Fasciola hepatica

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La grande douve du foie (Fasciola hepatica) est un trématode de grande taille, C'est un ver plat parasite du foie, surtout chez les moutons et les bovins, occasionnellement chez le cheval. L'homme est un hôte accidentel (mauvais hôte définitif).

Elle est responsable d'une maladie parasitaire, la fasciolose ou distomatose hépatique. Très fréquente et très pathogène chez les ruminants, la douve vit dans les canaux biliaires, se nourrissant de tissu hépatique (épithélium des canaux biliaires, sang, bile). Elle grandit puis pond ses œufs, qui sont évacués avec les selles.

Le cycle de développement est complexe, le parasite se développant en plusieurs stades nécessitant deux hôtes intermédiaires, dans des conditions écologiques bien définies.

Il pourrait s'agir d'une zoonose réémergente[1], qui pourrait localement être favorisée par le dérèglement climatique[2].

Epidémiologie[modifier | modifier le code]

Espèces affectées[modifier | modifier le code]

Les ovins, et dans une moindre mesure les bovins sont les espèces les plus souvent atteintes. Cependant, la fasciolose peut se développer chez d'autres espèces animales comme les porcins, les équins, les léporidés, les ruminants sauvages et le ragondin. Elle peut, beaucoup plus rarement, affecter les humains et évoluer dans les canaux biliaires de l'homme en engendrant une distomatose hépatique.

Répartition géographique et importance[modifier | modifier le code]

Parasite cosmopolite rencontré très fréquemment dans toutes les zones tempérées d'Europe, d'Amérique du Nord, du Sud et d'Afrique, la fasciolose est plus répandue dans les régions humides. L'affection humaine constituait, il y a peu de temps, une rareté mais elle est actuellement en expansion. Chez l'homme, l'affection (distomatose hépatique) est souvent grave, difficile à maîtriser sauf au stade d'invasion. Dans les climats tropicaux, d'autres espèces sont observées comme Fasciola gigantica et Fasciola huski.

Incidence[modifier | modifier le code]

Chez les ruminants, la fasciolose revêt une grande importance sur le plan économique car elle provoque des retards de croissance, des baisses de la production lactée, des saisies à l'abattoir et parfois des mortalités. On cherche à mieux comprendre ses caractéristiques éco-épidémiologiques et géographiques[3]

Chez le cheval, son incidence est difficile à apprécier en l'absence d'études épidémiologiques précises, de la difficulté de son diagnostic ainsi que par une symptomatologie peu évocatrice.

Chez l'être humain, une forme « subite » est observée, a priori toujours ou souvent à la suite de l'ingestion de cresson de fontaine infecté (par des eaux de ruissellement provenant de pâtures)[4].

Les formes latente et subite sont connues dans des groupes qui se nourrissent de foie animal infecté.

Du fait de la difficulté à mesurer les incidences du parasite sur les humeurs la prévalence de la forme latente chez l'homme n'est pas connue. La non-spécificité des symptômes laisse supposer que tous les cas ne sont pas diagnostiqués à ce jour[4].

Biologie[modifier | modifier le code]

Le cycle complet de développement est de l'ordre de 6 mois, 3 mois de cycle endogène dans l'hôte définitif (de l'ingestion des métacercaires à la présence de douves adultes dans les canaux biliaires), et 3 mois de cycle exogène (de l'œuf aux métacercaires) dans le milieu extérieur et les hôtes intermédiaires obligatoires.

L'hôte intermédiaire obligatoire est un mollusque d'eau douce strictement défini, la limnée tronquée, vivant dans un milieu très précis (teneur chimique et organique de l'eau, température, profondeur, étendue, force du courant, végétation associée, etc..) . Il faut donc d'abord que l'œuf tombe dans l'eau pour donner naissance à une larve nageant à la recherche du mollusque favorable. Il faut ensuite que ce mollusque précis soit présent dans le milieu aquatique, sinon la larve meurt, même s'il se trouve un grand nombre d'autres espèces de mollusques. La probabilité pour un œuf de trouver un hôte favorable est extrêmement faible[5].

Pour s'adapter à ces conditions, la douve présente une extraordinaire fécondité durant plusieurs années : plusieurs centaines de milliers d'œufs par mois pour un seul individu. A cette fécondité s'ajoute un phénomène de polyembryonnie, avec multiplication asexuée à différents stades larvaires. Il a été calculé que si tous ses œufs évoluaient, une seule douve pourrait avoir près de 40 milliards de descendants directs[5].

Forme adulte[modifier | modifier le code]

Anatomie interne de Fasciola hepatica
Œufs microscopiques de la douve du foie.

Les adultes de Fasciola hepatica vivent principalement dans les canaux biliaires et sont hermaphrodites (hermaphrodisme simultané). L'autofécondation est donc possible. Ils mesurent 2 à 3 cm de long sur 8 à 13 mm de large. Leur corps recouvert d'une pseudocuticule est aplati, foliacé (d'où le nom de Fasciola), de couleur beige rosé à brun pâle, de forme ovale avec une extrémité antérieure plus effilée : le cône céphalique et un élargissement scapulaire. Une ventouse buccale permet l'alimentation et une ventouse ventrale ou fixatrice permet la fixation.

Ils sont hématophages et se nourrissent du sang des capillaires de la paroi des canaux biliaires. Une douve adulte peut absorber 0,2 ml de sang par jour. Les adultes peuvent survivre plusieurs mois dans les canaux biliaires. La fécondation se fait par accouplement ventro-ventral entre deux individus ou par un seul via autofécondation pour pondre des œufs viables ; le réceptacle séminal stocke le sperme qui rejoint l'ovaire, puis les ovocytes maturent en traversant le long utérus avant d'être expulsés sous forme d'œufs.

Œufs[modifier | modifier le code]

Les œufs (140 × 80 μm) sont ovoïdes, operculés, de couleur jaunâtre avec un contenu granuleux et homogène. Leur élimination dans le milieu extérieur se fait par la bile puis les matières fécales, de façon irrégulière en fonction du rythme des vidanges biliaires (de 3 000 à 4 000 œufs peuvent être éliminés quotidiennement par un adulte). Le plus souvent l'œuf subit un premier développement embryonnaire avant d'être éliminé. Les œufs de Fasciola hepatica résistent peu de temps à la dessiccation ou au gel, mais peuvent survivre jusqu'à 1 ou 2 ans dans un environnement froid et humide.

Phase embryonnaire[modifier | modifier le code]

Dans le milieu extérieur, un embryon cilié se développe dans l'œuf et en sort au bout d'un laps de temps très variable (3 à 6 semaines). Il s'agit d'une minuscule larve ciliée : la larve miracidium, de forme triangulaire (mesurant 130 μm de long).

Cette larve va se déplacer à la recherche de son premier hôte intermédiaire, qui est toujours un mollusque d'eau douce du genre limnée[6],[7], essentiellement la limnée tronquée (Lymnaea truncatula). La rencontre est favorisée par un phénomène de chimiotactisme (capacité du miracidium à détecter des substances chimiques présente dans le mucus du gastéropode).

La larve pénètre alors dans la cavité respiratoire du mollusque pour se transformer en une masse irrégulière appelée sporocyste  (300 μm de diamètre). Le sporocyste se multiplie de façon asexué pour donner naissance à des organismes munis d'un tube digestif appelés rédies.

Rédies[modifier | modifier le code]

Les rédies envahissent l'hépatopancréas du mollusque, s'y développent pour atteindre une taille de 1,3 à 1,6 mm de long, et, suivant les conditions climatiques, donnent d'autres rédies (ou rédies filles).

Chaque rédie donne naissance à une vingtaine d'organismes particuliers : les cercaires, ressemblant à des tétards microscopiques. Ce sont des organismes dotés d'un tube digestif, de deux ventouses et d'une queue. Les cercaires (on peut en dénombrer jusqu'à 4 000 dans une même limnée) sont éliminées par la limnée lorsque le milieu extérieur est particulièrement humide.

Cercaires[modifier | modifier le code]

Les cercaires se fixent sur un végétal immergé. Elles perdent leur queue, s'entourent d'une coque résistante pour devenir des métacercaires enkystées (200 μm). Ce sont déjà des douves en miniatures sous leur forme résistante et infectante. Sur les végétaux immergés ou sur une prairie humide leur survie, en état de vie ralentie, peut durer de plusieurs mois jusqu'à un an, en attendant d'être ingérées par un hôte définitif convenable. En revanche, elles sont rapidement détruites par un climat chaud et sec.

L'infestation se fait par ingestion de végétaux porteurs de métacercaires. Les kystes ainsi ingérés sont dissous dans l'intestin et libèrent des douves immatures qui migrent de l'intestin vers le parenchyme hépatique (en moins d'une semaine) en passant par la cavité péritonéale. Les jeunes douves, se nourrissant de tissu hépatique, migrent au travers du parenchyme en augmentant de taille et gagnent les canaux biliaires en 7 à 8 semaines. En quelques semaines ces jeunes douves deviennent adultes et acquièrent leur maturité sexuelle.

Clinique chez l'homme[modifier | modifier le code]

Dans les pays d'élevage, c'est en consommant du cresson sauvage ou de cressonnière (bassin d'eau courante où l'on fait croître le cresson) mal protégée, ainsi que du pissenlit de prairies humides, que l'homme s'infecte.

Mauvais hôte définitif pour cette douve, il ne fait le plus souvent que des formes infracliniques, méconnues ou révélées au hasard d'une sérologie ; ainsi s'explique l'apparent paradoxe de taux de distomatoses humaines cliniques très faible dans des régions où le cheptel est massivement atteint. La sévérité des formes cliniques dépend de la quantité de métacercaires ingérées[8].

Après une incubation muette d'une à deux semaines, la période d'invasion s'installe progressivement dans une symptomatologie de toxi-infection mal déterminée à participation hépatique, avec troubles allergiques et hyperéosinophilie à 70 - 80 %. Cette période, qui dure 2 à 3 mois, correspond à la migration des jeunes douves à travers le tissu hépatique et à leur maturation sexuelle.

Elle est suivie d'une période d'état et de chronicité proprement hépato-biliaire. Le malade se présente comme un hépatique : gros foie douloureux, crises d'angiocholite, troubles de l'excrétion biliaire avec alternance de diarrhée et de constipation, petites phases d'ictère et épisodes de coliques hépatiques. L'état général se dégrade progressivement, avec asthénie, amaigrissement et anémie, tandis que l'éosinophilie se stabilise autour de 10 %.

L'évolution, non diagnostiquée et/ou non traitée, est particulièrement traînante (une douve dans les voies biliaires peut vivre dix ans). Elle peut aboutir à des complications graves comme des hémorragies, des hématomes sous-capsulaires, une cirrhose biliaire secondaire[9].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Le diagnostic est évoqué devant une hyperéosinophilie élevée, ce qui oriente vers des recherches sérologiques : immuno-électrophorèse, immunofluorescence indirecte.

À la période d'état (à partir du 3e mois d'infestation) la découverte des œufs dans les selles devient possible par un examen parasitologique. Ce qui donne un diagnostic de certitude dans 35 % des cas environ. En cas de négativité, on peut répéter cet examen plus tard, ou rechercher les œufs par tubage duodénal.

Dans certains cas, l'échographie ou le scanner hépatiques peuvent aider au diagnostic[10].

Traitement[modifier | modifier le code]

La prophylaxie consiste à éviter de consommer du cresson sauvage.

Le traitement à la phase d'invasion est le triclabendazole à la dose unique de 10 mg·kg-1, avec parfois nécessité de doubler la dose. Quelquefois, une cholangiographie rétrograde permet de retirer des douves.

Après traitement les signes cliniques et biologiques disparaissent en 3 à 6 mois[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Academie véterinaire de France, « La Fasciolose, une zoonose réémergente ? », 22 janvier 2009
  2. (en) Michael A. Brockhurst, « Predicting Impacts of Climate Change on Fasciola hepatica Risk » ; University of Liverpool, United Kingdom PLOS 10/01/11
  3. « Est-il possible de dresser une cartographie des zones à risque d'infestation par Fasciola hepatica », sur www.au-coeur-du-lait.fr/newsletter,
  4. a et b Institut de veille sanitaire « Épidémie de distomatose à Fasciola Hepatica dans la région Nord Pas-de-Calais », InVS, Département des maladies infectieuses, juin 2003
  5. a et b Y-J Golvan, Eléments de parasitologie médicale, Flammarion, (ISBN 2-257-12589-4), p. 144-145.
  6. (en) Torgerson P. & Claxton J. (1999) « Epidemiology and Control » In: Dalton J. P. (ed.) Fasciolosis. CAB International, Wallingford, p.  113-149.
  7. (en) « First report of larval stages of Fasciola hepatica in a wild population of Pseudosuccinea columella from Cuba and the Caribbean », Journal of Helminthology, 2011, 85 (1), p. 109-111
  8. C. Denis, « Douve du foie », La Revue du Praticien - Médecine Générale, no 332,‎ , p.31-37
  9. P. Bourée, « La grande douve du foie », Le Concours Médical,‎ , p.665-672
  10. a et b P. Bourée, « Aspect actuel des distomatoses », La Revue du Praticien - Médecine Générale, no 893,‎ , p.30

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]