Mathieu Rigouste

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Mathieu Rigouste
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Mathieu Rigouste, né en 1981 à Gennevilliers, est un sociologue et essayiste français, chercheur indépendant en sciences sociales et militant anti-sécuritaire.

Travaux sociologiques[modifier | modifier le code]

Mathieu Rigouste se définit comme quelqu'un qui « prend part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. » Il ajoute que, selon lui, « l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles »[1].

Ses travaux de recherche s'organisent autour de ce qu'il nomme le capitalisme sécuritaire et qu'il définit comme un « stade de développement de l'impérialisme », « depuis que le contrôle est devenu un marché fondamental, au cours du XXe siècle »[2].

Dans son ouvrage, fondé sur sa thèse[3], L'ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Rigouste étudie la transformation des figures de la menace à la tête de la pensée militaire française. Il observe à travers les archives de l'IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), l'évolution de la doctrine française de contre-insurrection (doctrine de la guerre contre révolutionnaire, DGR) et montre comment les modèles de « guerre dans la population » servent de répertoires pour la restructuration sécuritaire. Il soutient que les guerres coloniales constituent des laboratoires permanents pour la production politique, économique et sociale de « l'ordre sécuritaire »[4]. Rigouste étudie notamment la manière dont, selon lui, la lutte contre l'immigration et la répression des quartiers populaires ont permis de mobiliser la grammaire idéologique de la contre-insurrection dans la pensée d'État, les appareils médiatiques et les états-majors policiers dans la France contemporaine[5].

Dans Les marchands de peur : la bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, il analyse l'émergence et le développement de l'idéologie de la sécurité à travers les parcours socio-historiques des membres de l'un des réseaux qui domine le champ dans les années 2000 et qu'il nomme « la bande à Bauer »[6]. Il établit une typologie de ces « experts auto-proclamés » qu'il désigne comme producteurs et vendeurs de « notions-marchandises » « au service des industries de la guerre et du contrôle ». Rigouste affirme qu'Alain Bauer « vit des peurs qu'il propage »[7][source insuffisante].

Il affirme qu'il existerait une « industrialisation » de la violence policière et une restructuration du capitalisme autour des questions militaro-sécuritaires[8].

Poursuites et condamnations[modifier | modifier le code]

Le , il est arrêté à Toulouse par la Police Nationale. Emmené menotté au commissariat de l'Embouchure, il est déposé le lendemain matin par la police à l'hôpital Rangueil le visage tuméfié, un tympan percé et le poignet brisé, selon les 3 pages de descriptions réalisées par le médecin légiste qui l'a ausculté à sa sortie de l'hôpital[9]. Il est accusé d'outrage et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique. L'audience était prévue pour mais a été reportée 9 fois. Il a également déposé plainte pour les violences subies mais sa plainte a été classée sans suite par le procureur de la République, ainsi que par le doyen des juges d'instruction[10]. La procédure reste en cours.

Publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • L'ennemi intérieur : La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte,
  • Les marchands de peur : La bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Libertalia,
  • Théorème de la hoggra : Histoires et légendes de la guerre sociale, BBoyKonsian, coll. « Béton arméE »,
  • La domination policière : Une violence industrielle, La Fabrique,
  • État d'urgence et business de la sécurité, Marseille, Niet!éditions, , 83 p. (ISBN 979-10-96195-00-8, lire en ligne)
  • Un Seul Héros le Peuple, La contre-insurrection mise en échec par les soulèvements algériens de décembre 1960, Premiers Matins de Novembre Éditions, 2020, (ISBN 2955917451)

Participation à des ouvrages collectifs :

  • avec Deltombe, Thomas, « The Enemy Within : The Construction of The "Arab" in the media », in Bancel, Nicolas (dir.), The Colonial Legacy in France (2005-2010-2015), Indiana University Press, 2016.
  • « Le marché global de la violence », postface de Lesley J. Wood, Mater la meute. La militarisation de la gestion policière des manifestations, Lux, 2015.
  • « A qui profite la "guerre au crime" ? Gestion (para)-étatique du marché des drogues et contre-révolution sécuritaire », préface à Michael T. Cetewayo, Capitalisme plus came égale génocide, PMN Editions, 2015.
  • « Le bras armé des classes dominantes », in Angles Morts (dir.), Permis de tuer. Chronique de l'impunité policière, Syllepse, 2014.
  • « L'ordre sécuritaire et le soulèvement des quartiers populaires. Retour sur la bataille de Villiers-le-Bel », in Angles Morts (dir.), Vengeance d'Etat. Villiers-le-bel, des révoltes au procès, Syllepse, 2011.
  • « La race des insoumis. Sur l'impensé colonial dans les institutions françaises », in Bancel, Nicolas et Blanchard, Pascal (dir), Ruptures postcoloniales, Les nouveaux visages de la société française, La Découverte, 2010, pp. 196-204.
  • « L'amalgame suspect de la faucille et du croissant », in Driss El Yazami, Yvan Gastaut et Naïma Yahi (dir.), Générations. Un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France, Gallimard Génériques/CNHI, pp 110-116.
  • « La guerre à l’intérieur. Sur la militarisation du contrôle des quartiers populaires » in Mucchielli, Laurent (dir.), La frénésie sécuritaire, La Découverte, 2008.Ouvrage traduit en anglais en 2010.
  • « La contre insurrection qui reste. Notes sur le complexe de Marighela », préface au Manuel du guérilléro urbain de Carlos Marighela, Libertalia, 2009.
  • « L’armée et la construction de l’immigration comme menace », in Blanchard, P. et Bancel, N. , Culture Coloniale en France. De la révolution française à nos jours, CNRS éditions, Autrement, 2008.
  • « La couleur et le corps de l’ennemi intérieur dans la doctrine militaire française pendant la guerre d’Algérie », in Boetsch, Gilles (dir.), Coloris corpus, CNRS éditions, 2008, p392.
  • « La construction médiatique du corps intégré. Promouvoir pour bannir dans la cité postcoloniale », in Rigoni, Isabelle (dir.), Qui a peur de la télévision en couleurs ? La diversité culturelle dans les médias, Aux Lieux d’Etre, 2007, p109.
  • « L’armée et la construction de l’immigration comme menace », in Blanchard, P. et Bancel, N. , Culture Postcoloniale, 1961-2006, Traces et mémoires coloniales en France, Autrement, 2006, pp. 113-124;
  • « L’ennemi intérieur : la construction médiatique de la figure de l’« Arabe » », in Bancel, N, Blanchard, P, Lemaire, S. (dir.), La Fracture coloniale, La société française au prisme de l’héritage colonial¸La Découverte, 2005, pp. 191-198 Avec Thomas Deltombe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La violence policière n’a rien d’accidentel », entretien avec Mathieu Rigouste, lesinrocks.com, 11 décembre 2012
  2. Mathieu Rigouste, « Le marché global de la violence », Lux,
  3. Thèse de doctorat de sciences sociales : Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur postcolonial. De la lutte contre-subversive au contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française. Une sociohistoire du contrôle sécuritaire, France 1954-2007, sous la direction d'Aïssa Kadri et de Nicolas Bancel, université Saint-Denis Paris-VIII, soutenue en 2007.
  4. Benjamin Stora, A propos de l'Ennemi intérieur, blogs.mediapart.fr, 30 janvier 2009
  5. Jean Birnbaum, "L'Ennemi intérieur", de Mathieu Rigouste et "Le Pari de la guerre. Guerre préventive, guerre juste ?" d'Ariel Colonomos : la guerre diffuse, lemonde.fr, 16 avril 2009
  6. Laurent Bonelli, « Les marchands de peur. La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire », (consulté le 13 juillet 2016)
  7. Mathieu Rigouste : « Même la terreur d’État industrielle ne peut rien contre un peuple uni et résolu », article11.info, 29 novembre 2011
  8. Hassina Mechaï, « Mathieu Rigouste : la police est là pour maintenir l’ordre économique », sur blogs.mediapart.fr,
  9. « L'état m'a tabassé, il a fait son travail. », sur iaata.info (consulté le 22 juin 2020)
  10. « La manière dont on se relève », sur Quartiers libres, (consulté le 22 juin 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]