Hippolyte Mireur

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Hippolyte Mireur
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Activités

Hippolyte Mireur, né le à Fayence et mort le à Marseille, est un médecin, historien de l'art et homme public français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Membre de l'Académie des Sciences et Beaux-Arts de Marseille[1], où il est élu en 1892, auteur de nombreux ouvrages de médecine[2], Hippolyte Mireur est très engagé dans la politique publique de santé et d'hygiène, notamment comme adjoint au maire de Marseille entre 1887 et 1892[3].

Il obtient son diplôme de la faculté de médecine de Paris en 1867 et s'installe l'année suivante dans un tout récent immeuble haussmannien au 1, rue impériale, sur le Vieux-Port de Marseille, pour démarrer sa pratique médicale[4]. L'artère est la grande avenue percée dans le cadre de l'ambitieuse reconfiguration architecturale du centre ville voulue par l'empereur Napoléon III qui fera bâtir notamment le palais du Pharo et le palais Longchamp pour lequel le maire de l'époque, Jules Joseph Onfroy, un parent de Mireur, a désigné en 1861 le grand architecte Espérandieu. La rue impériale deviendra rue de la République après la guerre de 1870 contre la Prusse (durant laquelle Mireur est chirurgien-major) et la chute du Second Empire, évolution probablement plus fidèle aux sentiments politiques du Dr. Hippolyte Mireur, qui semble avoir été tôt converti à la République. Elle sera aussi une artère où les professions médicales seront très présentes, peut-être en raison de la proximité de l'Hôtel-Dieu.

Auteur et praticien, il participe à la riche tradition médicale de Marseille, où il exerce jusqu’à sa mort. Attaché au Bureau des Secours de la Ville, il est actif pendant l'épidémie de choléra de 1884 et publie une Étude historique et pratique sur la prophylaxie et le traitement du choléra qui sera primée[5]. Hygiène et pauvreté le préoccupent particulièrement. À son installation en 1867, il entre à la Société médicale du département des Bouches-du-Rhône et collabore à la revue Marseille médical. Sa spécialité, les maladies vénériennes et syphilitiques, l'amène à prendre la tête du service des mœurs de Marseille où il s’attache à organiser la surveillance médicale des prostituées pour contenir la transmission des infections et maladies. Mireur a ainsi publié en 1875 chez l'éditeur Masson, de la librairie de l'académie de médecine de Paris, La syphilis et la prostitution dans leurs rapports avec l'hygiène, la morale et la loi, qui sera réédité en 1888[6], et en 1882 La Prostitution à Marseille - Histoire, Administration et Police, Hygiène[7], complétant les initiatives de réglementation de la prostitution engagées dès le début du XIXe siècle à Paris puis dans les grandes villes, à Marseille sous l'impulsion du maire Jean-Baptiste de Montgrand et du préfet Villeneuve-Bargemon[8].

Outre qu’il innove aussi au plan de l’assurance médicale naissante par son travail avec la compagnie l’Union et ses publications[9], son engagement pour le progrès de l’hygiène publique ne cessera de s’amplifier, par exemple avec la responsabilité des services sanitaires de la Ville, ou au plan national avec la Société nationale de médecine dont il devient président en 1889. La même année, il publie une étude démographique : Mouvement comparé de la population à Marseille, en France et dans les États d'Europe, qui met en relief le rôle de l'assainissement et de l'hygiène publique pour combattre la mortalité.

Comme adjoint au maire, il participe à l’un des gouvernements municipaux les plus actifs pour moderniser la ville sous la présidence de Félix Baret. En 1895 il conduira lui-même une liste dite de conciliation républicaine[10], mais il manquera l'élection à la mairie au profit d'un autre médecin, le socialiste Siméon Flaissières.

Collectionneur et historien de l'art[modifier | modifier le code]

L’art occupe une place majeure dans sa vie, aux côtés de la médecine. Collectionneur, en 1900 il cède ses œuvres[11] qui comptent près d'une centaine de toiles d'Adolphe Monticelli[12] et d'autres d'artistes comme Greuze, Courbet, Sisley, pour financer une œuvre majeure, le Dictionnaire des ventes d'art faites en France et à l'étranger pendant les XVIIIe et XIXe siècles[13], qui demeure une référence pour les historiens et experts du marché de l'art entre 1700 et 1900, époque où se forme le marché de l'art en Europe et, dans une moindre mesure, aux États-Unis[14].

Un apport unique du dictionnaire est l'indication des transactions qui permet de tracer les détenteurs des œuvres sur cette longue période. Travail considérable, le Mireur représente sept volumes qui seront publiés entre 1901 et 1912. Dans sa critique biographique publiée par l'Institut national de l'histoire de l'art, le Pr Quemin précise que le dictionnaire permet de dégager d'importantes tendances du marché. Ainsi « les écoles italienne et espagnole, aux prix souvent inabordables un siècle plus tôt, étaient devenues largement délaissées au début du XXe siècle. Les écoles flamande et hollandaise semblaient, de même, connaître une certaine désaffection. À l'inverse, la peinture du XVIIIe siècle connaissait une ferveur soudaine, tout comme l'école française de 1830 et l'école anglaise.» De même le Mireur a « permis d'enregistrer le changement de goût esthétique avec l'envolée de l'école impressionniste. » Le chercheur conclut : « On comprend aisément pourquoi le Mireur est devenu un classique pour tous les amateurs d'art, et notamment pour les historiens de l'art. En ayant offert un instrument de travail aux spécialistes de l'art du XVIIIe et du XIXe siècle, tout particulièrement à ceux étudiant le marché de l'art et l'évolution du goût, l'apport d'Hippolyte Mireur est considérable[15] ».

Au même moment où paraissent les derniers volumes du Mireur est édité un projet similaire, le Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, qui sera réédité depuis sa parution en 1911 jusqu'à nos jours. Le dictionnaire d'Hippolyte Mireur trouve quant à lui un second souffle en 2000 avec l'acquisition des droits et sa publication par la société d'information sur le marché de l'art en ligne Artprice[16], détenue notamment par le Groupe Arnault S.A.

Le dictionnaire n'est pas le seul ouvrage non médical du Dr. Hippolyte Mireur, qui écrivit aussi sur la littérature et traduisit notamment en vers la trilogie de Sophocle, publiée peu avant sa mort en 1912[17],[18].

Récipiendaire de nombreux prix et distinctions, chevalier de la Légion d'honneur, Hippolyte Mireur sera une figure de sa ville par ses activités intenses dans les trois domaines d’intérêt privilégiés, la médecine, la santé publique et l’art[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Marseille », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  2. « Hippolyte Mireur (1841-1914) - Auteur - Ressources de la Bibliothèque nationale de France », sur data.bnf.fr (consulté le 27 novembre 2018)
  3. « Mireur, Hippolyte », sur inha.fr, INHA, (consulté le 22 octobre 2020).
  4. Pierre Fournier et Sylvie Mazzella, Marseille, entre ville et ports : les destins de la rue de la République, Paris, La Découverte, , 314 p. (ISBN 2-7071-4287-5 et 9782707142870, OCLC 419483084, lire en ligne)
  5. Hippolyte Mireur texte, « Étude historique et pratique sur la prophylaxie et le traitement du choléra : basée sur les observations fournies par l'épidémie de Marseille (1884) / par le Dr H. Mireur,... », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  6. Hippolyte Mireur texte, « La syphilis et la prostitution dans leurs rapports avec l'hygiène, la morale et la loi / par le Dr Hippolyte Mireur,... », sur Gallica, (consulté le 28 novembre 2018)
  7. Hippolyte Mireur texte, « La Prostitution à Marseille, histoire, administration et police, hygiène, par le Dr H. Mireur », sur Gallica, (consulté le 28 novembre 2018)
  8. http://patrimoinemedical.univmed.fr/articles/article_prostitution.pdf
  9. Hippolyte Mireur texte, « La syphilis et les assurances sur la vie : étude médico-légale (2e édition) / par le Dr Hippolyte Mireur,... », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  10. « Journal des débats politiques et littéraires », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  11. « La Vie parisienne : mœurs élégantes, choses du jour, fantaisies, voyages, théâtres, musique, modes / par Marcellin », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  12. « Catalogue des 88 tableaux de Monticelli et de tableaux anciens et modernes, pastels, dessins, gouaches, aquarelles de différentes écoles composant la collection de M. le docteur Mireur,... / [expert] Arthur Bloche », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  13. Émile Dacier texte, « La Revue de l'art ancien et moderne », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  14. Frank Van Wilder, « Pourquoi rééditer le dictionnaire des ventes d'art ? », in Dictionnaire des ventes d'art faites en France et à l'étranger pendant les XVIIIe et XIXe siècles, Paris, 7 vol. ; rééd. Artprice, 2001, p. vii-xi.
  15. INHA, « Mireur, Hippolyte », sur http://www.inha.fr, (consulté le 27 novembre 2018)
  16. « Artprice : Artprice Images s'enrichit du célèbre fonds Mireur », Boursier.com,‎ (lire en ligne, consulté le 27 novembre 2018)
  17. « Les Marches de Provence : revue mensuelle de littérature et d'art / [directeur-rédacteur en chef : J.-Aurélien Coulanges] », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)
  18. Mireur, Hippolyte (1841-1914) et Sophocle (0496?-0406 av. J.-C.), « BnF Catalogue général », sur catalogue.bnf.fr, (consulté le 27 novembre 2018)
  19. Société d'études provençales. Auteur du texte, « Annales de la Société d'études provençales », sur Gallica, (consulté le 26 novembre 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Fournier (dir.) et Sylvie Mazzella (dir.), Marseille entre ville et port. Les destins de la rue de la République, La Découverte, Paris 2004, 320 p. (ISBN 9782707142870)
  • Paul Masson (dir), Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, Archives départementales, Marseille, 17 volumes, 1913 à 1937.

Liens externes[modifier | modifier le code]