Isoglosse centum-satem

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Carte diachronique montrant les zones « centum » (bleu) et « satem » (rouge). L'origine supposée de la satemisation est indiquée par un rouge plus foncé (cultures d'Andronovo, Abashevo ou Srubna).

La distinction centum-satem est une isoglosse des langues indo-européennes, caractérisant l'évolution des trois séries de consonnes dorsales vélaires de l'Indo-européen commun : *k, *g, * (vélaires simples), *, *, *gʷʰ (labio-vélaires) et *, *ǵ, *ǵʰ (palato-vélaires). Le nom de cette distinction vient de la façon de dire « cent » dans des langues représentatives de chacun des deux groupes : le latin « centum » (prononcer ken'toum) et l'avestique « satəm ».

Origines de la modification phonétique[modifier | modifier le code]

Les langues baltes, slaves et indo-iraniennes ont palatisé à date très ancienne les occlusives du type [k][1].

Au XIXe siècle, on a parfois considéré que cet isoglosse représentait une division primaire est/ouest des langues indo-européennes. Cependant, dès Karl Brugmann et Johannes Schmidt, on l'a vu comme un trait aréal, en raison du caractère incomplet de la satemisation dans les marges occidentales et orientales de la zone satem. Ainsi, en baltique, les labio-vélaires ont parfois subsisté : en lituanien ungurys (« anguille ») < *angʷi-, ou dygus (« pointu ») < *dʰeigʷ-. De même, il y a quelques exemples similaires dans des textes indo-iraniens post-rigvediques : guru « lourd » < *gʷer-, kulam « troupeau » < *kʷel-; kuru « faire » < *kʷer-.

La découverte des langues tokhariennes et ensuite le déchiffrement du hittite (1917), qui ne sont pas satem alors que ce sont pour les premières les langues indo-européennes les plus orientales, a définitivement validé la thèse aréale et a permis de situer l'origine de l'innovation au nord de la Caspienne.

On sait que le hittite et les autres langues anatoliennes se sont détachés du tronc commun indo-européen avant que les tendances à la palatisation n'apparaissent[1].

Notant que cette isoglosse rassemble des langues qui n'ont pas de rapports particuliers par ailleurs (germanique et arménien) et sépare les langues iraniennes et indiennes, les linguistes ont conclu que cette innovation avait pu se produire de manière indépendante sans contact ni influence d'une langue à l'autre[2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b André Martinet, Des steppes aux océans : l'indo-européen et les indo-européens, Paris, Payot, 1986, p.64-68
  2. Jean Haudry, L'Indo-européen, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1979 ; rééd. 1984, p.8

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert S.P. Beekes, Robert S.P, Comparative Indo-European Linguistics: an introduction, Amsterdam/Philadelphie : John Benjamins, 1995, p. 109-113 et 129
  • (en) Frederik Kortlandt, « The Thraco-Armenian consonant shift », dans Linguistique balkanique n°31, p. 71-74, 1988
  • Antoine Meillet, Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes, Paris, 1903
  • Antoine Meillet, Les dialectes indo-européens, Paris, 1908
  • (en) Edmund Remys, « General distinguishing features of various Indo-European languages and their relationship to Lithuanian », dans Indogermanische Forschungen n°112, 2007, p. 244-276.
  • (de) Johann Tischler, « Hundert Jahre kentum-satem Theorie », dans Indogermanische Forschungen n°95, 1990, p. 63–98.
  • (en) Henri Wittmann, « The development of K in Hittite », dans Glossa n°3, 1969, p. 22-26

Voir aussi[modifier | modifier le code]