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Kérygme

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Masolino da Panicale, Prédication de saint Pierre, chapelle Brancacci.

Le kérygme (du grec ancien κήρυγμα / kếrugma, « proclamation à voix haute », de κῆρυξ / kễrux, « héraut ») est l'essentiel de la foi chrétienne annoncée par les premiers chrétiens. Ce mot, ainsi que sa forme verbale (κηρύσσω / kêrússô, « proclamer »), figure dans le Nouveau Testament au sens de « proclamation » (Évangile selon Marc, Évangile selon Matthieu 3:1, Évangile selon Luc 4:18-19, Épître aux Romains 10:1).

Définition

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Le mot kérygme et le verbe associé apparaissent principalement dans les Épîtres de Paul et l'Évangile selon Marc. Ces deux textes utilisent ce terme dans le sens de « proclamation de l'Évangile »[1]. Le kérygme, destiné au monde entier, est la « proclamation de la croix et de la résurrection de Jésus »[1]. Cependant, le kérygme ne se limite pas à une transmission d'un corpus de croyances. C'est le « mot qui frappe directement ses destinataires [...], dans lequel se manifeste la justice salvatrice de Dieu »[1]. Ce caractère personnel du kérygme s'exprime également dans la variante « proclamer le Christ » au lieu de la version traditionnelle « annoncer l'Évangile » (1 Cor 1:12, Phil 1:15, Ap 8:5).

Au IVe siècle, le kérygme est publié formellement dans le symbole de Nicée-Constantinople[2],[3].

Cette confession de foi se compose de trois énoncés[3]:

Sources scripturaires

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Sous sa forme verbale (le verbe grec κηρύσσω, kērússō, proclamer), le mot apparaît environ 60 fois dans le Nouveau Testament pour annoncer le Royaume de Dieu et « l'évangile de Dieu, promis au préalable par ses prophètes dans les saintes Écritures » (Rm 1:2). Le substantif kerygma lui-même sert à désigner la manière dont un prédicateur autorisé, le kerux, proclame que « le royaume de Dieu est advenu » (Mt 12:28 ; Lc 11:20)[4].

L'adjectif « kérygmatique » est parfois utilisé pour qualifier le message du ministère de Jésus, pris dans sa totalité et s'adressant à chacun[5]. Rudolf Bultmann, dans sa démythologisation du Nouveau Testament, établit une nette distinction entre le Jésus-Christ kérygmatique et le Jésus de Nazareth historique[1].

Les promesses de Dieu énoncées dans le Premier Testament sont maintenant accomplies avec la venue de Jésus, le Messie (Actes des Apôtres 2:30 ; 3:19, 24, 10:43 ; 26:6-7, 22 ; Épître aux Romains 1:2-4 ; Première épître à Timothée 3:16 ; Épître aux Hébreux 1:1-2 ; Première épître de Pierre 1:10-12 ; Deuxième épître de Pierre 1:18-19).

Jésus a été oint par Dieu lors de son baptême en tant que Messie (Actes 10:38).

Le Messie a été crucifié selon le dessein de Dieu (Évangile selon Marc 10:45 ; Jn 3:16 ; Actes 2:23 ; 3:13-15, 18 ; 4:11 ; 10:39 ; 26:23 ; Rm 8:34 ; Première épître aux Corinthiens 1:17-18 ; 15:3 ; Épître aux Galates 1:4 ; He 1:3 ; 1 Pierre 1:2, 19 ; 3:18 ; Première épître de Jean 4:10).

Il est ressuscité d'entre les morts et est apparu à ses disciples (Actes 2:24, 31-32 ; 3:15, 26 ; 10:40-41 ; 17:31 ; 26:23 ; Rm 8:34 ; 10:9 ; 1 Co 15:4-7, 12ff. ; Première épître aux Thessaloniciens 1:10 ; Première épître à Timothée 3:16 ; 1 Pierre 1:2, 21 ; 3:18, 21).

Jésus a été exalté par Dieu (Actes 2:25-29, 33-36 ; 3:13 ; Rm 8:34 ; 10:9 ; 1 Tm 3:16 ; He 1:3 ; 1 Pierre 3:22) pour être le Seigneur (Actes 10:36 ; Tm 10:9).

Il viendra avec le Saint-Esprit pour former la nouvelle communauté de Dieu (Actes 1:8 ; 2:14-18, 33, 38-39 ; 10:44-47 ; 1 Pierre 1:12).

Il reviendra pour le Jugement dernier (Actes 3:20-21 ; 10:42 ; 17:31 ; 1 Co 15:20-28 ; 1 Th 1:10).

Tous ceux qui entendent le message devront se convertir et être baptisés (Actes 2:21, 38 ; 3:19 ; 10:43, 47–48 ; 17:30 ; 26:20 ; Rm 1:17 ; 10:9).

Le kérygme de Pierre, le jour de la Pentecôte est[3]:

« Hommes israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu — ; lui, vous l'avez cloué à une croix et vous l'avez fait périr par la main d'hommes iniques, lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu'il n'était pas possible qu'il fût retenu par elle. (...) Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. (...) Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit. »[6].

Le kérygme de Paul, plus court, insistant davantage sur la résurrection, figure dans la Première épître aux Corinthiens (1 Co 15:1-8)[7]:

« Or je vous fais savoir, frères, l'évangile que je vous ai annoncé, que vous avez aussi reçu, et dans lequel vous êtes, que Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures, et qu'il a été enseveli, et qu'il a été ressuscité le troisième jour, selon les écritures ; et qu'il a été vu de Céphas [Pierre], puis des douze. Ensuite il a été vu de plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont demeurés en vie jusqu'à présent, mais quelques-uns aussi se sont endormis. Ensuite il a été vu de Jacques, puis de tous les apôtres ; et, après tous, comme d'un avorton, il a été vu aussi de moi. »

Théologie du kérygme

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Au milieu du XXe siècle, lorsque le genre littéraire des évangiles a été mis en question, des chercheurs comme Charles Harold Dodd et Rudolf Bultmann ont suggéré que les évangiles représentaient un genre unique dans le monde antique. Ils ont appelé ce genre lekérygme et l'ont défini comme un développement littéraire de la prédication initiale. Cette théorie a été discutée par les spécialistes, mais le terme kérygme en est venu à désigner la quintessence de la proclamation apostolique chrétienne].

Le kérygme du christianisme primitif tel que résumé par Dodd à partir des discours de Pierre dans les Actes des Apôtres s'exprime ainsi[8],[9] :

Le temps de l'accomplissement est venu, les derniers jours ont été prédits par les prophètes.
Cela a eu lieu à travers la naissance, la vie, le ministère, la mort et la résurrection de Jésus-Christ.
En vertu de la résurrection, Jésus a été exalté à la droite de Dieu en tant que chef messianique du nouvel Israël.
Le Saint-Esprit dans l'Église est le signe de la puissance et de la gloire actuelles du Christ.
L'âge messianique atteindra sa consommation dans le retour du Christ.
Un appel est lancé pour la repentance avec l'offre de pardon, du Saint-Esprit et du salut.

Développements

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Au IVe siècle, face au développement des hérésies, le kérygme est développé en profession de foi, comprenant davantage d'énoncés dogmatiques. Les deux principales sont le symbole des apôtres et le symbole de Nicée-Constantinople [2], [10].

L'exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François fait plusieurs fois référence au kérygme.

Le mot kérygme est également le titre de deux épîtres apocryphes : le Kérygme de Pierre et le Kérygme de Paul.

Notes et références

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  1. a b c et d Michael Theobald, Kerygma I. Biblisch-theologisch, in Walter Kasper (dir.), Lexikon für Theologie und Kirche, vol. 5, Herder, Freiburg im Breisgau, 1996, p. 1406–1409.
  2. a et b J. Gordon Melton et Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, USA, ABC-CLIO, , p.634-635.
  3. a b et c Schubert M. Ogden, The Understanding of Christian Faith, USA, Wipf and Stock Publishers, , p.74.
  4. New Catholic Encyclopedia, 2002.
  5. Rudolf Bultmann, Jesus Christ and Mythology, 1960, London.
  6. Ac 2:22-24 puis 32 et 38
  7. Arthur J. Bellinzoni, The New Testament: An Introduction to Biblical Scholarship, Wipf and Stock Publishers, USA, 2016, p. 98
  8. J. Gordon Melton, Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 634-635.
  9. Schubert M. Ogden, The Understanding of Christian Faith, Wipf and Stock Publishers, USA, 2010, p. 74.
  10. Anthony Towey, An Introduction to Christian Theology, T&T Clark, UK, 2013, p. 202-203

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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