Domenico Lucano

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Domenico Lucano
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Fonction
Maire
Riace
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Mimmo LucanoVoir et modifier les données sur Wikidata
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Domenico Lucano (dit Mimmo Lucano), né le à Melito di Porto Salvo, est un homme politique italien, sympathisant communiste et ancien maire de Riace, en Calabre. Il se fait connaître pour ses positions favorables à l’accueil des migrants, dont la mise en œuvre redonne vie à Riace dans les années 2000, au prix de certains contournements de la loi (mais aucun enrichissement personnel) qui entrainent en 2021 sa condamnation à une peine largement considérée comme disproportionnée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Domenico Lucano est né à Melito di Porto Salvo, mais déménage rapidement à Riace. Exerçant l'emploi de professeur et sympathisant communiste[1], il commence à militer pour les droits de l'homme dès les années 1990 et devient maire de Riace en 2004 et est réélu en 2009[2].

Il acquiert une notoriété en proposant une politique d’accueil ambitieuse des migrants dans le village, cette politique ayant déjà commencé en 1988 avec l’accueil d'une centaine de kurdes[3]. À cet effet, il emprunte auprès d'une banque éthique pour la rénovation de logements vacants, une centaine de maisons, permettant l'installation des migrants[4].

L’accueil des migrants, 600 en 2018 pour une population d'environ 2 000 habitants, a eu pour effet de revivifier le village, aussi bien économiquement que démographiquement[5]. En effet, dès l'été 1998, les activités du village de Riace déserté dès la fin du XIXe siècle par ses habitants, partis au nord pour trouver du travail font l'objet d'un film documentaire, Un village de Calabre, de Shu Aiello et Catherine Catella sorti en 2016[6]. Le maire accueille les migrants, les maisons sont restaurées, l'école rouvre, les petits commerces réapparaissent et les habitants, originaires d'ici ou d'ailleurs, y vivent désormais en paix[5].

Dès 2016, le maire et son village font cependant face à des difficultés économiques : les aides économiques du Centre d’accueil extraordinaire (CAS) sont coupées et en 2018, avec l'arrivée au ministère de l'Intérieur de Matteo Salvini en Italie, les aides du Système de protection pour demandeurs d’asile et réfugiés (Sprar) sont menacées[7]. Afin de protester contre ces coupes financières, le maire entame notamment des épisodes de grèves de la faim[8]. Le , il est arrêté et placé en arrêt. Il est soupçonné d’aide à l’immigration clandestine, d’irrégularités dans l'attribution de financements pour le ramassage des ordures à Riace et d'organisation de mariages blancs entre les habitants du village et des migrants[1]. Il doit s'exiler[9].

Le 5 septembre 2019, après 11 mois d'interdiction de séjour dans sa commune de Riace, l'ancien maire obtient la révocation de cette décision de justice contre l'avis du procureur, et retourne vivre dans son village[10].

En septembre 2021, il est condamné à 13 ans de prison, pour avoir organisé des mariages blancs pour des femmes déboutées du droit d’asile, et attribué des marchés, sans appel d’offres, à des coopératives liées aux migrants. Il doit également restituer 500 000 euros de financements européens. Ses avocats ont annoncé qu’ils feront appel du jugement[11],[5]. Le quotidien de centre gauche La Repubblica prend la défense de l'ancien maire, « Lucano est un rêveur, qui a probablement signé des papiers qu’il ne devait pas signer. Son histoire est aussi celle d’un projet qui était en train de fonctionner, une utopie utile. La Calabre perd 15 000 habitants tous les ans, mais Lucano avait fait de Riace un endroit vivant, où le travail se développait. »[12], tandis que le quotidien de droite Il Giornale estime que « la condamnation de Lucano devrait mettre un terme à la propagande progressiste en faveur du ‘modèle Riace’ »[13],[14].

Lucano explique[15]:

« J’assume d’être sorti de la légalité, mais la légalité et la justice sont deux choses différentes. La légalité est l’instrument du pouvoir et le pouvoir peut être injuste. »

Un "appel" a été lancé à Paris le 17 novembre 2021 par un collectif de militants à la Bourse du Travail en présence de Mimmo Lucano et de nombreux intervenants français et italiens autour du thème "La solidarité n'est pas un délit"[15].

Distinction[modifier | modifier le code]

En 2016, Domenico Lucano a été listé par le magazine Fortune comme l'une des personnalités les plus importantes de la planète (World Greatest Leaders)[16]. Il a reçu le prix Dresde pour la paix en 2017.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Margherita Nasi et Jérôme Gautheret, « En Italie, le maire « promigrants » de la ville de Riace arrêté », sur Le Monde.fr, (consulté le ).
  2. (en) Angela Giuffrida, « In Italy’s ‘hospitality town’, migrants fight to save mayor who gave them a new home », sur the Guardian, (consulté le ).
  3. Salvatore Aloïse - Riace Envoyé spécial, « Dans le sud de l'Italie, un village déserté reprend vie en accueillant des immigrés », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
  4. Maryline Baumard, « Migrants : Calabre, le front du refuge », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
  5. a b et c Nejma Brahim, « Italie : l’ex-maire de Riace condamné à 13 ans de prison », sur Mediapart, (consulté le )
  6. « Un village de Calabre de Shu Aiello, Catherine Catella - (2016) - Film - Film documentaire », sur Télérama.fr (consulté le ).
  7. Margherita Nasi, « En Italie, Salvini menace l’utopie migratoire du village de Riace », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
  8. (en) « In Italy’s ‘hospitality town’, migrants fight to save mayor who gave them a new home », sur the Guardian, (consulté le )
  9. « Lucano, le maire italien qui accueillait les réfugiés, condamné à l’exil », sur Courrier international, (consulté le )
  10. (it) Mimmo Lucano riabbraccia Riace dopo 11 mesi: “Oggi sono tornato a casa, ma anche Salvini”, ilfattoquotidiano.it, 6 septembre 2019
  11. Italie : 13 ans de prison pour un ex-maire calabrais, figure de l’accueil des migrants, sudouest.fr, 30 septembre 2021
  12. (it) « Mimmo Lucano, il sindaco che "voleva essere umano" in una terra dove tutto cade a pezzi », sur la Repubblica, (consulté le )
  13. (it) « Affonda il modello finto buonista osannato dalla sinistra », sur ilGiornale.it, (consulté le )
  14. « Italie. Domenico Lucano, maire héros de l’intégration des migrants, condamné à treize ans de prison », sur Courrier international, (consulté le )
  15. a et b « Domenico Lucano, l’ex-maire qui avait accueilli des migrant dans sa ville en Calabre, attend son procès en appel à Paris », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. (en) « The World’s 50 Greatest Leaders », sur Fortune, (consulté le ).