Gilles Saussier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Gilles Saussier
Portrait of Gilles Saussier.jpg
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
A travaillé pour

Gilles Saussier, né à Suresnes en , est artiste photographe et professeur à l'École nationale supérieure de la photographie (ENSP) à Arles.

Ses différents projets artistiques ont en commun le rapport à la mémoire des sans-voix, l’histoire racontée par les pouvoirs, notamment les médias, et la relation du document au monument[réf. nécessaire].

Biographie[modifier | modifier le code]

Gilles Saussier naît en 1965 à Suresnes[1],[2]. Il suit des études en sciences économiques et de l'information[3]. Il est membre de l'agence Gamma Presse Images entre 1989 et 1994[2].

Œuvres et parcours artistique[modifier | modifier le code]

Bangladesh et Studio Shakhari Bazar[modifier | modifier le code]

Il conçoit en 1997 un dispositif d'installation photographique sous chapiteau dans la vieille ville de Dhaka au Bangladesh[réf. nécessaire], dans lequel il expose et rend aux habitants de Shakhari bazar, le principal quartier de la minorité hindoue, 74 portraits, reliquat d'un essai photographique initialement destiné à la presse magazine internationale[réf. nécessaire]. Par cette forme de potlatch, il dilapide les restes de son activité de photojournaliste[réf. nécessaire].

De retour au Bangladesh en 2001 et 2006-2007, il rend visite aux habitants propriétaires de ses images et documente leur dissémination dans l'espace de la rue et les intérieurs des maisons. Studio Shakhari Bazar[4], conçu en collaboration avec David Barriet et le graphiste Jérôme Saint-Loubert Bié[5], se situe à la croisée de la tradition photographique documentaire, de l’art conceptuel et de l’anthropologie visuelle[réf. nécessaire]. Lourd et visible avec mon appareil moyen-format, je parviens à réaliser ces images intimes que m’interdisait la norme du reportage. Je renoue avec l’activité de portraitiste de quartier, importé par le colonisateur, popularisé par l’indigène et tombé depuis en désuétude[réf. nécessaire].

Retour au pays[modifier | modifier le code]

Pour Gilles Saussier, la photographie est un acte qui sans cesse modifie la relation entre le photographe, le sujet photographié et le spectateur. Dans Retour au pays, publié dans Paysages territoires - L'Ile-de-France comme métaphore (Parenthèses 2003) et exposé par Okwui Enwezor à la documenta 11[6] (2002), il propose une médiation poétique sur la cohabitation des usages et les imaginaires du paysage en vallée de l'Epte à la frontière de l'Île-de-France et de la Normandie[réf. nécessaire].

Projets de renouvellement urbain et itinéraires[modifier | modifier le code]

Entre 2003 et 2008, il intervient dans le cadre de deux grands projets de renouvellement urbain dans le quartier d'habitat populaire de Malakoff (GPV) à Nantes et à Cherbourg-Octeville (AURU) et réalise de nombreux itinéraires en collaboration avec le sociologue Jean-Yves Petiteau, à Nantes dans le quartier et le marais de Malakoff (Lui et ses miroirs, 2004) puis à Saint-Nazaire sur les traces d'un sans domicile fixe mort à la rue (Logé chez l'habitant 2007-2008). Jean-Yves Petiteau revient en 2008 sur cette rencontre et sur cette collaboration déterminante dans l'évolution de sa méthode des itinéraires[7],[8].

Tableau de chasse[modifier | modifier le code]

En 2010, il publie, en collaboration avec le graphiste et typographe David Poullard, Le Tableau de chasse, dont les premières séries sont exposées au Kunstmuseum de Bâle par Hartwig Fischer[9] dans le cadre de l'exposition Covering the real, Art and the Press Picture from Warhol to Tillmans (2005). Archéologie médiatique et photographique de la révolution roumaine de 1989[10], Le Tableau de chasse est une aussi une vigoureuse critique, iconique et verbale, du reportage et de la photographie d'auteur qui prétend déposer ses marques et ses effets de signature sur le réel. C'est en publiant le récit du Tableau de chasse, vingt ans après les événements, que Gilles Saussier parvient à se réconcilier avec ses photographies de la révolution roumaine[11]. Présenté dans de nombreuses expositions traitant des rapports entre art et médias (Antifotoperiodismo La Virreina Centro de la Imagen Barcelone 2010, False Fakes - Centre de la Photographie Genève 2013, The image of war Bonniers konsthall Stockholm 2017), Le Tableau de chasse a fait l'objet de commentaires et d'études par des chercheurs et des universitaires (Michel Poivert, Emmanuelle Cherel, Guitemie Maldonado[12], Christian Gattinoni[13], Hilde Van Gelder[14], Danièle Méaux[15]). En 2020, le philosophe et théoricien des œuvres factuelles Frédéric Pouillaude écrit : La mise en page du livre extrêmement complexe et soignée, ainsi que la concision toute poétique et symbolique des formules verbales font de cet ouvrage un petit théâtre d'idées, où se réfléchit en une sorte de performance arrêtée toute la cynégétique prédatrice de l'acte photographique[16].

Spolia[modifier | modifier le code]

En 2018, Gilles Saussier publie Spolia (Le Point du jour éditeur, Paris-Cherbourg), conçu avec David Benassayag et le graphiste David Poullard, une enquête de territoire sur la fabrication de La Colonne sans fin du sculpteur Constantin Brâncuși (1876-1957), érigée à Târgu Jiu, Roumanie, et fabriquée entre 1937 et 1938 dans les Carpates méridionales. Suivant le cours du Jiû, Gilles Saussier explore les conditions de transport et de fabrication du monument et révèle l'arrière-pays minier dont il est issu. Faisant l'objet de compte rendus de Michel Poivert dans Art Press (2019), L'ombre projetée de l'histoire[17], et d'Anne Bertrand [18] dans Transbordeur: photographie histoire société (2020), Spolia est aussi présenté lors du colloque international Nouvelles théories de la photographie. Approches analytiques et continentales [19](Paris Sorbonne Université, 2018), au Centre Pompidou bibliothèque Kandinsky [20](2019) et à l'invitation de Véronique Yersin et des éditions Macula[21] à Art Genève [22] (2019).

Expositions personnelles (sélection)[modifier | modifier le code]

  • 180 km avant la mer, La Terrasse espace d'art de Nanterre, 2019
  • Spolia, Art Genève à l'invitation des éditions Macula,
  • Spolia, Spolia, galerie de l'école supérieure des beaux-arts de Nîmes (ESBAN), 2018
  • Spolia, La Ville Blanche, Marseille, 2017
  • Spolia, Centre de Photographie Le Bleu du ciel, Septembre de la Photographie Lyon, 2016
  • Site Specific, Fonds Régional d'Art Contemporain (FRAC) Haute-Normandie, Sotteville-lès-Rouen, 2015
  • Sinea, Galerie Zürcher, Paris, France, 2012
  • Le chien est un loup pour la colonne, Société française de photographie, Paris, 2012
  • Le Tableau de Chasse, Le Point du jour Centre d'art, Cherbourg-Octeville, 2010
  • L'île d'après, Galerie Zürcher, Paris, France, 2009
  • Studio Shakahari Bazar, Centre la Photographie de Genève, Suisse, 2006
  • Envers des villes, endroit des corps, Galerie Zürcher, Paris, France,
  • Bivouac, l’Appartement témoin, Nantes, en collaboration avec l’association Peuple & culture 44, 2004-2005
  • Retour au pays, Galerie Zürcher, Paris, France, -

Livres, textes, entretiens (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Spolia, Le Point du jour éditeur, 2018
  • Le Tableau de Chasse, Le Point du jour éditeur, 2010
  • Studio Shakhari Bazar , Le Point du jour éditeur, 2006
  • Le Ruban documentaire, éditions 779, 2003

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Dans la collection du CNAP : Gilles Saussier », sur loeildelaphotographie.com (consulté le ).
  2. a et b « Saussier, Gilles », sur ledelarge.fr (consulté le ).
  3. « Gilles Saussier », sur evene.lefigaro.fr (consulté le ).
  4. Le Point du Jour centre d'art éditeur, « Le Point du Jour éditions »,
  5. « Gilles Saussier, Shakhari Bazar : Jérôme Saint-Loubert Bié », sur www.jslb.fr (consulté le )
  6. (en) documenta 11, « documenta11 - Retrospective - documenta », sur www.documenta.de (consulté le )
  7. Jean-Yves Petiteau, « Etre à la rue, être à la vue », Séminaire européen de recherche Marcher en ville. Grenoble, 15 janvier 2008 [CD-Audio], CRESSON,‎ , p. XX (lire en ligne, consulté le )
  8. PETITEAU Jean-Yves, « La méthode des itinéraires ou la mémoire involontaire », sur HAL Archive-ouverte,
  9. (en) « Hartwig Fischer », dans Wikipedia, (lire en ligne)
  10. Virginie Huet, « Le Tableau de Chasse », sur connaissancedesarts.com, (consulté le )
  11. Emmanuel Zwenger et Gilles Saussier, « Ruines du reportage et Spolias documentaires. Entretien », dans Que faire avec les ruines ? : Poétique et politique des vestiges, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », (ISBN 978-2-7535-5778-9, lire en ligne), p. 57–68
  12. (en-US) MALDONADO Guitemie, « Guitemie Maldonado on Gilles Saussier », sur www.artforum.com, (consulté le )
  13. GATTINONI Christian, « Les engagements critiques et historiques de Gilles Saussier - revue art contemporain - revue art contemporain », sur www.lacritique.org (consulté le )
  14. (en) VAN GELDER Hilde, « Artistic ‘Non-Compliance’ with the Protocol Rules of Photojournalism. », sur depthoffield.universiteitleiden.nl (consulté le )
  15. Danièle MÉAUX, « Les Voyages en Roumanie de Gilles Saussier », https://revues-msh.uca.fr:443/viatica,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. Éditions du CERF, « Représentations factuelles », , p. 317
  17. Poivert Michel, « L'ombre projetée de l'histoire », sur www.pressreader.com, (consulté le )
  18. Anne Bertrand, « Gilles Saussier, Spolia, 2018 », Transbordeur: photographie histoire société, no 4,‎ (ISSN 2552-9137, lire en ligne, consulté le )
  19. ARIP, « [Colloque] Nouvelles théories de la photographie. Approches analytiques et continentales » (Paris, 5-6 octobre 2018) », sur ARIP (consulté le )
  20. « 29/10/2018 – Le carnet de la BK » (consulté le )
  21. « Éditions Macula - Actualités », sur www.editionsmacula.com (consulté le )
  22. « Art Talks – artgenève » (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fondation Neuflize Vie, Dominique Baqué et Régis Durand, « Gilles Saussier », dans Photographies modernes et contemporaines, Flammarion, , 287 p. (ISBN 9782081208254), p. 233

Liens externes[modifier | modifier le code]