Dame rouge de Paviland

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à gauche : le squelette vu depuis les pieds. à droite : le squelette vu depuis la tête.
Goat's Hole Cave, la grotte de la découverte. Illustration publiée dans l'ouvrage de William Buckland en 1824 (Reliquiae Diluvianae; or, observations on the organic remains contained in caves, fissures, and diluvial gravel, and on other geological phenomena, attesting the action of an universal deluge. John Murray, London (2. Aufl. 1824, pp. 83 ff)).

La Dame rouge de Paviland (en anglais Red Lady of Paviland) est un squelette masculin pratiquement complet d'un jeune homme datant du Paléolithique supérieur teint d'ocre rouge. Découvert en 1823, il s'agit de la plus ancienne découverte de restes appartenant à un homme fossile, qui fut rapidement identifiée comme telle. Datant de 33 000 ans, il s'agit aussi de la plus ancienne inhumation d'un homme anatomiquement moderne (Homo sapiens) découverte en Europe occidentale[1].

Les ossements furent découverts entre le 18 et le 25 janvier 1823 par William Buckland au cours d'une campagne archéologique à Goat's Hole Cave (Grotte du Trou de la Chèvre), l'une des cavernes calcaires situées entre Port Eynon et Rhossili, sur la Péninsule de Gower, sur la côte sud du Pays de Galles, au Royaume-Uni[2].

Buckland pensait que ces restes étaient ceux d'une femme datant de l'époque romaine. Des analyses complémentaires mirent au contraire en évidence qu'il s'agissait de la dépouille d'un jeune homme. En 2009, une datation par le carbone 14 a montré que le squelette a 33 000 ans[3].

Historique de la découverte[modifier | modifier le code]

En 1822, Daniel Davies et John Davies, respectivement chirurgien et vicaire anglican à Port Eynon sur la côte sud du Pays de Galles, explorèrent une caverne et y trouvèrent des ossements d'animaux, dont une défense de mammouth. La famille Talbot de Penrice Castle en fut informée, et Miss Mary Theresa Talbot, alors la plus âgée des filles non mariées, se joignit à une expédition sur le site et y trouva des ossements considérés alors comme des os d'éléphant le 27 décembre 1822.

William Buckland, professeur de géologie à l'Université d'Oxford et correspondant avec cette famille, fut contacté. Il arriva sur place le 18 janvier 1823 et passa une semaine à Goat's Hole, semaine au cours de laquelle la découverte eut lieu[4].

Plus tard au cours de cette même année, en écrivant à propos de cette découverte dans son ouvrage Reliquiae Diluvianae (Reliques du Déluge), William Buckland expliquait :

« J'ai trouvé le squelette sous une couche d'ocre […] qui colorait la terre, et ce à certains endroits jusqu'à une distance d'environ un demi-pouce [12 mm] autour des ossements… À proximité des os de la taille où se porte généralement une sacoche se trouvaient également deux poignées de coquilles de bigorneaux (Nerita littoralis) entourés d'ocre. Ailleurs sur le squelette, l'on pouvait voir en contact avec les côtes une quarantaine ou une cinquantaine de fragments de bâtonnets d'ivoire, et divers anneaux faits de ce même ivoire et trouvés avec ces bâtonnets… Tant les bâtonnets que les anneaux, de même que les coquilles de bigorneaux, étaient teints en surface de rouge, et reposaient dans la même matière rouge qui enveloppait les os. »

Quand Buckland découvrit en premier le squelette en 1823[5], il se trompa sur l'ancienneté et le sexe du sujet. En tant que créationniste[6], Buckland pensait qu'aucun reste humain ne pouvait être antérieur au Déluge biblique, ce qui conduisit à une sous-estimation importante de l'ancienneté de ces restes humains, soit la période romaine selon Buckland[7]. Buckland pensait que le squelette était celui d'une femme en grande partie à cause de la présence des éléments décoratifs, dont des coquillages perforés comme pendentifs et les bijoux d'ivoire qu'il pensait être d'éléphant, et non pas de mammouth[8]. Ces éléments décoratifs et la peinture rouge présente sur le squelette le conduisirent à penser que le squelette était celui d'une prostituée ou d'une sorcière romaine.

Vestiges archéologiques[modifier | modifier le code]

Il a été établi depuis que le squelette de la « Dame » était celui d'un homme, probablement âgé de moins de 21 ans. Ce sont les restes les plus anciens d'homme moderne trouvés au Royaume-Uni, de même que la plus ancienne inhumation d'Europe occidentale. Le squelette fut trouvé à proximité d'un crâne de mammouth, qui a depuis été perdu. Le plus ancien homme fossile suivant de Grande-Bretagne est l'homme de Cheddar, beaucoup plus récent (environ 10 000 ans BP) et postérieur à la Dernière glaciation[8].

À l'époque où une seconde campagne de fouille fut entreprise dans les environs de Paviland en 1912, il fut reconnu par comparaison avec d'autres découvertes faites en Europe que les restes trouvés en 1823 dataient de l'époque paléolithique ; étant donné que la méthode de datation par le carbone 14 ne fut inventée que dans les années 1950, il n'y avait pas de méthode fiable pour déterminer l'âge de restes préhistoriques[4]. Les premières tentatives de datation se basant sur le radiocarbone avaient tendance à sous-estimer l'âge des restes, et l'amélioration de la méthode permit de donner des résultats plus précis, ce qui repoussa sensiblement l'âge estimé du squelette de la Dame rouge de Paviland.

Dans les années 1960, Kenneth Oakley publia une première datation de la Dame rouge qui était d'environ 18 460 ± 340 années BC[4]. Les mesures réalisées en 1989 et 1995 donnèrent un âge de 26 350 ± 550 ans (OxA-1815), correspondant au milieu du Paléolithique supérieur. En 2007, un nouvel examen des restes par Thomas Higham de l'Université d'Oxford et Roger Jacobi du British Museum donnait un âge de 29 000 ans[9].

En 2009, une recalibration de ces derniers tests permit d'aboutir à un âge d'environ 33 000 ans. Bien que maintenant située sur la côte, la caverne se trouvait à l'époque de l'inhumation à environ 110 km de celle-ci, surplombant une plaine. Lorsque les restes furent datés de 26 000 ans, l'on pensait que la « Dame rouge » vivait à l'époque où une calotte glaciaire recouvrait en partie les îles Britanniques, à la période glaciaire la plus récente appelée Devensien. Le site aurait alors présenté un aspect proche de l'actuelle Sibérie, avec un maximum probable de 10°C en été, −20° en hiver, et une végétation de toundra. La dernière datation suppose dorénavant une période plus tempérée.

L'analyse des os et des protéines indique que le régime de la « Dame » comportait entre 15 et 20 % de poisson, ce qui indique notamment par rapport à la distance de l'océan, que le groupe humain dont il faisait partie était semi-nomade ou que le corps a été transporté dans la région spécifiquement pour son inhumation. Le menu devait également comporter du mammouth, du rhinocéros laineux et du renne.

Quand le squelette fut découvert, le Pays de Galles ne disposait pas de musée susceptible de l'accueillir. Il fut envoyé à l'Université d'Oxford, où Buckland était professeur. En décembre 2007, il fut prêté pour une année au National Museum Cardiff. Les fouilles entreprises après l'exhumation du squelette permirent la découverte de quelque 4 000 vestiges de silex, dents et os, aiguilles et bracelets, visibles au Swansea Museum et au National Museum à Cardiff.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Isotopic evidence for the diets of European Neanderthals and early modern humans
  2. (en) « Ancient skeleton was 'even older' », BBC News website, BBC, (consulté le 29 décembre 2010)
  3. (en) « Out of Africa: modern human origins special feature: isotopic evidence for the diets of European Neanderthals and early modern humans », Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A., vol. 106, no 38,‎ , p. 16034–9 (PMID 19706482, PMCID 2752538, DOI 10.1073/pnas.0903821106)
  4. a, b et c (en) Paviland Cave
  5. Sommer, Marianne Bones and ochre: the curious afterlife of the Red Lady of Paviland (2007) p. 1
  6. William Buckland www.oum.ox.ac, consulté le 3 août 2008
  7. Stephen Aldhouse-Green et Simon Denison (dir.), « Great Sites: Paviland Cave », British Archaeology, Council for British Archaeology, no 61,‎ (ISSN 1357-4442, lire en ligne)
  8. a et b Sykes, Bryan, Blood of the Isles pages 15-17 (Bantam, 2006)
  9. Jacobi, R.M and Higham, T.F.G: « The Red Lady ages gracefully: New Ultrafiltration AMS determinations from Paviland, », Journal of Human Evolution, 2008.

Lecture complémentaires[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]