Enclos Saint-Laurent

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L'enclos Saint-Laurent (en haut) et le quartier environnant en 1705.

L'enclos Saint-Laurent est le nom d'un emplacement sur lequel se tenait autrefois la foire Saint-Laurent, à Paris. Il était situé au nord de la rue Saint-Laurent, de la rue du Faubourg-Saint-Denis à la rue du Faubourg-Saint-Martin, entre l'église Saint-Laurent de Paris et l'actuelle gare de l'Est et dépendait alors de la maison Saint-Lazare.

Avant de s'appeler « arrondissement de l'Entrepôt », le 10e arrondissement a porté le nom d'arrondissement de « l'enclos-Saint-Laurent[1] ».

La première foire dite Saint-Lazare ou Saint-Ladre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Enclos Saint-Lazare.

Au XIIe siècle, une foire est accordée aux lépreux de Saint-Lazare par le roi de France Louis VI le Gros. Cette foire, dite « Saint-Lazare » ou « Saint-Ladre », connaitra un développement important et Philippe Auguste la rachète vers 1181[2] ou 1183[3] pour la transférer aux Champeaux ; ce qui sera à l'origine des Halles de Paris[4].

En dédommagement de ce transfert, le roi Philippe Auguste autorise la léproserie de Saint-Lazare, installée au nord du faubourg Saint-Denis, à ouvrir une foire « d'un jour » à proximité de l'enclos Saint-Laurent[2].

La deuxième foire dite Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

En 1661, les prêtres de la Mission reprennent la gestion de la foire et développent celle-ci, ils installent cette foire entre Saint-Lazare et les Récollets, toujours dans l'enclos Saint-Laurent[3], et l'entourent de murs sur une superficie de 5 arpents, soit environ 2,5 hectares.

La foire durait alors trois mois, de juillet à septembre[2] ; elle prendra le nom de « foire Saint-Laurent ».

Le théâtre de la foire Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

Voir plus de détails dans la section « Le Théâtre de la foire à la foire Saint-Laurent » de la page « Théâtre de la foire »
Le théâtre de la foire Saint-Laurent (1768).
« De leurs travaux naîtra leur gloire. » Revers d'un jeton de la loge des Neuf Sœurs à l'effigie de Benjamin Franklin (1783).

Dès le XVIIe siècle, le théâtre de la foire se développe, à la foire Saint-Germain en hiver et à la foire Saint-Laurent en été, attirant des auteurs renommés[5].

Un théâtre en dur y sera installé.

En 1743, Adolphe Blaise est chef de l'orchestre de la Foire Saint-Laurent.

C'est à la foire Saint-Laurent qu'on joue les premiers vaudevilles de Louis Anseaume[6] (1721-1784), dont Le Boulevard (Anseaume / Farin de Hautemer) en 1753[7] et La Veuve indécise (Anseaume / Vadé) en 1759[8], Charles-Simon Favart[6] (1710-1792) dont L'Amour au village (Carolet / Favart) en 1752[9], Louis Fuzelier[6] (1672/1674-1752) dont Homère juge en [10] ?, Colombine bohémienne ou Fourbine, en 1713[10], La Revue des amours en 1718[9], La Rencontre des opéras en 1723[9], Télégone Arlequin en 1727[9] et Le Départ de l'Opéra-Comique (Panard / Fuzelier) en 1750[9], Alain-René Lesage[6] (1668-1747) dont Les Arrêts de l'amour (Orneval / Lesage / Aubert) et Arlequin aux antipodes en 1716[10] et La Bazoche du Parnasse en 1738[11], Jacques-Philippe d'Orneval[6] (?-1766) dont Les Arrêts de l'amour (Orneval / Lesage / Aubert) en 1716[10], Charles-François Panard[6] (1689-1765) dont Le Départ de l'Opéra-Comique (Panard / Fuzelier) en 1750[9], Alexis Piron[6] (1689-1773) dont Le P (pucelage) ou la rose, ou Les Fêtes (jardins) de l'hymen en 1726[9], Jean-Joseph Vadé[6] (1720-1757) dont La Veuve indécise (Anseaume / Vadé) en 1759[8] et La Pipe cassée en 1778[9].

On citera aussi Michel-Jean Sedaine dont Le Diable à quatre ou La double métamorphose est représenté pour la première fois à la foire Saint-Laurent en 1756[12],[7], L’Huître et les Plaideurs ou Le tribunal de la chicane est représenté pour la première fois à la foire Saint-Laurent en 1759[7] et On ne s’avise jamais de tout est représenté pour la première fois à la foire Saint-Laurent en 1761[7].

C'est sur les tréteaux des théâtre de la foire de Saint-Laurent et de Saint-Germain qu'est né l'opéra-comique[13].

En 1752, Jean Monnet directeur de l'Opéra-Comique fait construire un théâtre, le théâtre Jean-Monnet, à l'intérieur de la foire Saint-Laurent[14], c'est François Boucher qui peint le décor intérieur de ce théâtre[15].

En 1781 est installé par Regnard de Pleinchesne à la foire Saint-Laurent un établissement appelé la « Redoute chinoise », qui réunit dans un même local divers genres d'amusements : des jeux de toutes sortes, de campagne, de bague[16], de galet, des roues de fortune et des balançoires et propose également un jardin avec des chanteurs de rues, un café, un restaurant et un salon de danse[17].

En mai 1783, une « fête académique, donnée, par extraordinaire, à l'occasion de la paix[18] » est organisée à la Redoute chinoise, foire Saint-Laurent, par la loge des Neuf Sœurs en présence de Benjamin Franklin, ministre plénipotentiaire des États Unis de l'Amérique et membre de la loge.

À cette occasion un jeton sera frappé par la loge à l'effigie de Benjamin Franklin[19].

Le clos Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

Voir plus de détails dans la section « Le lotissement et l'urbanisation du XVIIIe au XXe siècle » de la page « Enclos Saint-Lazare »
Sur l'emplacement de l'ancien enclos Saint-Laurent : la gare de l'Est, le boulevard de Strasbourg et l'église Saint-Laurent (2006).

La foire Saint-Laurent est supprimée lors de la Révolution qui criera au scandale de mœurs.

Le terrain restera en friche jusqu'en 1826, année où la baronne de Bellecôte tracera deux voies nouvelles à travers le terrain, la rue Neuve-Chabrol, devenue la rue du 8-Mai-1945, et la rue du Marché-Saint-Laurent, tandis qu'un marché à comestibles, le marché Saint-Laurent dit « marché de comestibles et foire perpétuelle Saint-Laurent », est construit en 1835[2].

Dans les années 1840, la construction de la gare de l'Est et le percement du boulevard de Strasbourg font disparaître les traces de l'enclos Saint-Laurent.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bulletin des lois de l'Empire français, vol. 14, p. 751
  2. a, b, c et d Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844-1849, p. 367-368.
  3. a et b [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2029704 Eugène Pottet, Histoire de Saint-Lazare (1122-1912), 1re éd., 1912, chapitre 1 : « Origines de Saint-Lazare ».
  4. Paris à l'époque de Philippe Auguste, les halles.
  5. J.-A. Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours… ornée de gravures représentant divers plans de Paris, ses monuments et édifices principaux, t. 8, p. 161-165.
  6. a, b, c, d, e, f, g et h Histoire de la musique en France depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (1860), p. 174.
  7. a, b, c et d César, « Foire Saint-Laurent, foire Saint-Laurent, Paris France (1751 …) », César (consulté le 11 avril 2010).
  8. a et b César, « Théâtre de Monnet (Opéra-Comique à la foire Saint-Laurent), Paris », César (consulté le 11 avril 2010).
  9. a, b, c, d, e, f, g et h César, « Foire Saint-Laurent, Paris France », César (consulté le 11 avril 2010).
  10. a, b, c et d César, « Foire Saint-Laurent, foire Saint-Laurent, Paris France », César (consulté le 11 avril 2010).
  11. César, « Foire Saint-Laurent, foire Saint-Laurent, Paris France (1736 …) », César (consulté le 11 avril 2010).
  12. Le Diable à quatre, ou La double métamorphose, opéra-comique en 3 actes, par M. S..
  13. Philippe Vendrix, L'Opéra-Comique en France au XVIIIe siècle, « Les foires et les débuts de l'opéra comique », p. 29 et suivantes.
  14. Journal des économistes. Revue de la science économique et de la statistique, p. 367.
  15. « Cours d'histoire de l'art », (consulté le 11 avril 2010).
  16. Jeu de bague, redoute chinoise à paris : (dessin), Francesco Bettini.
  17. « page 304 - Redoute chinoise » (consulté le 11 avril 2010).
  18. Guillaume Imbert de Boudeaux et Paule Adamy, Recueil de lettres secrètes, année 1783, p. 232.
  19. Descriptif du jeton de la loge des Neuf Sœurs à l'effigie de Benjamin Franklin, 1783.