Enclos Saint-Laurent

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Laurent.
L'enclos Saint-Laurent (en haut) et le quartier environnant en 1705

L'enclos Saint-Laurent est le nom d'un emplacement sur lequel se tenait autrefois la foire Saint-Laurent, à Paris. Il était situé au nord de la rue Saint-Laurent, de la rue du Faubourg-Saint-Denis à la rue du Faubourg-Saint-Martin, entre l'Église Saint-Laurent de Paris et l'actuelle gare de l'Est et dépendait alors de la maison Saint-Lazare.

Avant de s'appeler arrondissement de l'Entrepôt, le 10e arrondissement a porté le nom d'arrondissement de l'Enclos-Saint-Laurent[1].

La première foire dite Saint-Lazare ou Saint-Ladre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Enclos Saint-Lazare.

Au XIIe siècle une foire est accordée aux lépreux de Saint-Lazare par le roi de France Louis VI le Gros. Cette foire, dite Saint-Lazare ou Saint-Ladre, connaitra un développement important et Philippe-Auguste la rachète vers 1181[2] ou 1183[3] pour la transférer aux Champeaux, cela sera à l'origine des Halles de Paris[4].

En dédommagement de ce transfert le roi Philippe-Auguste autorise la léproserie de Saint-Lazare, installée au nord du faubourg Saint-Denis, à ouvrir une foire « d'un jour » à proximité de l'enclos Saint-Laurent[2].

La deuxième foire dite Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

En 1661, les prêtres de la Mission reprennent la gestion de la foire et développent celle-ci, ils installent cette foire entre Saint-Lazare et les Récollets, toujours dans l'enclos Saint-Laurent[3], et l'entourent de murs sur une superficie de 5 arpents soit environ 2,5 hectares.

La foire durait alors trois mois, de juillet à septembre[2] et prendra le nom de foire Saint-Laurent.

Le théâtre de la foire Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

Voir plus de détails dans la section « Le Théâtre de la foire à la foire Saint-Laurent » de la page « Théâtre de la foire »
Le théâtre de la foire Saint-Laurent, 1768
« De leurs travaux naîtra leur gloire. » Revers d'un jeton de la loge des Neuf Sœurs à l'effigie de Benjamin Franklin, 1783

Dès le XVIIe siècle le théâtre de la foire se développe, à la foire Saint-Germain en hiver et à la foire Saint-Laurent en été, attirant des auteurs renommés[5].

Un théâtre en dur y sera installé.

En 1743 Adolphe Blaise est chef de l'orchestre de la Foire Saint-Laurent.

C'est à la foire Saint-Laurent qu'on joue les premiers vaudevilles de Louis Anseaume[6] (1721-1784) dont Le Boulevard (Anseaume / Farin de Hautemer) en 1753[7] et La Veuve indécise (Anseaume / Vadé) en 1759[8], Charles-Simon Favart[6] (1710-1792) dont L'Amour au village (Carolet / Favart) en 1752[9], Louis Fuzelier[6] (1672/1674-1752) dont Homère juge en [10]?, Colombine bohémienne ou fourbine en 1713[10], La Revue des amours en 1718[9], La Rencontre des opéras en 1723[9], Télégone Arlequin en 1727[9] et Le Départ de l'Opera-Comique (Panard / Fuzelier) en 1750[9], Alain-René Lesage[6] (1668-1747) dont Les Arrêts de l'amour (Orneval / Lesage / Aubert) et Arlequin aux antipodes en 1716[10] et La Bazoche du Parnasse en 1738[11], Jacques-Philippe d'Orneval[6] (?-1766) dont Les Arrêts de l'amour (Orneval / Lesage / Aubert) en 1716[10], Charles-François Panard[6] (1689-1765) dont Le Départ de l'Opera-Comique (Panard / Fuzelier) en 1750[9], Alexis Piron[6] (1689-1773) dont Le P (pucelage) ou la rose, ou les fêtes (jardins) de l'hymen en 1726[9], Jean-Joseph Vadé[6] (1720-1757) dont La Veuve indécise (Anseaume / Vadé) en 1759[8] et La Pipe cassée en 1778[9]

On citera aussi Michel-Jean Sedaine dont Le Diable à quatre ou la Double métamorphose est représenté pour la première fois à la Foire Saint-Laurent en 1756[12],[7], L’Huître et les plaideurs ou le Tribunal de la chicane est représenté pour la première fois à la Foire Saint-Laurent en 1759[7] et On ne s’avise jamais de tout est représenté pour la première fois à la Foire Saint-Laurent en 1761[7].

C'est sur les tréteaux des théâtre de la foire de Saint-Laurent et de Saint-Germain qu'est né l'opéra-comique[13].

En 1752 Jean Monnet directeur de l'Opéra-Comique fait construire un théâtre, le théâtre Jean-Monnet, à l'intérieur de la foire Saint-Laurent[14], c'est François Boucher qui peint le décor intérieur de ce théâtre[15].

En 1781 est installé par Regnard de Pleinchesne à la foire Saint-Laurent un établissement appelé la « Redoute Chinoise » qui réunit dans un même local divers genres d'amusements : des jeux de toutes sortes, de campagne, de bague[16], de galet, des roues de fortune et des balançoires et propose également un jardin avec des chanteurs de rues, un café, un restaurant et un salon de danse[17].

En mai 1783 une « Fête Académique, donnée, par extraordinaire, à l'occasion de la paix »[18] est organisée à la Redoute Chinoise, foire Saint-Laurent, par la loge des Neuf Sœurs en présence de Benjamin Franklin, ministre plénipotentiaire des États Unis de l'Amérique et membre de la loge.

À cette occasion un jeton sera frappé par la loge à l'effigie de Benjamin Franklin[19].

Le clos Saint-Laurent[modifier | modifier le code]

Voir plus de détails dans la section « Le lotissement et l'urbanisation du XVIIIe au XXe siècle » de la page « Enclos Saint-Lazare »
Sur l'emplacement de l'ancien enclos Saint-Laurent : la gare de l'Est, le boulevard de Strasbourg et l'église Saint-Laurent, 2006)

La foire Saint-Laurent est supprimée lors de la Révolution qui criera au scandale de mœurs.

Le terrain restera en friche jusqu'en 1826, année où la baronne de Bellecôte tracera deux voies nouvelles à travers le terrain, la rue Neuve-Chabrol, devenue la rue du 8-Mai-1945, et la rue du Marché-Saint-Laurent, tandis qu'un marché à comestibles, le marché Saint-Laurent dit « marché de comestibles et foire perpétuelle Saint-Laurent », est construit en 1835[2].

Dans les années 1840, la construction de la gare de l'Est et le percement du boulevard de Strasbourg font disparaître les traces de l'enclos Saint-Laurent.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bulletin des lois de l'Empire français, Volume 14 (p. 751)
  2. a, b, c et d Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments par Félix Lazare,... et Louis Lazare,... 1844-1849 (p. 367/368)
  3. a et b Histoire de Saint-Lazare (1122-1912) (1e éd.) / Eugène Pottet 1912(chapitre 1 - Origines de Saint-Lazare)
  4. Paris à l'époque de Philippe Auguste - les halles
  5. Histoire physique, civile et morale de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours. T. 8 / ... ornée de gravures représentant divers plans de Paris, ses monuments et édifices principaux ; par J.-A. Dulaure,... (p. 161/165)
  6. a, b, c, d, e, f, g et h Histoire de la musique en France depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (1860) (p. 174)
  7. a, b, c et d CÉSAR, « Foire Saint-Laurent, Foire Saint-Laurent Paris France (1751 ...) », CÉSAR (consulté le 11 avril 2010)
  8. a et b CÉSAR, « Théâtre de Monnet (Opéra-Comique à la Foire Saint-Laurent), Paris », CÉSAR (consulté le 11 avril 2010)
  9. a, b, c, d, e, f, g et h CÉSAR, « Foire Saint-Laurent, Paris France », CÉSAR (consulté le 11 avril 2010)
  10. a, b, c et d CÉSAR, « Foire Saint-Laurent, Foire Saint-Laurent Paris France », CÉSAR (consulté le 11 avril 2010)
  11. CÉSAR, « Foire Saint-Laurent, Foire Saint-Laurent Paris France (1736 ...) », CÉSAR (consulté le 11 avril 2010)
  12. Le diable à quatre, ou La double métamorphose, opéra-comique en 3 actes, par M. S.
  13. L'Opéra-comique en France au XVIIIè siècle Par Philippe Vendrix Les foires et les débuts de l'opéra comique (p. 29 et suivantes)
  14. Journal des économistes: revue de la science économique et de la statistique (p. 367)
  15. « Cours d'histoire de l'art »,‎ (consulté le 11 avril 2010)
  16. Jeu de bague, redoute chinoise à paris : (dessin) / Francesco Bettini
  17. Les Spectacles de la foire d'Émile Campardon (1877) - DOCUMENTS INÉDITS RECUEILLIS AUX ARCHIVES NATIONALES, « page 304 - Redoute Chinoise » (consulté le 11 avril 2010)
  18. Recueil de lettres secrètes: année 1783 Par Guillaume Imbert de Boudeaux,Paule Adamy (p. 232)
  19. descriptif du jeton de la loge des Neuf Sœurs à l'effigie de Benjamin Franklin, 1783