Mathieu Rigouste

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Mathieu Rigouste
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activités

Mathieu Rigouste, né en 1981 à Gennevilliers, est un sociologue et essayiste français, chercheur indépendant en sciences sociales et militant anti-sécuritaire.

Travaux sociologiques[modifier | modifier le code]

Mathieu Rigouste est présenté par plusieurs médias comme « militant et chercheur ». Il se définit lui-même comme quelqu'un qui « prend part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. » Il ajoute que, selon lui, « l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles »[1].

Ses travaux de recherche s'organisent autour de ce qu'il nomme le capitalisme sécuritaire et qu'il définit comme un "stade de développement de l'impérialisme", « depuis que le contrôle est devenu un marché fondamental, au cours du XXe siècle »[2].

Dans son ouvrage, fondé sur sa thèse[3], L'ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Rigouste étudie la transformation des figures de la menace à la tête de la pensée militaire française. Il observe à travers les archives de l'IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), l'évolution de la doctrine française de contre-insurrection (Doctrine de la Guerre contre Révolutionnaire - DGR) et montre comment les modèles de « guerre dans la population » servent de répertoires pour la restructuration sécuritaire. Il soutient que les guerres coloniales constituent des laboratoires permanents pour la production politique, économique et sociale de « l'ordre sécuritaire »[4]. Rigouste étudie notamment la manière dont, selon lui, la lutte contre l'immigration et la répression des quartiers populaires ont permis de mobiliser la grammaire idéologique de la contre-insurrection dans la pensée d'État, les appareils médiatiques et les états-majors policiers dans la France contemporaine.

Dans Les marchands de peur : la bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, il analyse l'émergence et le développement de l'idéologie de la sécurité à travers les parcours socio-historiques des membres de l'un des réseaux qui domine le champ dans les années 2000 et qu'il nomme « la bande à Bauer »[5]. Il établit une typologie de ces « experts auto-proclamés » qu'il désigne comme producteurs et vendeurs de « notions-marchandises » « au service des industries de la guerre et du contrôle ». Rigouste affirme qu'Alain Bauer « vit des peurs qu'il propage »[6].

Dans La domination policière : une violence industrielle, il explique que la notion de "bavure" masque les structures industrielles de production de la violence d'État. Il affirme que la violence policière est produite de manière rationnelle et encadrée précisément par des dispositifs administratifs, politiques, judiciaires... L'enquête met en lien le contrôle et le renforcement du "socio-apartheid" et de « l'industrie de la coercition », en situant la police comme « une institution chargée de maintenir l'ordre social, économique et politique par l'usage de la contrainte ». Selon son auteur, « la police distribue la férocité des classes dominantes »[7][réf. insuffisante] Rigouste s'intéresse notamment à la généalogie "endo-coloniale" des Brigades anti-criminalité (BAC) et au développement de leur caractère « proactif » au cours de la restructuration néolibérale[réf. nécessaire].

Dans Le marché global de la violence, il montre comment l'internationalisation des doctrines de contre-insurrection a accompagné la propulsion d'un gigantesque marché de la « guerre dans la population » qui permet aux grandes puissances de « maintenir leurs taux de profits » et de se restructurer pour « traverser la crise ». Il y développe l'idée d'un "keynesiannisme sécuritaire" expérimenté en permanence par les Etats et leurs classes dominantes dans les quartiers populaires ségrégués, contre les mouvements sociaux et révolutionnaires ainsi que dans le cadre des guerres néocoloniales engagées depuis les années 2000[8].[réf. nécessaire].

Il affirme qu'il existerait une « industrialisation » de la violence policière et une restructuration du capitalisme autour des questions militaro-sécuritaires[9].

Mathieu Rigouste affirme que « toute pensée de l'émancipation ne peut être produite que par les opprimés, les exploités, les dominés elles et eux-mêmes ». Il propose de construire des « formes d'autonomisation populaires, d'entraide et de solidarité » susceptibles d'attaquer les structures politiques, économiques et sociales de toutes les formes de domination mais aussi de le remplacer par « des formes de vie égalitaires et autonomes, libres et joyeuses »[réf. nécessaire][10][réf. insuffisante]

Poursuites et condamnations[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 2013, il est arrêté à Toulouse, accusé d'outrage et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique. L'audience était prévue pour février 2015. Il a également déposé plainte contre les policiers l'ayant arrêté : sa plainte a néanmoins été classée sans suite par le procureur de la République, ainsi que par le doyen des juges d'instruction[11].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Livres:

  • L'ennemi intérieur : La généalogie coloniale et militaire de l'ordre sécuritaire dans la France contemporaine, La Découverte,
  • Les marchands de peur : La bande à Bauer et l'idéologie sécuritaire, Libertalia,
  • Théorème de la hoggra : Histoires et légendes de la guerre sociale, BBoyKonsian, coll. « Béton arméE »,
  • La domination policière : Une violence industrielle, La Fabrique,
  • État d'urgence et business de la sécurité, Niet,

Participation à des ouvrages collectifs :

  • avec Deltombe, Thomas, « The Enemy Within : The Construction of The "Arab" in the media », in Bancel, Nicolas (dir.), The Colonial Legacy in France (2005-2010-2015), Indiana University Press, 2016.
  • « Le marché global de la violence », postface de Lesley J. Wood, Mater la meute. La militarisation de la gestion policière des manifestations, Lux, 2015.
  • « A qui profite la "guerre au crime" ? Gestion (para)-étatique du marché des drogues et contre-révolution sécuritaire », préface à Michael T. Cetewayo, Capitalisme plus came égale génocide, PMN Editions, 2015.
  • « Le bras armé des classes dominantes », in Angles Morts (dir.), Permis de tuer. Chronique de l'impunité policière, Syllepse, 2014.
  • « L'ordre sécuritaire et le soulèvement des quartiers populaires. Retour sur la bataille de Villiers-le-Bel », in Angles Morts (dir.), Vengeance d'Etat. Villiers-le-bel, des révoltes au procès, Syllepse, 2011.
  • « La race des insoumis. Sur l'impensé colonial dans les institutions françaises », in Bancel, Nicolas et Blanchard, Pascal (dir), Ruptures postcoloniales, Les nouveaux visages de la société française, La Découverte, 2010, pp. 196-204.
  • « L'amalgame suspect de la faucille et du croissant », in Driss El Yazami, Yvan Gastaut et Naïma Yahi (dir.), Générations. Un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France, Gallimard Génériques/CNHI, pp 110-116.
  • « La guerre à l’intérieur. Sur la militarisation du contrôle des quartiers populaires » in Mucchielli, Laurent (dir.), La frénésie sécuritaire, La Découverte, 2008.Ouvrage traduit en anglais en 2010.
  • « La contre insurrection qui reste. Notes sur le complexe de Marighela », préface au Manuel du guérilléro urbain de Carlos Marighela, Libertalia, 2009.
  • « L’armée et la construction de l’immigration comme menace », in Blanchard, P. et Bancel, N. , Culture Coloniale en France. De la révolution française à nos jours, CNRS éditions, Autrement, 2008.
  • « La couleur et le corps de l’ennemi intérieur dans la doctrine militaire française pendant la guerre d’Algérie », in Boetsch, Gilles (dir.), Coloris corpus, CNRS éditions, 2008, p392.
  • « La construction médiatique du corps intégré. Promouvoir pour bannir dans la cité postcoloniale », in Rigoni, Isabelle (dir.), Qui a peur de la télévision en couleurs ? La diversité culturelle dans les médias, Aux Lieux d’Etre, 2007, p109.
  • « L’armée et la construction de l’immigration comme menace », in Blanchard, P. et Bancel, N. , Culture Postcoloniale, 1961-2006, Traces et mémoires coloniales en France, Autrement, 2006, pp. 113-124;
  • « L’ennemi intérieur : la construction médiatique de la figure de l’« Arabe » », in Bancel, N, Blanchard, P, Lemaire, S. (dir.), La Fracture coloniale, La société française au prisme de l’héritage colonial¸La Découverte, 2005, pp. 191-198 Avec Thomas Deltombe.

Articles dans des revues à comité de lecture:

  • Nous sommes des champs de bataille, Chimères, n°87, 2015/3, pp173-181.
  • Tantale ou la programmation mythologique de la férocité occidentale, Chimères, n°85, 2015/1, pp 10-22.
  • « Scénographie des enclaves barbares. Retours sur " la zone " », Cultures et sociétés, n°15, juillet 2010, pp. 46-54.
  • « Le miasme et le chirurgien. Sur quelques représentations de l'ordre et de l'altérité dans les doctrines militaires françaises », in Ferreol Gilles et Peralva Angelina (dir), Droit et Sociétés, Altérité, dynamiques sociales et démocratie, 2010, pp. 71-83.
  • « Le pourrissement rouge et vert. Les militaires français face au communisme et à l’islam : une pensée de l’infection par l’ennemi intérieur autour du 17 octobre 1961 », L’Homme et la société, CNRS-CNL, 2010, pp. 63-74.
  • «  Notes sur des sourires complices », Politique de l'image, n°2, février 2010, pp.101-112.
  • « Meta-manuale di meccaniche securitarie. Introduzione alla funzione capro espiatorio nel dispositivo di dominio francese », Zapruder. Storie in movimento, n°19, mai 2009.
  • « Les représentations de « l'immigration maghrébine » dans la presse écrite de 1995 à 2002 », Naqd, n° 26-27, déc. 2009, p.201.
  • « L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, Cultures et Conflits, Sociologie politique de l’International, n°67, janvier 2008, pp157-174.
  • « Purifier le territoire. De la lutte antimigratoire comme laboratoire sécuritaire (1968-1974) », REVUE Asylon(s), N° 04. Institutionnalisation de la xénophobie en France, mai 2008;
  • « Altérité, Histoire, Medias », Le Cartable de Clio, n°5, 2005, pp. 144-149.
  • « Le langage des medias sur « les cités », représenter l’espace, légitimer le contrôle», in Hommes et Migrations, n°1252, novembre-décembre 2004, pp. 74-81.
  • « Les représentations de l’Autre : la casquette et la barbe », in Migrations Société, n°93-94, mai- août 2004, pp 77-89.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. “La violence policière n’a rien d’accidentel”, entretien avec Mathieu Rigouste, lesinrocks.com, 11 décembre 2012
  2. Mathieu Rigouste, "Le marché global de la violence", Lux,
  3. Thèse de doctorat de sciences sociales : Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur postcolonial. De la lutte contre-subversive au contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française. Une sociohistoire du contrôle sécuritaire, France 1954-2007, sous la direction d'Aïssa Kadri et de Nicolas Bancel, université Saint-Denis Paris-VIII, soutenue en 2007.
  4. A propos de l'Ennemi intérieur. Par Benjamin Stora.
  5. « Les marchands de peur. La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire », (consulté le 13 juillet 2016)
  6. Mathieu Rigouste : « Même la terreur d’État industrielle ne peut rien contre un peuple uni et résolu », article11.info, 29 novembre 2011
  7. Présentation du livre sur le site de l'éditeur
  8. Mathieu Rigouste, Le marché global de la violence, Lux,
  9. Hassina Mechaï, « "Mathieu Rigouste : la police est là pour maintenir l’ordre économique". », sur Mediapart,
  10. « Hors-Série - Des entretiens filmés avec de la vraie critique dedans », sur www.hors-serie.net (consulté le 13 juillet 2016)
  11. Toulouse - L'État m'a tabassé, il a fait son travail, pantheresenragees.noblogs.org, 26 juin 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]