Collaboration féminine

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Les termes de collaboration féminine[1] ou collaboration horizontale[2] s’appliquent, selon les cas, quand des femmes de pays occupés ont eu, durant la Seconde Guerre mondiale, des relations avec les Allemands.

Définition[modifier | modifier le code]

Les termes « collaboration horizontale »[3] ou « collaboration sentimentale »[4] sont généralement employés lorsqu'il s’agit de relations sexuelles. Une autre forme de collaboration féminine consiste à l’apport des renseignements à l’Armée allemande. Ces diverses formes de collaboration peuvent être simultanées. Elles concernent majoritairement des femmes employées par les Allemands.

Le phénomène est important : environ un cinquième des collaborateurs poursuivis sont des femmes[5]. Environ 6 000 femmes sont incarcérées à la prison de Fresnes en 1946 pour collaboration[6]. Elles sont condamnées globalement aux mêmes peines (travaux forcés, prison, voire peine de mort).

Cependant, les motifs d’inculpation diffèrent : dans 68 % des cas, elles le sont pour dénonciation[6]. Les autres motifs sont les relations intimes avec l’occupant (« collaboration horizontale »), la prostitution, les relations (familiales, amicales ou d’intérêt) avec des collaborateurs, et un emploi à la Gestapo ou à l’Abwehr. Quelques condamnations sont prononcées également pour collaboration économique, marché noir, propos antinationaux et adhésion à un organisme collaborateur. La sexualité n’est souvent pas un motif retenu de poursuites : la chambre civique de Rennes casse un arrêt de celle de Quimper, en considérant que les relations sexuelles avec un membre des troupes d’occupation « ne constituent pas [une] aide directe ou indirecte à l'Allemagne »[4]. La promiscuité avec ces troupes entraîne cependant un plus grand soupçon concernant la délation.

La répression de la collaboration féminine ne diffère pas de l’épuration générale : des exécutions sommaires ont lieu (454[6], dont quelques-unes paient pour un homme de leur entourage, époux, patron, fils, amant), parfois la tonte des coupables les punit dans leur corps ; ensuite, la répression judiciaire prend le relais. Deux camps sont réservés aux femmes collaboratrices, à Jargeau et Haguenau[6]. En 1946, elles sont internées dans 14 centres spécialisés, dont deux centralesRennes et Haguenau). En 1951, la seule centrale subsistante est celle de Rennes.

Dans certains départements à forte présence militaire allemande, le nombre de femmes condamnées à l’indignité nationale est supérieur au nombre d’hommes condamnés à la même peine, essentiellement pour « collaboration sentimentale » (terme administratif d’époque). Dans le Morbihan (où se trouvent les ports de Lorient et Vannes), 55 % des personnes arrêtées, mais 69 % des condamnés sont des femmes. Elles sont de plus condamnées à des peines plus lourdes que les hommes[4].

Lorient offre un cas particulier, étudié par Luc Capdevila : les Allemands résistent jusqu’au , et les civils sont évacués à 90 % en février 1945. Parmi les 194 collaborateurs arrêtés le 8 mai, 189 sont des femmes, concubines de soldats allemands[4]. Il s’agit essentiellement de femmes jeunes, voire mineures, de milieux pauvres, sans ressources ni solidarité (orphelines d’au moins un parent pour la moitié d’entre elles), déracinées (un tiers viennent de l’extérieur de la Bretagne). L’image répandue de la femme légère, changeant souvent d’amant ou trompant son mari prisonnier en Allemagne, ne concerne que quelques-unes de ces femmes, qui cherchaient pour la plupart un protecteur[4]. Les reproches qu’on leur adresse tiennent plus à leur anticonformisme, voulu ou subi : elles sont indépendantes financièrement car elles travaillent, disposent de leur corps en ayant un amant hors-mariage, voire en n’ayant pas d’enfant, le tout en dehors de toute structure patriarcale[4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autre bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres diverses[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources de l’article[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Thébaud, « Résistances et Libérations », Clio, no 1-1995, « Résistances et Libérations France 1940-1945 » [texte intégral en ligne sur le site clio.revues.org (page consultée le 10 mai 2009)]
  2. Antony Beevor (trad. Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie, éd. Calman-Lévy, Paris, 2009, 636 p. (ISBN 978-2-7021-4016-1), p. 559-560
  3. Fabrice Virgili, « Les « tondues » à la Libération : le corps des femmes, enjeu d'une réaproppriation », Clio, no 1-1995, « Résistances et Libérations France 1940-1945 », [texte intégral en ligne sur le site clio.revues.org (page consultée le 7 mai 2009)]
  4. a, b, c, d, e et f Luc Capdevila, « La collaboration sentimentale » : antipatriotisme ou sexualité hors-normes ? (Lorient, mai 1945) », in Cahier de l’IHTP no 31 : Identités féminines et violences politiques (1936-1946), sous la direction de François Rouquet et Danièle Voldman, octobre 1995, en ligne sur le site ihtp.cnrs.fr, consulté le 27 avril 2008
  5. Françoise Leclerc et Michèle Weindling, « La répression des femmes coupables d'avoir collaboré pendant l'Occupation », Clio, no 1-1995, Résistances et Libérations France 1940-1945, En ligne, sur le site clio.revues.org, consulté le 27 avril 2008
    Environ 21 % des incarcérés à Fresnes le 1er janvier 1946 ; environ 21 % des exécutions extrajudiciaires.
  6. a, b, c et d Françoise Leclerc et Michèle Weindling, « La répression des femmes... », op. cit.