Incident de l'Orzeł

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L’incident de l’Orzeł[1] est un événement militaire du début de la Seconde Guerre mondiale. Le sous-marin polonais ORP Orzeł, arraisonné au port de Tallinn par l'Estonie, pays alors neutre, s'échappe de ses eaux le 18 septembre 1939. L'Union soviétique, qui a lancé son invasion de la Pologne le 17 septembre, utilise cet incident comme prétexte pour justifier de sa volonté d'annexer l'Estonie par la même occasion.

L'incident[modifier | modifier le code]

Le sous-marin ORP Orzeł.

L’Orzeł se trouve en mer Baltique lorsque l'Allemagne nazie attaque la Pologne, le 1er septembre 1939. Dans l’impossibilité d'atteindre une base navale polonaise et avec son capitaine, le lieutenant-commandant Henryk Kłoczkowski, gravement malade depuis le 8 septembre, l'équipage décide de faire route sur Tallinn, qu'il atteint le 14 septembre 1939. Kłoczkowski est emmené à l'hôpital le lendemain.

L’article 8 de la section XIII de la Convention de La Haye de 1907 exige d’un gouvernement neutre le devoir « d’empêcher le départ de sa juridiction de tout navire destiné à patrouiller ou à se livrer à des opérations hostiles »[2] contre un autre gouvernement avec lequel le pays neutre n'est pas en guerre. Sur la demande insistante des Allemands, les autorités militaires estoniennes montent à bord du sous-marin, l'équipage y est interné, toutes les aides à la navigation et les cartes sont confisquées, et le démantèlement de tous les armements est entamé.

L’équipage de l’ORP Orzeł prépare son évasion, sous le commandement de son nouvel officier en chef, le lieutenant de vaisseau Jan Grudzinski. Le 18 septembre, l’Orzeł, partiellement submergé, se glisse hors du port sous couvert de la brume nocturne, avec les deux gardes estoniens à bord, faits prisonniers. Au matin, les presses estonienne et allemande relatent l’incident, en déclarant les deux gardes capturés disparus en mer. En réalité, ils sont débarqués sur la côte suédoise, après que l’équipage leur eut fourni vêtements, argent et nourriture pour leur retour en toute sécurité et en première classe. En réponse aux mensonges de la presse allemande, l’équipage polonais communique que « ceux qui reviennent de l’au-delà méritent de voyager uniquement en première classe ». L’Orzeł met le cap sur la base de la Royal Navy à Rosyth en Écosse, qu’il atteint sans avoir coulé aucun vaisseau ennemi (allemand ou soviétique) au cours de son voyage, bien que les Soviétiques l’accusent d’avoir torpillé le pétrolier soviétique Metalist en baie de Narva, le 26 septembre.

Répercussions[modifier | modifier le code]

Monument dédié à l'ORP Orzeł à Tallinn en Estonie.
Plan du blocus et de l'invasion de l'Estonie par l'URSS (1940).

L’Union soviétique, qui envahit la Pologne le 17 septembre 1939, accusa l’Estonie d’avoir conspiré avec les marins polonais et « de les avoir aidés à s’échapper », contestant la neutralité de l’Estonie. Les Soviétiques exigent d’établir des bases militaires sur le sol estonien, menaçant de guerre l’Estonie si elle ne se soumet pas à ces exigences. En fait, le protocole secret du pacte Hitler-Staline a déjà prévu que l’Union soviétique prenne possession des Pays baltes. L’incident de l’Orzeł n’est qu’un prétexte pour forcer la signature, le 28 septembre 1939, d'un « pacte de défense et d'assistance mutuelle » entre l'URSS et l’Estonie, prélude à l’occupation et l’annexion de l'Estonie par l'URSS en 1940.

L’Orzeł a ensuite combattu aux côtés des Alliés contre l’Allemagne nazie jusqu’en mai 1940 lorsqu’il disparut corps et biens au cours d’une mission.

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]