Marie Nizet

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Marie Nizet
Naissance
Bruxelles
Décès (à 63 ans)
Etterbeek
Activité principale
Poétesse

Marie Nizet, née le à Bruxelles et morte à Etterbeek ou Boitsfort le , est une poétesse et femme de lettres belge. Pour ses textes audacieux, leur sensualité et leur ardeur quasi mystique, elle est considérée en son temps comme une des premières poétesses modernes. Son œuvre est toujours présente dans les anthologies poétiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie Émilie Françoise Élisabeth Nizet est née le 19 janvier 1859 à Bruxelles. Elle est l'aînée des enfants de François Joseph Nizet (1829-1889), professeur, auteur et conservateur à la Bibliothèque Royale et Marie Émilie Colette Devleeschouwer (1829-1902), institutrice. Elle est la sœur de lécrivain naturaliste et journaliste Henri Nizet (1863-1925), auteur de Bruxelles rigole (1883) et des Boétiens (1885)[1],[2].

Marie Nizet est élève des cours d'éducation d'Isabelle Gatti de Gamond. Elle côtoie de nombreux étudiants slaves et balkaniques pensionnaires et élèves de son père, qui vont influencer ses premières œuvres. De fait, elle embrasse la cause patriotique de ces jeunes révolutionnaires qui rêvent de libérer leur pays du joug des tyrans. Marie Nizet est en effet issu d'un milieu lettré et pénétré du culte des traditions nationales[1].

Elle étudie durant au moins un an à la Bibliothèque Royale, lhistoire, la littérature et les mœurs des peuples des principautés danubiennes, dans différentes langues et suit de près lactualité de ces contrées[1].

Elle prend fait et cause pour la Roumanie, opprimée par l'Empire russe, et publie des poèmes à partir de 1877. Elle les regroupe en 1878 dans România (chants de la Roumanie). Passionnée par le folklore roumain, elle publie en 1879 Le Capitaine Vampire (qui eut une importante influence sur Bram Stoker).

Elle épouse Antoine Louis Mercier (1851-1891) à Ixelles, ils ont un fils, Émile Louis François Mercier né en 1881[2]. Elle divorce bientôt et doit élever seule son enfant, vivant dans des conditions matérielles précaires.

Elle a lors une relation amoureuse intense avec un officier de marine, Axel Veneglia. Après sa mort à Java, Marie Nizet continue à écrire des poèmes en souvenir de leur amour passionné. Ils seront publiés après sa mort, selon son souhait.

A partir de 1886, on ne dispose plus guère d'informations sur la vie de Marie Nizet et il n'y a pas de traces de nouvelles publications en dehors du recueil posthume. On ne sait rien non plus de son activité durant la Première Guerre mondiale.

Après un séjour à l'étranger, elle revient à Bruxelles dans un état dépuisement moral, physique et matériel. Elle décède le 10 juillet 1922 à Boitsfort ou Etterbeek selon les sources[3] [1],[2].

Des œuvres de Marie Nizet[modifier | modifier le code]

Elle a dix-huit ans lorsqu'elle publie deux longues pièces en vers français, L'Union libérale et démocratique de Seine-et-Oise. Ces textes sont édités à Versailles en 1877 sous la forme de plaquette : Moscou et Bucharest. Elle évoque l'antagonisme entre Roumains et Moscovites et se déclare en faveur de la Roumanie dans sa révolte contre la Russie tsariste. En 1878, elle écrit un court essai critiquant Pierre le Grand : Pierre le Grand à Jassi.

La même année, Auguste Ghio publie son premier recueil poétique, România (Chants de la Roumanie) qui est traduit et commenté par le poète roumain Alexandru Macedonski. L'ouvrage est bien accueilli par la critique qui relève la maîtrise et l'originalité des textes. Les écrivains Charles Potvin, Marguerite Van de Wiele et Eugène Van Bemmel reconnaissent son talent[4]. Elle s'y montre révoltée par le sort "des petits peuples" et plaide pour la constitution d'une Sainte-Alliance des faibles qui réunirait des intellectuels appelés à se défendre par la plume et non les armes. Marie Nizet souligne également les similitudes entre l'histoire de la Belgique (qui est alors un jeune pays) et de la Roumanie, plaidant pour la solidarité des concitoyens vis-à-vis de leurs frères de l'Est.

En 1879, elle publie le poème Le Bonheur dans la Revue de Belgique, dirigée par Charles Potvin[1].

En 1879, Marie Nizet publie Le Capitaine Vampire,Nouvelle roumaine, un roman dont l'histoire se passe en Roumanie.Cette œuvre reçoit un accueil mitigé de la critique, mais c'est la seule qui sera rééditée après la mort de son autrice. Elle est aussi traduite en roumain et en anglais[1].

En 1880, Le Scopit. Histoire d’un eunuque européen. Mœurs russo-bulgares parait anonymement chez Henri Kistemaeckers. Lœuvre, qui dénonce une secte religieuse en partie à cause de sa pratique sur les organes génitaux, rencontre du succès. Charles Potvin et Camille Lemonnier pensent que Marie Nizet en est lautrice[1],[5].

Après ces publications d'inspiration roumaine, elle signe, entre 1883 et 886, sept nouvelles sous le nom de Marie Mercier dans la Revue de Belgique, qui se situent dans la campagne flamande et wallonne et mettent souvent en scène des fermiers et des domestiques[1].

Après plusieurs années sans publications connues, Marie Nizet rédige Pour Axel de Missie, dédié à son amant Axel Veneglia. Ne souhaitant pas la publication de ces poèmes avant sa mort, elle remet le manuscrit à son amie Cécile Gilson. Georges Rency se charge de le faire publier en 1923 aux Éditions de la Vie intellectuelle. Ce recueil posthume, publié à un peu plus de mille exemplaires, se révèle audacieux et irrespectueux de la morale[1]. Une telle franchise dans l'expression d'un amour sensuel est rare chez les écrivaines du XIXe siècle et rompt avec la pudeur habituelle des épanchements féminins.

Marie Nizet laisse également le manuscrit d'un roman sur sa liaison avec Axel Veneglia mais il n'a pas été publié, faute de moyens et a disparu[1].

La poétesse transgresse les normes sociales et littéraires, en tant que femme énonçant son désir érotique. L'on peut alors considérer Marie Nizet comme l'une des premières femmes poètes modernes de son temps[6].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1877 : Moscou et Bucharest, Versailles, Imprimerie de E. Aubert, 1877
  • 1878 : Pierre le Grand à Jassi , Paris, Auguste Ghio, 1878.
  • 1878 : România (chants de la Roumanie), Paris, Auguste Ghio, 1878 Internet Archive
  • 1879 : Le Capitaine Vampire, Paris, Auguste Ghio, 1879
  •  : Le Bonheur. Poésie, Revue de Belgique, 15 mars 1879, p. 333-335
  • 1880 : Le Scopit. Histoire d'un eunuque européen. Mœurs russo-bulgares, Bruxelles, Henry Kistemaecker, 1880 (œuvre anonyme attribuée à Marie Nizet)
  • 1883 : Le Soufflet de la grand'mère, Histoire d'une fille de ferme, Ceux des campagnes, Revue de Belgique, 15 avril 1883, p. 469-48
  • 1884 : Une agonie, La déconvenue de M. Boniface, Revue de Belgique, 15 février 1884, p. 135-136
  • 1885 : Comment on oublie, Revue de Belgique, 15 mars 1885, p. 263-279
  • 1886 : Une vie d'enfant, Revue de Belgique, 15 octobre 1886, p. 148-178 et octobre 1886, p. 305-334
  • 1921 : Axel, dans Le Flambeau, 1921
  • 1923 : Pour Axel de Missie, Bruxelles, La Vie intellectuelle, 1923
  • 1985 : La poésie francophone de Belgique (1804–1884), Wouters, Liliane & Alain Bosquet (éditions)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Maëlle De Brouwer, « Pour Axel de Missie (1923) par Marie Nizet », Textyles. Revue des lettres belges de langue française, no 55,‎ , p. 179–194 (ISSN 0776-0116, DOI 10.4000/textyles.3406, lire en ligne, consulté le )
  2. a b et c « Généalogie de Marie Emilie Louis François NIZET », sur Geneanet (consulté le )
  3. Maëlle de Brouwer estime que le lieu de décès est plus probablement Boitsfort et le lieu de sépulture Etterbeek
  4. Maëlle De Brouwer, « Pour Axel de Missie (1923) par Marie Nizet », Textyles. Revue des lettres belges de langue française, no 55,‎ , p. 179–194 (ISSN 0776-0116, DOI 10.4000/textyles.3406, lire en ligne, consulté le )
  5. Jacques Detemmerman, « Qui a écrit Le Scopit ? », Cahiers du Cédic, no6/8,‎ , p. 85-100
  6. Éliane Gubin (historica.), Dictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles, Lannoo Uitgeverij, (ISBN 978-2-87386-434-7, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]