Institut de l'œuvre de la jeunesse Jean Joseph Allemand

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Jean-Joseph Allemand né à Marseille le et mort le est un prêtre catholique français dont la vie est emblématique des tensions religieuses de l'époque ainsi que du souci croissant de l'éducation des jeunes gens.

L'abbé Jean-Joseph Allemand a fondé l'Œuvre de la jeunesse qui porte son nom et existe toujours. Son ministère au service des jeunes est également à l'origine d'autres mouvements d'éducation populaire confessionnels comme les œuvres de Timon-David ou encore le Patro en Belgique.

Dans la tourmente de la Révolution à la fondation de l’œuvre de la jeunesse[modifier | modifier le code]

À 18 ans, en 1790, en pleine Révolution Jean-Joseph Allemand annonce à ses parents qu’il veut devenir prêtre. Durant deux années il ne peut qu’attendre car il n’y plus de séminaire ni d’évêque à Marseille.

À 20 ans, il commence sa formation, aidé par trois prêtres du patronage du Bon Pasteur rentrés à Marseille. L’un d’eux, le père Reimonet, l’accueille chez lui et s’occupe de lui en cachette. Une grande confiance et une forte amitié les unit.

En 1797, l'évêque de Grasse Mgr Prunières peut enfin entrer à Marseille et il ordonne Jean-Joseph Allemand le 19 juillet 1798 à la propriété des Carvin à Saint Barnabé, dans l’anonymat le plus complet. Il a 26 ans. Le 2 juin de la même année, il est préalablement ordonné diacre.

Il commence son ministère dans le secret et la pauvreté la plus absolue. Il est très apprécié. Avec des temps plus calmes Jean-Joseph décide de s'occuper de jeunes malgré l’avis contraire de beaucoup qui l’en croient incapable.

Avec l'apaisement des années 1800 il en vient à organiser des activités pour les jeunes. Il commence avec quatre jeunes dans une chambre de bonne : c’est la première œuvre de jeunesse. Les effectifs croissent et malgré de nouvelles difficultés (fermeture de l’œuvre de 1809 à 1814 durant laquelle les activités continuent clandestinement) l’œuvre grandit.

En 1820, l’œuvre s’installe dans une grande ferme, alors en bordure de la ville qui est encore aujourd'hui la maison mère de l'Œuvre.

Il meurt le 10 avril 1836.

Son dossier de béatification est en cours d'instruction au Vatican.

Les prémices de la pédagogie moderne[modifier | modifier le code]

À travers l’œuvre de la jeunesse, l'abbé Jean-Joseph Allemand est l'artisan d'une vision particulière de l'éducation, de la pédagogie et plus précisément de l'éducation chrétienne. Si l'enfance existe à peine en tant que stade de la vie à part entière au début du XIXe siècle, l'adolescence est même alors absente de la vision de l'éducation.

La sanctification des jeunes gens[modifier | modifier le code]

Jean-Joseph Allemand définit la mission de son œuvre comme la sanctification des jeunes gens. On pourrait résumer par cette formule toute l'intuition pédagogique du prêtre. Ce lexique demeure un peu obscur de prime abord. Tentons donc de l'expliciter.

Par sanctification, on entend un chemin de prière et de vie chrétienne, c’est-à-dire selon l'Évangile. Chez les catholiques la sainteté n'est pas une condition réservée à quelques modèles canonisés par l'institution qu'est l'Église mais une manière de vivre vers laquelle doit tendre tout chrétien. De nombreuses manifestations de la sainteté peuvent retrouver leur équivalent ou leur héritier dans les valeurs humanistes, voire républicaines (au sens de principe unificateur de l'action dans la société) : respect de l'autre, écoute, droiture, honnêteté, esprit de service, etc. mais la sainteté se veut plus qu'une morale humaniste. Elle se veut réponse de l'individu à sa vocation, c’est-à-dire l'acte délibéré par lequel l'individu consent au projet que Dieu a pour lui, dans l'intime connaissance de ses talents (vocation au mariage, vocation religieuse, vocation sacerdotale, ou plus largement, vocation à être témoin de l'existence de Dieu et de Sa nature). Chez Monsieur Allemand et ses successeurs donc, la sanctification désigne une éducation au sens complet du terme (lat. ex-ducere: conduire en dehors). Il s'agit de sortir l'enfant de ce qu'il sait déjà de lui-même, ou plus exactement de le laisser se faire conduire en dehors de sa subjectivité. Par qui? par ses aînés, par l'Église et par Dieu, au travers de la prière.

Par jeunes gens, Jean-Joseph Allemand désigne vraisemblablement ce que nous appelons désormais l'adolescent. Non plus enfants, mais non pas encore adultes autonomes. D'autre part, on pourrait s'aventurer ajouter que l'expression jeunes gens à l'époque désigne aussi une certaine couche sociale de la population. Non pas que le fondateur ait décidé de fermer son œuvre aux pauvres de l'époque mais le recrutement des jeunes s'est fait dès le début dans les quartiers commerçants aux revenus intermédiaires de Marseille, cette vaste classe moyenne qui naît à peine. Il est à ce sujet intéressant de souligner que quelques années plus tard, le Père Timon-David, fonde également une œuvre de jeunesse destinée plus spécifiquement aux enfants d'ouvriers. Mais le fait social que constitue le recrutement de l'œuvre Allemand ne doit pas être érigé en principe d'éducation. C'est un fait secondaire. Dans l'expression jeunes gens — et c'est assurément le trait le plus important de l'expression — se retrouve toute la considération des aînés pour la jeunesse et l'accession des enfants à la qualité d'individus autonomes. Connaître personnellement chaque jeune, voila un principe assurément moderne, bien différents de la rigidité militaire du système napoléonien d'instruction publique mis en place au même moment.

« Ici on joue, ici on prie »[modifier | modifier le code]

Cette phrase prononcée par l'abbé en réponse à la visite d'un inspecteur du gouvernement venu fermer l'œuvre et lui demandant ce qui s'y passait, insiste sur les deux dimensions, les deux faces, de la pédagogie instaurée par le fondateur de l'œuvre.

Dans l'histoire de la pensée sociologique française, c'est Émile Durkheim qui définit la notion de socialisation et des mécanismes inhérents à celle-ci. Durkheim insiste sur le rôle du jeu comme « intériorisation des règles en douceur ». Plusieurs décennies avant la théorisation du processus d'acquisition et d'intériorisation des normes par Durkheim, Jean-Joseph Allemand avait déjà insisté sur l'importance du jeu.

Il convient d'ajouter à la dimension sociale du jeu sa dimension physique et intellectuelle qui participent de la croissance de l'enfant ou de l'adolescent. Plus largement le jeu institue de nouveaux rapports au corps et à l'esprit. L'importance du jeu dans l'intuition pédagogique de M. Allemand transparaît dans ses propos: « Je n'aurais pas confiance en un enfant qui ne jouerait pas, passerait-il des heures en prière à la chapelle ».

La prière, qui passe elle aussi par un apprentissage, occupe aussi le terrain de l'éducation. On remarque ici le souci de faire de la foi non une tradition culturelle mais un acte pleinement vécu et essentiel au projet de l'œuvre.

Des plus jeunes aux aînés[modifier | modifier le code]

Dans cette brève présentation de la pédagogie de l'œuvre, il convient d'ajouter un troisième trait important. En effet la responsabilité de l'éducation revient non seulement aux adultes mais aussi aux adolescents plus âgés. C'est la naissance de l'animation contemporaine, telle qu'elle est consacrée dans la pédagogie aujourd'hui. Ce sont les plus âgés qui font jouer les plus jeunes. Les âges sont mélangés, au moins pour partie du temps. Les adolescents puis jeunes adultes participent à l'éducation de leurs cadets. L'éducation une fois encore n'est donc pas l'œuvre d'un professeur mais d'une communauté de jeunes. Au schéma didactique de l'instruction correspondent le schéma imitatif et le dialogue de l'éducation. Ainsi l'œuvre ne prétendra jamais à une mission scolaire mais offrira ses activités sur le temps libre des enfants.

Héritages[modifier | modifier le code]

L'œuvre de la jeunesse Jean-Joseph Allemand[modifier | modifier le code]

Depuis 1799 l'œuvre de la jeunesse Jean-Joseph Allemand, à Marseille, accueille les enfants et adolescents pour des activités spirituelles, culturelles et de loisirs, au sein de ses maisons ou en séjours itinérants, en car, à pied ou à vélo.

Il existe deux institutions à Marseille, qui sont aujourd'hui très vivantes grâce à une communauté de Messieurs importante qui a pu être renouvelée au fil des ans et sans qui les institutions n'existeraient pas. Pour rappel, un Monsieur est un adulte qui dédie par son engagement sa vie à l'œuvre. Les Messieurs vivent en communauté et dirigent les œuvres. En pratique ce sont eux les responsables de camp et d'activités, leur rôle est donc indispensable.

L'œuvre, confessionnelle, est une association reconnue d'utilité publique et d'éducation populaire.

L'encadrement est assuré bénévolement.

Une congrégation religieuse[modifier | modifier le code]

Institut religieux séculier de droit pontifical, l'Institut de l'œuvre de la jeunesse Jean Joseph Allemand est créé à la suite de la fondation de l'œuvre de la jeunesse pour la poursuivre.

Avec un nombre modeste de membres, l'institut est tout entier tourné vers les œuvres dont il a la charge.

Ses constitutions (sa règle) mettent l'accent sur l'équilibre de la vie de ses membres entre la vie professionnelle normale et le service des jeunes, unifiant dans la foi les valeurs de labeur et de service. En plus des trois vœux habituels propres à la vie religieuse, les membres de l'institut font également vœu de stabilité et de zèle. Si les membres de l'institut, appelés les Messieurs, sont religieux, certains sont également prêtres, au service des jeunes et du diocèse de Marseille.

L'abréviation signalétique du nom de l'institut est ojja.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Arnaud, La vie étonnante de J.-Joseph Allemand 1772-1836 : Apôtre de la jeunesse, Marseille, Académie de Marseille, , 405 p..