Dégagisme

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Photo prise le 14 janvier 2011, quelques heures avant le départ du président Ben Ali, lors de la révolution tunisienne.

Le « dégagisme » est un néologisme politique fondé à partir du verbe « dégager » et popularisé à partir de 2011 lors du Printemps arabe. Il tire en réalité son origine du mouvement de protestation - né au sein de la diaspora congolaise en 2010[1] à partir de l’opposant Eric Mulalu[2] - visant à faire " dégager "[3] Joseph Kabila, ancien président en exercice. Il est utilisé en politique pour demander l'éviction, par la force ou non, de la ou des personnes détenant le pouvoir, sans volonté de le reprendre, conduisant ainsi à une vacance du pouvoir. Il vise dans certains cas à générer une réflexion autour de la notion de pouvoir pendant la période de vacance sans pour autant réclamer qu'une nouvelle personne ne prenne le pouvoir[4].

Définition[modifier | modifier le code]

Laurent d'Ursel, membre du collectif belge Manifestement, définit le « dégagisme » comme « dire à celui qui a le pouvoir de partir sans dire qu’il y a mieux, sans vouloir être à sa place. Simplement dire « dégage » et assumer le risque du vide, contempler ce vide, voir ce qui se passe avec ce vide. »

Il distingue aussi le concept de « dégagisme » de celui d'anarchisme : « l’anarchie, c’est un truc petit bourgeois, on croit que l’on peut se passer de tout, que l’anarchie est viable, ce qui est un mythe. Ici, il n’y a pas rien, il y a le vide[5]. »

Utilisations[modifier | modifier le code]

La notion de "dégagisme" apparaît en 2010 par Eric Mulalu, opposant à la politique du gouvernement congolais. A quelques mois des élections de 2011, en mars 2010, dans une vidéo[6] qu'Eric Mulalu adresse à Joseph Kabila, il invite ce dernier à ''dégager''. Le slogan ''Kabila Dégage'' devient alors populaire au sein de l'opposition congolaise qui le scande lors de diverses manifestations et marches.

Une femme portant une pancarte avec les inscriptions « Dégagez, dégagez et soyez tranquilles, le chaos partira avec vous, dégagez, dégagez ». Photo prise au cours de la Révolution égyptienne de 2011.

Le néologisme est pour la première fois utilisé en Tunisie en 2011 au cours du Printemps arabe et fait référence aux injonctions « Dégage ! » lancée dans les manifestations hostiles au président Ben Ali[4],[7].

Le , le gouvernement Di Rupo met fin à 482 jours de vacance du pouvoir (un record dans le monde). C'est dans ce contexte politique particulier qu'est théorisé le « dégagisme »[8].

En , le néologisme est utilisé par Jean-Luc Mélenchon et des cadres dirigeants du Front de gauche pour saluer le résultat des primaires de la gauche et la défaite de Manuel Valls[9],[10]. Pour Damon Mayaffre, « le macronisme électoral est une version polie et républicaine du dégagisme ambiant qui marque la France sinon le monde contemporain »[11].

Critiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. MULALU, « CARTON ROUGE "KABILA DÉGAGE" du 15 MARS 2010 : MINUTE 5.33 à 6.06 », (consulté le 5 avril 2019)
  2. Click 4 Corp, « Parcours », sur RDC (consulté le 5 avril 2019)
  3. La Tribune Franco-Rwandaise, « RDC : Paris aux cris de "Kabila dégage !" (vidéo) », sur LA TRIBUNE FRANCO-RWANDAISE (consulté le 5 avril 2019)
  4. a et b William Audureau, « Qu’est-ce que le « dégagisme » de Jean-Luc Mélenchon ? », sur lemonde.fr, (consulté le 30 janvier 2017)
  5. Olivier Mouton, « Ces Belges qui ont inventé le « dégagisme » », sur lesoir.be, (consulté le 30 janvier 2017)
  6. MULALU, « CARTON ROUGE "KABILA DÉGAGE" du 15 MARS 2010 : MINUTE 5.33 à 6.06 », (consulté le 9 avril 2019)
  7. Akram Belkaïd, « En Tunisie, les ravages du «dégagisme» », sur slateafrique.com, (consulté le 30 janvier 2017)
  8. « MANIFESTE DU DÉGAGISME de Collectif MANIFESTEMENT - MaelstrÖm reEvolution (2011) », sur www.maelstromreevolution.org (consulté le 1er février 2017)
  9. « Alexis Corbière: "il y a un mouvement dégagiste qui traverse puissamment la France" », sur bfmtv.com, (consulté le 30 janvier 2017)
  10. « A quoi fait donc référence le "dégagisme", applaudi par Mélenchon et ses lieutenants après la défaite de Valls ? », sur lci.fr
  11. Damon Mayaffre, « Les mots des candidats, de « allons » à « vertu », dans Pascal Perrineau (dir.), Le Vote disruptif, Paris, Presses de Sciences Po, (lire en ligne), p. 141-142.

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