Assiettes de David

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David combat Goliath

Les assiettes de David (« the David Plates ») sont au nombre de neuf, qui relatent l’histoire de la vie du roi David et sont conservées aujourd'hui au Metropolitan Museum de New York et au Musée archéologique de Nicosie à Chypre. Ces assiettes ont été découvertes dans une réserve nommée communément « Le second trésor de Chypre », toutes recouvertes de solides métaux argentés datant de la période entre 613-629/630.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La haute qualité des assiettes, contrôlée par l’empereur byzantin Héraclius (r. 610–641) qui garantissait la pureté de l'argent des assiettes, indique une production dans les ateliers du palais de Constantinople, qui avait le monopole de la fabrication de certains produits de luxe[1]. Au 7-ème siècle, les standards de production de métaux étaient très élevés[2]. Les scènes représentées sont souvent mises en parallèle avec les exploits de l'empereur byzantinqui réussit à mettre fin à une guerre longue et coûteuse avec la Perse. Sa victoire lui vaut la reconquête de Jérusalem, l'Égypte et certains autres territoires byzantins[style à revoir]. Par exemple, la scène où David combat Goliath renvoie à la victoire d’Héraclius en combat singulier contre le chef des armées perses sassanides en 627, date qui se rapproche de celle de la création des assiettes en 629/630[3].

Style artistique et usage des assiettes[modifier | modifier le code]

A plusieurs reprises le rendu artistique des assiettes est comparé avec le style appelé théodosien faisant référence au gouvernement de Théodose I (379-395)[4]. Les costumes, armures et traits du visages des personnages sont marqués par la délicatesse et la finesse. Pour effectuer ce rendu, les orfèvres ont dû utiliser plusieurs techniques tels que le poinçonnage, gravure et ciselure. Cependant sur aucunes assiettes n’est gravé les noms des artistes[1]. Les figures bibliques sur les assiettes portent les costumes du début de l’empire byzantin, suggérant au spectateur que, comme Saul et David, Héraclius est un souverain choisi par Dieu. Il était courant d’utiliser des services a plats élaborés lors des banquets à la fin de la période romaine et au début de la période byzantine soulignant la richesse de ce qui les possèdent et qui généralement étaient décorés de thèmes classiques[5]. De plus, venant appuyer cette dernière idée, il a été trouvé en Russie une assiette provenant d’une autre possible série de David qui suggère que beaucoup de services ont pu être réalisés pour la distribution impérial comme c’était le cas avec le largitto dishes[2]. Les assiettes sont de différentes tailles. Les moyennes et les petites étaient sans aucun doute destinées à entourer la plus grande et qui se trouve être la scène décrivant la bataille de David et Goliath. L'arrangement des neuf assiettes semble avoir suivi l'ordre biblique des événements, et leur affichage peut avoir été conforme à un Christo gramme, pour le nom du Christ[1].

La guerre à des fins religieuses[modifier | modifier le code]

Des témoignages contemporains byzantins nous montrent que la motivation de la guerre, menée par Héraclius contre les sassanides, est principalement religieuse dont trois sources ont retenu l’attention des chercheurs : George de Pisidie, un proche d’Héraclius qui l’accompagna lors de sa première campagne contre les Perses, écrivit un encomium (un éloge), dans lequel on trouve les positions idéologiques byzantines sur la guerre. Dans ce poème l’empereur est décrit sous des traits similaires avec les personnages bibliques, mais aussi historiques et méthodologiques. La deuxième source historique est écrite par l’empereur lui-même qui a été lue le 15 mai 628 à l’église Sainte-Sophie. La lettre relate les événements de février, mars et début avril, notamment la chute et la mort de Khosro. Héraclius appelle son peuple à louer le seigneur et à se réjouir : "car l'arrogant Khosro, qui a combattu contre Dieu, est tombé". En effet, selon Héraclius, Khosro a été vaincu puisqu’il n’a pas cru en Dieu, montrant ainsi de la part de l’empereur sa foi invétérée. Le troisième texte est le sermon prononcé par Theodore Synkellos le 7 août 627 pour commémorer le siège de Constantinople en 626. Le but principal de l’écrivain est de démontrer que les prophéties de l'Ancien Testament concernant la destruction de Jérusalem s'appliquent à Constantinople. Pour affirmer sa thèse, il donne plusieurs exemples : les Perses et les Avars sont associés avec la Syrie et la Samarie ; Constantinople avec Jérusalem, ou encore que le destin de Constantinople ait été prédit dans les conquêtes de Jérusalem par Nabuchodonosor en 587 avant JC, et par les Romains sous Titus en 70 après JC[6].

Comparaison avec Constantin[modifier | modifier le code]

Ces trois textes contemporains relatent effectivement le lien fort auquel était associé l’empereur avec ses « ancêtres », et sa croyance ferme et immuable envers Dieu : le Christ. Dans un premier temps, l’ancêtre historique avec qui l’empereur byzantin se rapproche dans les faits et la foi chrétienne se trouve être avec le premier empereur chrétien ; Constantin.

Comme Constantin avait rendu l'empire romain sans danger pour les chrétiens, Héraclius a, à son tour rendu la terre-sainte sans danger pour eux. Tout comme Constantin, qui avait trouvé la Vraie Croix et construit l’église du Saint-Sépulcre, Héraclius, pour sa part, ayant vaincu les Perses, réinventa la croix, marcha triomphalement dans Jérusalem et la restitua de nouveau au sanctuaire du Saint-Sépulcre. De plus, Constantin avait aidé à financer l'érection de monuments chrétiens à Jérusalem, et Héraclius a également œuvrée pour la restauration des monuments détruits par les Perses et a assuré le financement de ces travaux[7]. Ainsi, à travers ces actes Héraclius est placé en tant que nouveau Constantin.

Relation avec la vie du roi David[modifier | modifier le code]

En second temps, Héraclius a suivi les traces d’un prédécesseur encore beaucoup plus éloigné que Constantin et de manière encore plus visible que ce dernier, il s’agit du personnage biblique de David. Ni David ni Héraclius ne sont arrivés sur leurs trônes par succession et ont dû se battre pour mériter leurs places. David a été oint roi de Juda par les hommes de Juda à Hébron (2 Samuel 2.4) où il dû avant combattre le fils survivant de Saül, Ish-boshet, qui était roi d'Israël (2 Samuel 2.9). Héraclius, comme indiqué précédemment, est arrivé au pouvoir lors de la révolte contre Phocas. Par ailleurs, tous deux sont décrit comme ayant été élu par Dieu : David était choisi et élu du Seigneur selon les passages bibliques (1 Samuel 16.13; 2 Samuel 6.21) et Héraclius, selon le texte de George de Pisidie, a été choisi par la Parole de Dieu, étant décrit comme possédant la sagesse. Ils sont décrits comme des « héros invincibles » dotés de force physique : David dût redouter le géant Goliath et Héraclius, l’empereur Phocas qui l’a précédé et Khosro, l’empereur sassanide. Les deux hommes se sont battus pour la légitimité de leurs croyances car les ennemis des deux côtés avaient emporté les symboles sacrés des deux religions ne croyant pas d'une part, en la divinité des israélites, et, d'autre part, au Dieu des byzantins. Cependant tout deux, sont parvenus à récupérer les objets essentiels à la vie spirituelle de leurs peuples des mains des malfaisants. Ils ont en communs d’avoir installé les trésors de leurs religions à Jérusalem : David a introduit l'arche et Héraclius a reproduit la vraie croix et la déposé dans son sanctuaire. De plus David et Héraclius ont eu des problèmes personnels dans leurs mariages qui leurs ont valu une condamnation publique. David, a commis l’adultère avec Bath-Shéba dont le prophète Nathan a été envoyé de Dieu pour le réprimander et l'avertir des malheurs qui allaient descendre sur sa descendance et son règne. Après s’être déjà marié une première fois, Héraclius de son côté s’est engagé à épouser Martina, la fille de sa sœur. Il fut donc condamné comme incestueux. Et tout comme le prophète Nathan qui est venu avertir David de son péché, le patriarche Serge est venu également à Héraclius pour freiner cette union « non canonique ». En raison de leurs mariages dépassant la bienséance, David et Héraclius ont eu des problèmes lors de la succession[8].

A travers les nombreux points communs qui rassemble Héraclius au personnage biblique, l’auteur de journal Speculum suppose que l’empereur byzantin était au courant de son identification avec David et a agi de manière à la renforcer[8]. D’ailleurs, Héraclius a été jusqu’à même nommé un de ses fils David. Dans sa quête de reconstruire et d’aménager Jérusalem, Héraclius semble évoquer un parallèle beaucoup plus profond avec ses prédécesseurs tant avec Constantin, David et voir même le Christ.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Michael Norris, A Masterwork of Byzantine Art: The David Plates; The Story of David and Goliath, New York, The Metropolitan Museum of Art, , 19 p. (ISBN 0-87099-993-1), p. 8.
  2. a et b (en) Aleksandr Petrovich Kazhdan, The Oxford dictionary of Byzantium, New York, New York oxford university, , p. 591
  3. (en) Rowena Loverance, Byzantium, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, , p. 46.
  4. (en) Suzanne Spain Alexander, « Heraclius, Byzantine Imperial Ideology, and the David Plates », Speculum,‎ , p. 218.
  5. (en) « Plate with the Arming of David 629–630 », sur THEMET150
  6. (en) Suzanne Spain Alexander, « Heraclius, Byzantine Imperial Ideology, and the David Plates », Speculum,‎ , p. 220, 222, 223
  7. (en) Suzanne Spain Alexander, « Heraclius, Byzantine Imperial Ideology, and the David Plates », Speculum,‎ , p. 225
  8. a et b (en) Suzanne Spain Alexander, « Heraclius, Byzantine Imperial Ideology, and the David Plates », Speculum,‎ , p. 229,230

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Kazhdan, Aleksandr Petrovich. The Oxford dictionary of Byzantium. New York: New York oxford university, 1991
  2. Loverance, Rowena. Byzanium. Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press.
  3. Norris, Michael. A Masterwork of Byzantine Art: The David Plates; The Story of David and Goliath. New York: The Metropolitan Museum of Art, 2001.
  4. Spain Alexander, Suzanne. “Heraclius, Byzantine Imperial Ideology, and the David Plates”. Speculum: a journal of medieval studies 52, no.2 (April 1977): pp. 217-237.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles annexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]