Couscous connection

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La couscous connection est le nom donné à un trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent qui se déroula pendant les années 1980.

Présentation[modifier | modifier le code]

En janvier 1989, des hommes de la brigade des stupéfiants parisienne reçoivent des informations d'un indicateur quant à l'existence d'un trafic d'héroïne dans les rues du quartier de Belleville[1]. Les filatures conduisent à l'ouverture d'une information judiciaire ouvrant la voie à une surveillance téléphonique qui permet l'identification de Samir Kardi et de sa compagne Rosa Jendoubi[1]. Le 20 avril, celle-ci part s'approvisionner en Belgique et une perquisition menée le lendemain permet la découverte de 180 grammes d'héroïne, d'un faux permis de conduire néerlandais, d'une arme, de reçus de la Caisse d'épargne pour des versements de 85 000 francs français et d'un lot de factures pour des bijoux[1].

D'autres investigations mènent à Rachid Haddad, lui aussi chargé du transport de la marchandise depuis Amsterdam et connu de la brigade, puis à Fathi Oueslati, l'un des frères Roma qui tiennent le marché de la drogue à Belleville[1]. Le 26 février 1990, la brigade identifie Hedi Ben Hassen, qui se trouve être le neveu de Frej Guedoura, alors chef des services spéciaux et de la sécurité nationale tunisienne, et Habib Ben Ali, frère aîné[2] du président de la République tunisienne[1]. C'est à Orly-Sud que Ben Hassen est arrêté mais Ben Ali parvient à quitter le territoire après avoir présenté un passeport diplomatique et fait état de son lien de parenté avec le président[1].

Les troisième et quatrième réseaux tombent avec d'autres collecteurs de fonds. À chaque fois, des quantités d'héroïne de 150 à 500 grammes et des centaines de milliers de francs sont retrouvés[1]. Il sera établi que les fonds rapatriés en Tunisie se retrouvaient dans la comptabilité d'entreprises de matériel informatique et d'articles de sports, de restaurants et de commerces ou placés auprès de banques tunisiennes sans être déclarés[1]. Par ailleurs, des centaines de millions de francs auraient été investis dans l'immobilier et le tourisme de luxe.

Au terme du procès, Habib Ben Ali est condamné par contumace le 30 novembre 1992 à dix ans de prison et à l'interdiction définitive d'accès au territoire français par la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris[3]. Il lui est reproché d'avoir transporté de l'argent provenant d'un trafic international d'héroïne et de cocaïne entre les Pays-Bas, la France et la Tunisie[1],[4] alors que son avocat, Me Jean-Yves Leborgne, dénonce une « manipulation politique » répétant qu'il n'avait « aucune preuve matérielle » que son client ait participé au « blanchiment » d'argent[5]. Celui-ci ne s'étant pas présenté lors de son procès qui avait débuté le 17 novembre[6], il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par Interpol jusqu'à sa mort en 1996.

23 autres personnes, en majorité des Tunisiens, sont également condamnées à des peines diverses[3].

Abdelatif Benismaïl, l'un des frères Roma[modifier | modifier le code]

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Abdelatif Benismaïl, l’un des frères Roma, était dans le tournant des années 80-90 un des patrons d'un trafic de stupéfiant parisien. Créateur d’une grande organisation connue désormais sous le nom de « Couscous connection », ils ont mis en place une filière qui importait en un an une centaine de kilos d’héroïne provenant d’Amsterdam et redistribué dans tout l’Est de Paris.

Le trafic a été démantelé en 1989 et ces Tunisiens « montés à Paris et redescendus en Mercedes » comme le précise l’adage, ont été jugés en 1992. Parmi eux le frère du président tunisien, Habib, fut impliqué.

Fuite[modifier | modifier le code]

Abdelatif Benismaïl, rattrapé par ses démons passés, a été condamné à douze ans de prison ainsi qu’une interdiction de territoire. Il a été expulsé vers la Tunisie en août 1999 une première fois avant de re essayer 6 mois plus tard clandestinement à bord d’un container embarqué pour le port de Marseille. Cependant il fut condamné une nouvelle fois pour une affaire de drogue.

Aujourd’hui, Abdelatif Banismaïl est détenu dans un centre de rétention depuis le 15 février à Palaiseau. L’homme ainsi âgé de 50 ans raconte son passé de criminel et se confie également sur l’implication du frère de président, alias « Moncef », dans la « Couscous connection » : « : «Dès ma descente d'avion, j'étais attendu par la sécurité d'État. J'ai passé 25 jours au ministère de l'Intérieur, avenue Bourguiba. On m'a interrogé, battu, torturé tous les jours. Ils voulaient savoir si j'avais dénoncé le frère du Président.». Sa propre vie étant engagée, Abdelatif Benismaïl n’a jamais dénoncé « Moncef ».

Dénonciation[modifier | modifier le code]

En février 2000 Abdelatif Benismaïl revient clandestinement en France. Ayant élu domicile chez sa compagne grâce à des papiers falsifiés il gagne sa vie en faisant les marchés parisiens. Cependant, la police le suspectant d'avoir repris un trafic de stupéfiants l'arrête en août 2004 dans un café. Abdelatif Benismaïl nie encore aujourd’hui fermement la reprise du trafic de stupéfiant à cette date. Bien que les autorités aient retrouvé sur lui un gramme de cocaïne, ce à a quoi il aurait répondu que c'était pour sa consommation personnelle. Lors du procès reposant sur cette affaire, l'inculpé retrouve son frère Fathi Benismaïl qui était au sein de la « couscous connexion », le cerveau de l'opération.

Un mois après, le 2 février 2004 Abdelatif est de nouveau condamné pour chef d'accusation de trafic de stupéfiants. Il est condamné à deux ans de prison ainsi que d'une nouvelle interdiction de territoire mais cette fois-ci définitive. Le 13 février, le trafiquant de drogue est transféré dans un centre de rétention pour ainsi arriver à la dernière étape : l'expulsion définitive du territoire. Abdelatif Benismaïl refusant catégoriquement ce transfert, il décide juste avant de se taillader le bras et d'avaler des lames de rasoir qui lui entaille le ventre. Il est interné à l'hôpital de Fleury-Mérogis où il est soigné puis retransféré au centre de détention deux jours plus tard. Dans l'attente du consulat tunisien de délivré un passeport pour permettre le transfert à Paris, Abdelatif peut être expulsé d'un moment à un autre à Tunis.

Demande d'asile[modifier | modifier le code]

En mars 2006, le tribunal de Versailles a reçu une demande en référé de mesure d'expulsion d'Abdelatif Banismaïl, ce à quoi le tribunal a répondu défavorablement. Dans les même temps l'association Amnesty International décide de défendre le cas du trafiquant. Abdelatif Benismaïl dans la crainte de retourné a Tunis énonce : « Cette fois-ci, on ne me fera aucun cadeau si je suis expulsé en Tunisie, s'inquiète-t-il. Je me suis enfui, j'ai dénoncé publiquement ce qu'on m'a fait en 1999. Je ne veux pas retourner là-bas. Je ne veux pas »[7].

Le démantèlement[modifier | modifier le code]

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Le point de départ du démantèlement de l'un des plus gros réseaux de trafic de drogue au sein de Paris s'est construit sur un simple renseignement d'indicateur de police.

En janvier 1989, les autorités françaises reçoivent une information capitale qui permettra plus tard l'arrêt de la « Couscous connection » : l'héroïne et la cocaïne qui est en libre circulation à Belleville provient d'Amterdam. Plusieurs filatures se mettent en place qui permettent entre autre le signalement de trois revendeurs ainsi que l’accumulation d'indices préjudiciables. En effet, l'origine des véhicules pris en filature montre que ceux sont toujours des voitures de location payées en espèce. De plus le suivi des véhicules permet l'identification des lieux du trafic. Les déplacements incessants se situe aux alentours de la rue Rouanet, dans le 18e arrondissement, plus précisément près d'un immeuble. Les autorités ayant obtenu un permis de surveillance téléphonique légale acquièrent de plus en plus d'information. En outre de nombreuses prévisions de voyages ainsi que certains noms liés au trafic : Samir Kardi et sa compagne Rosa Jendoubi appelé Samira.  

La première prise[modifier | modifier le code]

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Le 20 avril 1989, Rosa Jendoubi se dirige en direction de Bruxelles, elle attendra cependant la fermeture des postes de frontière de Baisieux afin de rentrer en sécurité en Belgique. Cependant la complice ignorait qu'elle était suivie par la police des stups, certains qu'elle est venue s'approvisionner pour le trafic. Les autorités décident de ne pas intervenir le soir ayant conscience de la mission à haut risque. Le lendemain la police des stups perquisitionne l'appartement situé dans l'immeuble de la rue Rouanet du 18e arrondissement. Cette perquisition s'avère fructueuse puisqu'elle permet d'une part la vérification des lieux mais d'une autre part la saisit de : 180 grammes d'héroïne, un permis de conduire hollandais falsifié, des armes à feu, des reçus de banque permettant l'identification de versement en liquide de plus de 80. 000 francs ainsi qu'un lot de facture portant sur des achats de bijoux toujours en espèce. La hauteur[Quoi ?] de cette perquisition laisse entrevoir un train de vie confortable exercé par Samir et Rosa qu'ils devront expliquer devant le magistrat instructeur.

Persuadés d'avoir démantelé seulement un maillon de la chaîne du trafic de stupéfiant, la police continue ses investigations. Ainsi la reprise des filatures et des renseignements des indicateurs permettent de faire tomber de nouveaux noms. De ce fait, un homme bien connu dans les ficher des services de police connu sous le nom de Tonio Marotti mais qui déclare se nommer Aldo Fontana est arrêté. De plus, un carnet téléphonique un peu spécial est retrouvé dans lequel est mentionné le numéro souligné en rouge d'une personne qui s'avère être très proche d'une haute personnalité politique tunisienne.

Un autre nom apparaît celui de Haddad. Chargé du fret, il ne cesse de faire des allée-retour entre Amsterdam, la Belgique et la France. Toujours à bord de voiture de location payée en espèce il s'occupe du transport de l'héroïne. Cependant ce qu'il ne soupçonnait pas c'est qu'il était sur écoute téléphonique.  

La découverte des frères Roma[modifier | modifier le code]

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Toutes ces investigations ont permis l'arrestation et la découverte d'un bon nombre de suspects affiliés à la « couscous connection ». L'un des moments clé est la découverte d'un des barons de l'organisation. En effet, les multiples perquisitions ont établi un lien avec l'un des frères Roma, un certain Fathi Oueslati. Ce Tunisien est identifié comme faisant partie « des rois de la blanche (l'héroïne) ou du fanta (la cocaïne) » comme les désignent les habitants de Belleville. Un réseau complexe et très structuré se dessine alors et commence a être compris par les investigateurs. Ainsi cette compréhension du réseau a permis plusieurs infiltrations et l'organisation commence peu à peu à coincer. Les importateurs d'héroïne et de cocaïne sont arrêtés à leurs tours. Il ne reste plus qu'à identifier les nombreux revendeurs, les différents transporteurs, les collecteurs de fond et les destinataires. En bref, déterminer tous les rouages de la « Couscous connection ».

Les policiers demeurent cependant toujours dans l'incompréhension du numéro téléphone souligné en rouge dans le carnet téléphonique.

Les policiers décident de faire preuve de précision et donc d’observer plus particulièrement la structure familiale des frères Roma pour ainsi remonter à la tête de l'organisation du trafic de drogue et de blanchiment d'argent. Cette décision est importante puisqu'elle va permettre l'identification d'un trafic relevant d'un domaine international. Les écoutes sont alors serrées. L'une des surveillances mène les autorités à petit café bien connu des services de police. Effectivement, situé au sein de la rue Jean-Jaurès, dans le 19e arrondissement le café est réputé pour être un lieu de rencontre prisé par les dealers. C'est ainsi que le café est mis sur écoute en permanence. Grâce à ces surveillances, le second réseau de stockage et de revente de la drogue est localisé situé dans deux bars distincts. Le premier est situé dans le 18e arrondissement et le second dans le 19e arrondissement. Cependant la neutralisation du second réseau n'est pas si évidente. Les deux bars sont sécurisés et il y a la présence d'une « garde ». Cette « garde » a à sa charge la surveillance des paquets d'héroïne payée 5.000 franc par paquet. Le bénéfice de la revente est établie à 20 % pour le dealer, 80 % pour le fournisseur.

Petit à petit les détails et les éléments s'accumulent permettant ainsi l'arrestation d'une bonne dizaine de trafiquants ainsi que la prise de plusieurs dizaine de kilos d'héroïne. Cependant les autorités le savent bien, pour stopper définitivement l'organisation de la « Couscous connection » il faut avoir toutes les pièces manquantes du puzzle. Ainsi une traque concernant les principaux collecteurs de fonds, les passeurs d'argent ou de drogue commence. Des valises pleines d'argent, d'héroïne ou de cocaïne sont retrouvées dans les rues de Paris. Des toxicomanes sont interrogés, lorsqu'ils ne sont pas retrouvés morts, pour savoir qui leur a fourni la drogue.

La traque de Fathi Oueslati fut fructueuse le 26 février 1990. À cette date les enquêteurs ne lache pas la trafiquant et cela les conduits jusqu'à une Volkswagen Polo garé à l'avenue de l'Opéra, près d'un Hotel nommé Edouard-VII. L'identification du conducteur de l'automobile est assez rapide. C'est Hedi Ben Hassen mais plus connu sous le surnom de « Bouldogne ». Ce dernier est le neveu de Frej Guedoura, le chef des services spéciaux et de la sécurité nationale en Tunisie. Le conducteur est accompagné d'un autre homme appelé Habib Ben Ali, surnommé « Moncef ». Ce dernier n'est autre que le frère du Président de la République tunisienne. Cette nouvelle paraît en premier lieu surréaliste et vient compliquer par la suite les relations franco-tunisiennes.[8]

Le démantèlement du dernier réseau[modifier | modifier le code]

L'assassinat de Moncef Ben Ali[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Gilles Smadja, « La drogue de Belleville mène à la mafia », L'Humanité,‎ (ISSN 0242-6870, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  2. Christophe Ayad, « L'encombrante belle-famille de Ben Ali », Libération,‎ (ISSN 0335-1793, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  3. a et b « La couscous connection », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  4. « Impliqué à Paris dans un réseau de trafic de drogue, le frère du président tunisien a été condamné par défaut à dix ans de prison », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  5. « Après la condamnation de son client, l'avocat de Habib Ben Ali dénonce une « manipulation politique » », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  6. Philippe Broussard, « Le frère du président tunisien inculpé d'infraction à la législation sur les stupéfiants. M. Habib Ben Ali ne s'est pas présenté au procès de la couscous connection », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2018)
  7. Christophe Ayad, « Tunis, terminus redouté par l'ex de la «couscous connection». », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 novembre 2018)
  8. « LA DROGUE DE BELLEVILLE MENE A LA MAFIA », sur L'Humanité, (consulté le 6 décembre 2018)