Fumi-e

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Cérémonie du fumi-e devant des officiels du gouvernement à Nagasaki. Illustration de Philipp Franz von Siebold, vers 1825.
Type de médailles utilisées.

La technique du fumi-e (踏み絵, fumi « marcher sur » + e « image »?) était une méthode utilisée par les autorités du shogunat Tokugawa pour repérer les personnes converties au Christianisme, religion alors interdite et persécutée au Japon[1]. Elle consistait à forcer des individus suspects à piétiner une médaille de Jésus ou de Marie devant des officiels. Au moindre signe d'hésitation ou de réticence, la personne était considérée comme chrétienne et envoyée à Nagasaki. La politique du gouvernement d'Edo visait à leur faire abjurer leur foi. Dans le cas où ils refusaient, ils étaient soumis à la torture. Beaucoup refusaient et étaient exécutés. Certains même furent jetés dans le cratère du volcan du mont Unzen. Les exécutions de Chrétiens furent officieusement abandonnées par le gouvernement en 1805.

L'usage de cette méthode apparaît à Nagasaki en 1629 et est officiellement abandonnée après l'ouverture des ports aux étrangers le mais reste en usage jusqu'à ce que l'enseignement chrétien soit placé sous la protection officielle du gouvernement durant l'ère Meiji. La médaille piétinée était appelée e-ita ou ita-e[2] tandis que le test forcé était appelé e-fumi[2]. La « cérémonie du e-fumi, de piétinement d'images, est signalée en Europe dès le début du XVIIIe siècle et laissa des marques dans des œuvres littéraires, telles que Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, Le Citoyen du Monde de Oliver Goldsmith ou Candide de Voltaire »[3]. Dans la littérature japonaise moderne, le fumi-e est un élément de l'intrigue du roman Silence[4],[5] de Shūsaku Endō.

Les médailles fumi-e étaient généralement en pierre, mais d'autres étaient peintes et certaine étaient en bois. La plupart, si ce n'est la totalité, de ces œuvres étaient fabriquées avec beaucoup de soins, et reflétaient les normes artistiques élevées de l'époque d'Edo. Très peu de fumi-e servirent à d'autres usages[3]. Certaines furent exposées à la Smithsonian Institution aux États-Unis en 2007 lors d'une exposition intitulée « Vision du monde : le Portugal et le monde au XVIe siècle et XVIIe siècle »[6],[7]

De nombreux experts en théologie ont essayé de réfléchir à ce que représentait le fumi-e pour les Chrétiens japonais, certains considéraient le piétinement comme un signe de l'amour et du pardon de Jésus Christ[8].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans l'épisode 19 (Mésentente cordiale) de l'anime Samurai Champloo se déroulant à l'ère Edo, la technique du fumi-e est représentée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Shunkichi Akimoto, Exploring the Japanese Ways of Life, Tokyo News Service, , 322 p. (lire en ligne), p. 233
  2. a et b (en) Thomas DaCosta Kaufmann, Toward a Geography of Art, University of Chicago Press, , 490 p. (ISBN 0-226-13311-7 et 9780226133119, lire en ligne), p. 308
  3. a et b (en) Michael North, Artistic and Cultural Exchanges Between Europe and Asia, 1400-1900: Rethinking Markets, Workshops and Collections, Ashgate Publishing, , 197 p. (ISBN 0-7546-6937-8 et 9780754669371, lire en ligne), p. 141
  4. (en) William T. Cavanaugh, « The god of silence: Shusaku Endo's reading of the Passion. », Commonweal,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Jeff Keuss, « The Lenten Face of Christ in Shusaku Endo's Silence and Life of Jesus », Expository Times, vol. 118,‎ , p. 273–279 (lire en ligne)
  6. (en) Mark Jenkins, « Portugal's Unending Sphere of Influence », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  7. Michael Fragoso, « Fair Trade with 17th-Century Portugal », (consulté en 21 novembre2011)
  8. eg Masao Takenaka: When the Bamboo Bends, Christ and Culture in Japan WCC 2002 pgs 50-51