Christine de Pizan

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Christine de Pizan écrivant dans sa chambre (1407)

Christine de Pizan (ou dans des textes plus anciens Christine de Pisan[1]), née à Venise en 1364 et morte au monastère de Poissy vers 1430, est une philosophe et poétesse française de naissance italienne.

Christine de Pizan est considérée comme la première femme de lettres française ayant vécu de sa plume. Son érudition la distingue des écrivains de son époque, hommes ou femmes. Veuve et démunie, elle dut gagner sa vie en écrivant.

Elle composa des traités de politique et de philosophie, et des recueils de poésies. Auteur très prolifique, elle se retira dans un couvent à la fin de sa vie, où elle écrivit un Ditié de Jeanne d'Arc. On lui doit, entre autres, Cent ballades d'amant et de dame et la Cité des dames. Son travail majeur a été accompli entre 1400 et 1418.

Vie

Née à Venise vers 1364 et morte vers 1432, elle suit son père Thomas de Pizan (Tommaso di Benvenuto da Pizzano), médecin réputé Drogué et conférencier d’astrologie à l’université de Bologne, appelé à Paris par Charles V en 1368. Auparavant, son père, né à Bologne, avait été appelé à Venise, en Hongrie ; il s'était fait une grande réputation par ses prédictions (comme pour beaucoup de ses "confrères", la médecine lui servait surtout de "couverture" vis-à-vis de l'Église qui interdisait toute forme de voyance).

Christine reçoit à la cour l’éducation donnée aux jeunes filles de la noblesse et commence à composer des pièces lyriques qui lui valent l’admiration et même de nombreuses demandes en mariage – quoique de son propre aveu celles-ci soient également motivées par la position de son père auprès de Charles V. La personnalité du sage roi, d'ailleurs, marquera profondément la jeune Christine, qui le fréquente quotidiennement à la cour. En 1379, elle épouse Étienne de Castel, noble peu fortuné qui acquiert à l’occasion de cette union les charges de secrétaire et notaire du roi. Mais Charles meurt peu après en 1380 et Étienne se trouve sans charge ni revenu. Tommaso da Pizzano meurt entre 1385 et 1390 ainsi qu’Étienne, ruiné en 1390.

Christine de Pizan et son fils

Âgée alors de 26 ans, elle se retrouve avec trois enfants à charge, sans appui ni famille à la cour. Réduite à la pauvreté et devant essuyer plusieurs procès pour dettes, elle se résout à travailler pour nourrir ses enfants et choisit le métier d’homme de lettres ("de femelle devins masle"). Elle se réfugie alors dans l’étude et compose une série de pièces lyriques compilées dans Le Livre des cent ballades qui obtiennent un grand succès. Ces pièces dans le goût alors à la mode pleurent son défunt mari et traitent de son isolement, de sa condition de femme au milieu de la cour hostile. Elle obtient alors des commandes et la protection de puissants comme Jean de Berry et le duc Louis Ier d’Orléans. Elle prend alors de l’assurance et s’attelle à la rédaction d’écrits érudits philosophiques, politiques, moraux et même militaires. Elle s’engage alors parallèlement dans un combat en faveur des femmes et notamment de leur représentation dans la littérature. Elle s’oppose en particulier à Jean de Meung et à son Roman de la Rose, alors l’œuvre littéraire la plus connue, copiée, lue et commentée en Europe occidentale. Elle force par son obstination et son courage l’admiration de certains des plus grands philosophes de son temps tels Jean de Gerson et Eustache Deschamps qui lui apporteront leur appui dans ce combat.

Œuvre

Ses poèmes sont organisés dans des recueils selon une trame narrative, beaucoup de ceux-ci sont tirés directement de son expérience personnelle telle Seulette suy et seulette vueil estr.

Elle a été impliquée dans la première querelle littéraire française que certains considèrent comme un manifeste, sous une forme primitive, du mouvement féministe. En effet, son Epistre au Dieu d'Amours (1399) et son Dit de la rose (1402), critique de la seconde partie du Roman de la rose écrite par Jean de Meung, provoquèrent des remous considérables dans l'intelligentsia de l'époque. Ce type de propos était jugé assez scandaleux à l'époque :

« Et jurent fort et promettent et mentent
Estre loiaulx, secrez, et puis s'en vantent. »

Elle n'hésita pas aussi à s'exprimer sur la politique (Épître à la reine Isabeau) et sur le droit militaire (Livre des faits d'arme et de chevalerie).

Dénonçant l'abaissement et le délitement du royaume durant la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons, elle rédigea, au début du XVe siècle à la demande du duc Philippe de Bourgogne, une œuvre magistrale et précieuse pour les historiens actuels, Le livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le sage, biographie riche en détails sur le règne de son mentor, Charles V de France.

La plupart de ses œuvres sont conservées dans des manuscrits autographes, ce qui est très rare pour cette époque.

Selon Jacques Roubaud, Christine de Pizan « a sans aucun doute atteint un des sommets de l'art de la ballade ; elle est d'une originalité formelle remarquable »[2].

Réception de l'œuvre de Christine de Pizan

Une œuvre oubliée et redécouverte

Christine jouit d'une grande popularité dans le milieu de la cour à son époque[3]. En témoignent les manuscrits richement illustrés qui nous sont parvenus[3]. Mais elle ne fait pas l'unanimité parmi les clercs et les universitaires, effarouchés de voir une femme rivaliser avec eux sur le terrain même du savoir et de la philosophie. Sa réfutation des propos misogynes de Jean de Meung lui vaut de vives attaques des amis du poète[4], attaques par lesquelles sera épargné Jean Gerson lorsque celui-ci à son tour critiquera le Roman de la rose[4]. Cependant on note déjà l'absence de son nom de certaines éditions imprimées publiées par l'éditeur parisien Antoine Vérard au début du XVIe siècle, même si elle fait encore l'admiration de Clément Marot[3], avant de tomber dans l'oubli comme la plupart des auteurs médiévaux[3]. Une tentative de réhabilitation par Louise de Keralio reste sans lendemain[3]. Au XIXe siècle, les historiens de la littérature seront très condescendants à son égard[3], et l'opinion dédaigneuse du critique Gustave Lanson mettra pour longtemps Christine au ban des études universitaires[5],[6], [7] :

« Bonne fille, bonne épouse, bonne mère, au reste un des plus authentiques bas-bleus qu'il y ait eu dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes auteurs[8]

Au début du XXe siècle, Marie Josèphe Pinet n'est guère plus élogieuse[9] et il faut attendre la naissance d'un sentiment féministe et le désir de réhabiliter les femmes dans la littérature pour que l'œuvre de Christine prenne la place qu'elle occupe dans le milieu des études littéraires depuis les années 1980.

La question du féminisme de Pizan

Mathilde Laigle[10], elle-même une des premières femmes modernes à entrer en compétition avec ses contemporains masculins en obtenant des diplômes universitaires, s'intéresse à la poétesse médiévale et à la question du féminisme dans son œuvre. En réponse à la thèse de William Minto, Christine de Pisan, a medieval Champion of her Sex (Christine de Pizan, Champion de la cause des femmes au Moyen Âge), elle rédige un article sur le prétendu féminisme de Pizan. Pour elle, l'écrivain médiéval n'est en rien féministe au sens moderne du terme ; elle mène un combat pour la réputation des femmes, compromise par les écrivains misogynes qui les accablent de critiques imméritées, mais ne remet pas en question la structure patriarcale et l'éthique de la société dans laquelle elle évolue. Mieux, elle insiste sur des valeurs qui, pour les féministes modernes, contribuent à l'oppression de la femme, comme la chasteté et la patience. Selon Mathilde Laigle, le but de Pizan n'est pas de bouleverser l'ordre social : « Ce que Christine prêche, ce n'est pas le murmure, la rébellion contre les lois ou usages établis, c'est l'énergie personnelle, l'effort constant pour parer au mal : l'éviter, si possible, l'atténuer, si on ne peut l'anéantir, ou le subir avec courage, s'il est plus fort que la volonté humaine. »[11]. Cependant la thèse de Mathilde Laigle ne fait pas vraiment autorité, et l'intérêt pour la question du féminisme de Christine occupe une place importante dans la critique à la fin du XXe siècle. La médiéviste Régine Pernoud, par exemple, voit en elle une féministe avant la lettre[12]. Pizan en effet attribue l'inégalité intellectuelle entre hommes et femmes non à la nature, mais à l'éducation et aux représentations d'elles-mêmes fournies aux femmes par le discours misogyne dominant[13], ce qui s'inscrit tout à fait dans la problématique des gender studies des années soixante-dix. À l'heure actuelle, les historiens insistent plutôt sur la nécessité de remettre en perspective historique les écrits de Pizan. « Le féminisme de Christine, femme du XVe siècle, ne pouvait se déployer que dans ce contexte » [3].

Notes et références

  1. Son père était Thomas de Pizzano et non originaire de Pise
  2. Cf. Roubaud, coupple II, 3e partie, p. 91
  3. a b c d e f et g Moreau et Hicks, La Cité des dames, p. 17-18
  4. a et b mercredi 30 juillet 2003, « Christine de Pisan au cœur d’une querelle antiféministe avant la lettre par Micheline Carrier
  5. mardi 5 juillet 2005, « Christine de Pizan, prestigieuse écrivaine du Moyen Age », par Thérèse Moreau, écrivaine
  6. Yvan G. Lepage. « Christine de Pizan : du bon usage du deuil ». @nalyses, Comptes rendus, Moyen Age. 2008-01-15.
  7. [itinerairesdecitoyennete.org/journees/8_mars/documents/Christine_de_pisan.pdf Christine de Pizan]
  8. Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, 1894
  9. Marie-Josèphe Pinet, Christine de Pisan, 1364-1430
  10. Le Livre des trois vertus de Christine de Pisan et son milieu historique et littéraire, Paris, Honoré Champion, 1912, 375 pages, collection : Bibliothèque du XVe siècle.
  11. Voir Mathilde Laigle
  12. Christine de Pisan, Calmann-Lévy, Paris,1982.
  13. Livre de la cité des dames
  • Jacques Roubaud, La Ballade et le chant royal (1997), Éd. les Belles lettres, coll. Architecture du verbe, (ISBN 2-251-49007-8)

Bibliographie

Œuvres de Christine de Pizan

  • Poésies diverses : Cent ballades, Virelays, Balades d'estrange façon, Ballades de divers propos, Une complainte amoureuse, Lays, Rondeaux, Jeux à vendre, composées entre 1399 et 1402
  • Epistre au Dieu d'amours, 1399
  • Le Débat de deux amans, c. 1400
  • Le Livre des trois jugemens, c. 1400
  • Le Livre du dit de Poissy, 1400
  • Epistre Othea, 1400-1401
  • Le Dit de la rose, 1402
  • Le Chemin de longue estude (1402-1403)
  • Le Dit de la pastoure, 1403
  • Le Livre de la Mutacion de Fortune
  • Le Livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V (1404)
  • Le Livre des trois vertus (1404)
  • La Cité des dames (1404-1405)
  • Epistre à Isabelle de Bavière, 1405
  • L'Advision Christine, 1405
  • Le Livre de la Prod'homie de l'homme ou Le Livre de Prudence, 1405-1406
  • Le Livre du Corps de Policie, 1406-1407
  • Le Ditié de Jehanne d'Arc, 1429

Historiographie

  • Maurice Roy (historien de la Renaissance) (éd.), Œuvres poétiques de Christine de Pisan, Paris, Firmin-Didot, 1886-1896
  • Mathilde Laigle ("d.), Le livre des trois vertus de Christine de Pisan et son milieu historique et littéraire, Paris, Honoré Champion, 1912
  • Suzanne Solente (éd.), Le livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, Paris, H. Champion, 1936-1940 ;
  • Charity Cannon Willard (éd.), Le livre des trois vertus, édition critique, introduction et notes par Charity Cannon Willard, texte établi en collaboration avec Eric Hicks, Paris, Honoré Champion, 1989
  • Gabriella Parussa (éd.), Epistre Othea, coll. Textes littéraires français, 517, Genève, Librairie Droz, 1999, 541 p.
  • Thérèse Moreau (éd.), La Cité des Dames, texte traduit par Thérèse Moreau et Éric Hicks, Stock, collection Moyen Âge, 2005 (ISBN 2-234-01989-3)
  • Liliane Dulac (éd.), Desireuse de plus avant enquerre, actes du VIe colloque international sur Christine de Pizan, Paris, Honoré Champion, 2009 (ISBN 978-2-7453-1852-7)
  • Régine Pernoud, Christine de Pisan

Voir aussi

Article connexe

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