nos jours, le matte painting est produit numériquement.

Technique[modifier | modifier le code]

L'une des premières applications remonte à 1907 pour un film de Norman Dawn, Missions of California, aujourd'hui en partie disparu. Par la suite, il convient de citer par exemple les plans dessinés de la séquence de la cité perdue dans King Kong, le plan introductif du palais de Xanadu dans Citizen Kane, les paysages extraterrestres dans Planète interdite, les vues du Mont Rushmore qui apparaissent dans La Mort aux trousses, etc.

Traditionnellement, on faisait appel à des artistes peintres qui, travaillant d'après un dessin, utilisaient du pastel ou de la peinture acrylique et l'appliquaient sur du verre pour créer des tableaux de taille variable (de l'ordre de deux mètres carrés), vierges de pigments à certains emplacements. Une scène réelle (avec des éléments de décor en harmonie) était tournée à part, de façon à coïncider avec l'espace laissé libre. Il existait trois techniques pour fusionner le tout :

  • La projection avant : la scène filmée est projetée sur une plaque de verre semi-réfléchissante et l'ensemble est refilmé par une autre caméra.
  • La rétro-projection : la scène filmée est projetée à l'arrière de la plaque de verre, visible par transparence, et l'ensemble est refilmé par une autre caméra.
  • L'image latente : la scène est filmée avec un cache. Seul un segment test (environ 60 mètres de film) est développé et projeté sur la plaque où doit être réalisée la peinture. Les artistes voient ainsi exactement les contours du cache et peuvent réaliser leur tableau. Le reste du film n'est pas développé. Quand le matte painting est achevé, on réutilise la même pellicule pour filmer uniquement la peinture. Ainsi le film contient le mixage des deux scènes, directement sur le négatif et sans système de duplication, ce qui améliore sa qualité. C'est un procédé risqué, car la moindre erreur de manipulation endommage le négatif, mais il a été utilisé pour Le Retour du Jedi.

Le niveau de détail des peintures sur verre dépend de la durée de plan : à moins de quatre secondes l'œil ne s'attarde pas sur les détails, à dix cela devient critique. Une scène diurne demande plus de finesse de réalisation qu'un plan de nuit. De même, le centre de la peinture est plus travaillé que les bords, car l'œil s'y pose naturellement en premier. La qualité finale est garantie par un ajustement précis des contours, de l'éclairage, et par le fait qu'on porte son attention sur l'action (qui est réellement filmée), plus que sur le décor.

Les scènes incorporées dans des matte paintings peuvent elles-mêmes avoir déjà été travaillées et contenir des effets spéciaux. Ainsi, dans Le Retour du Jedi, une des dernières scènes montrant les Ewoks dansant dans les arbres autour de feux de joie fait appel à trois étapes différentes, car il n'était pas envisageable de faire danser les acteurs dans leurs costumes de fourrure devant un feu.

  • Les acteurs jouant les Ewoks ont été filmés devant un écran bleu.
  • Les feux ont été filmés à part et incorporés à la première prise.
  • Un matte painting représentant la forêt a été gratté aux endroits appropriés pour incruster les scènes par rétro-projection.

De nos jours, les matte paintings sont réalisés informatiquement, le plus souvent par modélisation 3D, et deviennent de réels « décors numériques » élaborés parfois directement par des dessinateurs capables de concevoir sur les logiciels idoines : ces logiciels permettent par exemple de combiner des documents photographiques et des surfaces entièrement imaginaires également créées sur support numérique. Il s'agit en fait d'une des nombreuses couches incorporées dans la composition numérique finale d'un effet spécial cinématographique.

L'utilisation de décors sur verre rend la stéréoscopie impossible.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mark Cotta Vaz et Craig Barron, The Invisible Art: The Legends of Movie Matte Painting, Los Angeles, Chronicle Books, 2002 (ISBN 978-0811831369).
  • (en) Richard Rickitt, Special Effects: The History and Technique, Aurum Press, 2006, (ISBN 978-1845131302) — lire le chapitre 5.

Articles connexes[modifier | modifier le code]