Clan écossais

La société traditionnelle écossaise fonctionne sur le mode du clan. L'appartenance à un clan se signale principalement par le nom patronymique et les couleurs particulières du tartan, motif qui se retrouve notamment sur le kilt. Cependant, cette méthode d'identification est relativement récente et remonterait au XVIIIe siècle.
Avant cette période, les tartans étaient le plus souvent fabriqués avec la teinture issue de plantes poussant localement ; plusieurs membres de clans différents pouvaient très bien porter des tartans similaires.
Outre un tartan identifiable, l'appartenance à un clan était d'abord rendue visible par le port d'un fragment végétal qui appartenait à la plante emblématique du clan et qui était accroché au couvre-chef : le tam o' shanter (béret) ou le glengarry (calot). Ultérieurement, un insigne (crest badge) remplaça de plus en plus fréquemment le plant badge en tant que moyen d'identification : les armoiries du clan, accrochées également au couvre-chef.
Origines
[modifier | modifier le code]Le terme clan est directement issu du mot gaélique écossais « clann »[1], qui désigne les enfants, au sens de jeune membre de la famille, les enfants en général étant désignés du mot « leanabh »[2]. Chaque clan est ainsi en théorie le regroupement des membres d'une vaste famille, descendant tous d'un ancêtre commun, et reconnaissant l'autorité patriarcale du chef du clan. À l'intérieur de celui-ci, les septs sont des branches de la famille principale ; ils disposent généralement de leur propre tartan. Samuel Johnson décrit ainsi la genèse des clans écossais[3] :
« Les habitants des montagnes forment des races distinctes, et prennent garde à préserver leurs généalogies. Les hommes d'un district isolé mêlent nécessairement leur sang en se mariant entre eux, et forment enfin une seule famille, avec un intérêt commun dans l'honneur et la disgrâce de chacun de ses individus. Ainsi commence cette union d'affections, et cette coopération d'efforts, qui constitue un clan. Ceux qui se considèrent anoblis par leur famille, vont tenir leurs ancêtres en haute estime, et ceux qui des générations durant ont vécu ensemble au même endroit, vont perpétuer les histoires locales et les préjugés héréditaires. Ainsi, chaque habitant des Highlands peut parler de ses ancêtres, et dénombrer les outrages que leur ont infligé les mauvais voisins de la vallée d'à côté[Note 1]. »
— Samuel Johnson, A Journey to the Western Islands of Scotland (1775)
Évolution et fonctionnement
[modifier | modifier le code]Rôle du chef
[modifier | modifier le code]L'autorité du chef est absolue et il décide l'avenir du clan, de ses alliances et de ses guerres[4]. Jusqu'à la bataille de Culloden (1746), le clan a constitué la structure fondamentale de la société écossaise. La cohérence de ce modèle faisait passer l'intérêt collectif que représentait le clan avant l'individualité de ses membres. Ainsi, lorsque l'un d'entre eux, accusé de vol, échappait à la justice, un autre homme du même clan pouvait être jugé à sa place[5]. Selon une loi votée par le parlement écossais en 1587, les familles des Borders furent également considérées comme clans et eurent le même statut que les habitants des Highlands et des Iles[6].
Avec le délitement de la société traditionnelle et l'interdiction du de porter le kilt[7], le chef du clan devient laird, propriétaire terrien, secondé par le tacksman dans l'administration de ses domaines. Ce dernier est souvent un parent proche du laird, auquel il paye une rente pour les terres qui lui sont allouées. Sa charge est semi-héréditaire, au sens que si une même famille occupe la terre durant plusieurs générations, elle la quitte à la fin du bail et perd ainsi son statut dans le clan. Toutefois, certaines familles de tacksmen ont conservé indéfiniment leur statut ; il s'agit dans ce cas des familles situées à la tête du sept d'un clan[8].
Reconnaissance juridique
[modifier | modifier le code]Bien qu'il ne faille pas confondre clans et familles, certaines institutions donnent aux clans écossais un statut juridique. C'est le cas de la cour de Lord Lyon d'Édimbourg, qui distingue deux types de clans :
- Clans avec chef ;
- Clans armigères.
Un clan qui se place sous la protection d'un clan plus puissant, dans le cadre d'un sept, conserve son statut et son identité de clan écossais. Ses membres peuvent arborer les symboles de leur clan ou ceux de leur sept, sans les panacher.
Symboles
[modifier | modifier le code]Chaque clan possède un ensemble de symboles distinctifs :
- le tartan : le motif varie selon le clan et le sept,
- le plant badge : le végétal auquel il est associé, dont un fragment était traditionnellement épinglé sur le bonnet, le Tam o'shanter ;
- le crest badge qui est la broche qui retient le rameau et qui porte le symbole du clan ;
- la devise[9].
Patronymes et noms de clans
[modifier | modifier le code]Le préfixe Mac[10] au début de la plupart des noms propres veut dire « fils » en gaélique écossais ; ainsi, Andrew MacDonald est parmi les « fils de Donald ».
En gaélique, lorsqu'il s'agit d'une femme, Mac est remplacé par Nic, qui est la contraction de terme nighean mhic, qui veut dire « fille du fils ». Ainsi, en gaélique, NicDhòmhnaill, veut dire en réalité « fille de MacDonald » (ou « fille du fils Donald ») plutôt que « fille de Donald ».
Par ailleurs, si tous les membres du clan portent le même nom de famille, qui est celui du clan, traditionnellement, seul le chef se réclame de ce nom. Ainsi, le chef du clan MacFarlane sera appelé « MacFarlane », sans référence à son prénom, et sans utiliser la formule de politesse « monsieur » ; les hommes de qualité du clan seront appelés par leur nom complet, selon les conventions habituelles. En revanche, les membres mineurs seront appelés par leur seul prénom, auquel sera accolé leur lieu de résidence, par exemple « Iain de Tallisker »[11].
Anciens clans
[modifier | modifier le code]Certains clans ont disparu. Ils ne sont plus reconnus par aucune institution et n'apparaissent plus dans aucune liste de clans :
| Clan | Fin | région | Discrict | Devise | Tartan |
|---|---|---|---|---|---|
| MacColl | 1602 | Highlands | Loch Fyne | Non oblitus |
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ « The inhabitants of mountains form distinct races, and are careful to preserve their genealogies. Men in a small district necessarily mingle blood by intermarriages, and combine at last into one family, with a common interest in the honour and disgrace of every individual. Then begins that union of affections, and co-operation of endeavours, that constitute a clan. They who consider themselves as ennobled by their family, will think highly of their progenitors, and they who through successive generations live always together in the same place, will preserve local stories and hereditary prejudices. Thus every Highlander can talk of his ancestors, and recount the outrages which they suffered from the wicked inhabitants of the next valley. »
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Colin Mark 2003, p. 139.
- ↑ Colin Mark 2003, p. 386.
- ↑ Samuel Johnson 1775.
- ↑ Samuel Johnson 1775, chap. « Ostig in Skye ».
- ↑ Samuel Johnson 1775, chap. « The Highlands ».
- ↑ Clans and tartans, Collins, Little Books, Harper & collins Publishers, Glasgow, 1e édition 2014, 2e édition 2017, p. 14 (ISBN 9780008251093)
- ↑ Bonnie Prince Charlie et les 7 hommes de Moidart, 1745-46
- ↑ (en) Mitchell, James (1825) The Scotsman's Library p. 260
- ↑ Énault, Louis (1859) Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque : « Chaque clan avait son slogan, ou cri de guerre particulier, et le tartan à ses couleurs ; sur la toque du montagnard, une branche de l'arbre favori, du genévrier, de l'if ou du chêne, se dressait, comme le cimier d'un casque. »
- ↑ (en) Robertson, Boyd et Taylor, Iain (1993) Gaelic Teach Yourself p. 13
- ↑ Samuel Johnson 1775, chap. « Icolmkill ».
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Denis-Richard Blackbourn, La Grande-Bretagne et l’Europe des Lumières, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, (ISBN 9782878548679, lire en ligne), « Les Hautes-Terres et les îles d’Ecosse au XVIIIe siècle : une région “à l’ombre” de l’Europe des Lumières ? », p. 35-53.
- (en) Colin Mark, The Gaelic-English dictionary, Londres, Routledge, (BNF 38912735).
- (en) Samuel Johnson, A Journey to the Western Islands of Scotland, Dublin, A. Leathley, (BNF 30656099).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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