François-de-Paule Latapie

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François-de-Paule Latapie
Biographie
Naissance
Décès
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Abréviation en botanique
Latap.Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

François-de-Paule Latapie (1739-1823) était un naturaliste, voyageur et homme de lettres français.

Fils d'un notaire arpenteur, Latapie fut un homme des Lumières, philanthrope, helléniste, inspecteur des manufactures de la province de Guyenne, et fondateur du prix de la Rosière de La Brède qui rend annuellement hommage depuis 1823 à la figure de Montesquieu.

Formation bordelaise et parisienne[modifier | modifier le code]

Familier du Château de La Brède dont il fréquente quotidiennement le jardin et la bibliothèque, le jeune François de Paule Latapie bénéficie des réseaux de protection de la famille Montesquieu. Il acquiert ensuite à Paris entre 1766 et 1770 une solide formation scientifique, tout en exerçant la fonction de précepteur pour les enfants de l'intendant des finances Charles Robert Boutin.

Voyage en Angleterre (1770)[modifier | modifier le code]

Entre février et juin 1770 il voyage en Angleterre, et participe activement à son retour à la diffusion de l'esthétique du jardin anglais sur le continent, par sa traduction commentée de l'ouvrage de Thomas Whately Observations on modern gardening[1],[2].

Voyage en Italie (1774-1777)[modifier | modifier le code]

Grâce à la protection de Philibert Trudaine de Montigny, Latapie accomplit entre 1774 et 1777 un long voyage dans la péninsule italienne, au cours duquel il correspond notamment avec Jean-Baptiste de Secondat (le fils de Montesquieu)[3]. Retrouvés récemment dans les archives familiales, les quatorze cahiers de son journal de voyage en Italie, auquel il a donné le nom d'Éphémérides, ont permis aux chercheurs, notamment Gilles Montègre, de caractériser les circulations internationales associées aux réseaux savants et diplomatiques de l'Europe des Lumières[4].

La densité et la précision des Éphémérides de Latapie documente aussi la participation de l'Italie au mouvement des Lumières, notamment grâce aux cahiers consacrés à Rome[5], à Naples et aux espaces insulaires (de l'île d'Elbe à la Sicile). En Italie, Latapie fréquente abondamment savants et diplomates, en particulier l'ambassadeur de France à Rome François de Bernis, l'ambassadeur d'Angleterre à Naples William Hamilton, le religieux mathématicien François Jacquier, les naturalistes Lazzaro Spallanzani, Alberto Fortis etc.

En 1776, il est le premier à réaliser "de mémoire" un plan topographique des fouilles de la cité antique de Pompéi, à une époque où la monarchie napolitaine interdisait aux visiteurs toute prise de notes sur le site. Le caractère novateur de ce plan et de la description des vestiges qui lui est associé a été mis en avant par les archéologues et les historiens des sciences[6],[7].

Carrière dans le Bordelais[modifier | modifier le code]

Botaniste — il fut à Paris l’élève de Bernard de Jussieu (1699-1777), et s'est converti à Rome à la classification des espèces de Carl von Linné (1707-1778) —, il a été décrit comme un « des Nestor du naturalisme du sud-ouest »[réf. souhaitée]. Il est l’auteur d’ouvrages sur les plantes de Gironde : Hortus burdigalensis en 1784, du Catalogue du jardin des plantes de Bordeaux et d’une Description de la commune de la Brède.

Venu se fixer à Bordeaux à son retour d'Italie en 1777, deux ans après son élection comme membre de l’Académie de la ville (il y est élu le 13 août 1775), il devient aussitôt professeur de botanique au jardin des plantes[8]. Il se distingue alors par ses conférences (il a transmis dès 1776 sa relation des fouilles de Pompéi à l’Académie de Bordeaux), ses cours publics de botanique (que fréquenta entre autres Jean Thore) et ses publications de culture pratique des jardins.

À l'automne 1794, il est désigné comme élève de la nouvelle École Normale, ouverte à Paris pour former les futurs enseignants destinés à former les maîtres d'école. Il séjourne probablement à Paris jusqu'au printemps 1795, date de fin des cours de la première École Normale.

Professeur d’histoire naturelle à l’École centrale de la Gironde (et donc collègue de son ami Jean Florimond Boudon de Saint-Amans (1748-1831) qui tenait le même rôle à Agen, de Louis Ramond de Carbonnières (1755-1827) à Tarbes, de Jacques Philippe Raymond Draparnaud (1772-1804) à Montpellier, de Julien Dufau (1780-?) à Dax, de Philippe Picot de Lapeyrouse (1744-1818) à Toulouse…) il fut sans doute l’initiateur de nombreux jeunes naturalistes grandissant à Bordeaux comme Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846) ou Toussaint-Yves Catros (1757-1836) en matière de botanique. Membre fondateur de la Société linnéenne en 1818, il ne put participer à ses réunions à cause de son grand âge.

Note[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Whately, François de Paule Latapie, L'Art de former les jardins modernes, ou l'Art des jardins anglais, Paris, Jombert,
  2. Jean-Pierre Bériac, Un savant du siècle des Lumières : François de Paule Latapie, 1739-1823, in Révolutions en Aquitaine, de Montesquieu à Frédéric Bastiat, Bordeaux, , p. 633-649
  3. Gilles Montègre, "La correspondance comme substitut de l'itinérance : le voyage imaginaire du fils de Montesquieu en Italie", in Pierre-Yves Beaurepaire (dir.), La communication en Europe. De l'âge classique aux Lumières, Paris, Belin, , p. 310-322
  4. François de Paule Latapie, Gilles Montègre (éd.), Éphémérides romaines. 24 mars - 24 octobre 1775, Paris, Classiques Garnier, , 576 p.
  5. Gilles Montègre, « Rome, ville des Lumières », L'Histoire n°375, mais 2012, p. 72-73
  6. Pierre Barrière et Amedeo Maiuri (éd.), « Description des fouilles de Pompéi (a. 1776) de François de Paule Latapie », Rendiconti dell’Academia napoletana di archeologia e belle arti, 28,‎ , p. 223-248
  7. Gilles Montègre, "Science et archéologie au siècle des Lumières : Pompéi et la vision de l'antique dans les Ephémérides du naturaliste François de Paule Latapie", in Manuel Royo et al. (dir.), Du voyage savant aux territoires de archéologie. Voyageurs, amateurs et savants à l'origine de l'archéologie moderne, Paris, De Boccard, , p. 127-148
  8. en l’échange de son herbier et de ses collections de l’époque. Cet herbier, important et précieux, fut souvent cité par les botanistes de Paris et donné intégralement à sa ville adoptive après sa mort.

Latap. est l’abréviation botanique standard de François-de-Paule Latapie.

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