Anna d'Est-Anglie

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Anna
Titre
Roi d'Est-Anglie
vers 636 ou 640/641653 ou 654
Prédécesseur Ecgric
Successeur Æthelhere
Biographie
Dynastie Wuffingas
Date de décès 653 ou 654
Sépulture Blythburgh
Père Eni
Enfants Seaxburh
Æthelthryth
Æthelburh
Jurmin
Religion christianisme
Liste des rois d'Est-Anglie

Anna est roi d'Est-Anglie du début des années 640 jusqu'à sa mort, survenue en 653 ou en 654.

Neveu de Rædwald, le premier roi historiquement attesté d'Est-Anglie, Anna monte sur le trône après la mort de Sigeberht et Ecgric au combat face au païen Penda de Mercie. Son règne est mal connu, faute de documentation, mais semble avoir été marqué par une rivalité constante avec Penda. En 645, Anna accueille à sa cour Cenwalh, roi du Wessex, chassé de son royaume par Penda. Cenwalh se convertit au christianisme durant son exil et encourage la christianisation de ses sujets après son retour au Wessex en 648.

En 651, Penda lance une offensive sur le monastère est-anglien de Cnobheresburg et contraint Anna à l'exil pendant un certain temps. Peu après son retour, en 653 ou 654, Penda attaque à nouveau l'Est-Anglie, et Anna est tué au combat lors de la bataille de Bulcamp, près de Blythburgh. Son frère Æthelhere lui succède. Anna reste dans les mémoires comme un souverain particulièrement pieux, dont les quatre enfants sont considérés comme des saints.

Sources[modifier | modifier le code]

Il subsiste peu de documents rédigés par les Anglo-Saxons, et encore moins en Est-Anglie que dans les autres royaumes. Selon Barbara Yorke, cette situation serait due aux invasions vikings du IXe siècle : les monastères d'Est-Anglie auraient produit autant de documents que ceux du reste de l'Angleterre, mais les Danois en auraient détruit la majeure partie lors de leurs attaques[1]. Néanmoins, il ne s'agit peut-être pas de la seule raison : pour Richard Hoggett, cette pauvreté documentaire s'explique avant tout par l'absence de conservation effective des documents[2].

La principale source écrite concernant Anna est l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais, rédigée par le moine northumbrien Bède le Vénérable et achevée en 731. Il s'intéresse avant tout à l'histoire de la conversion des Anglo-Saxons, mais son œuvre présente également des informations concernant la situation politique de l'époque. La Chronique anglo-saxonne, recueil annalistique compilé au Wessex à partir du IXe siècle, se contente quant à elle de rapporter la mort d'Anna. Un texte plus tardif, le Liber Eliensis, présente également des informations concernant Anna. Rédigé à l'abbaye d'Ely au XIIe siècle, il comprend des hagiographies de deux de ses filles, Æthelthryth et Seaxburh.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Le Devil's Dyke près d'Exning.

Membre de la dynastie des Wuffingas, Anna est le fils d'Eni et le neveu de Rædwald, roi de 599 à 624 environ. On lui connaît trois frères : Æthelhere, Æthelwold et Æthelric. L'identité de son épouse est inconnue, mais il est certain qu'elle a existé, car Bède dit de Sæthryth qu'elle est « fille de la femme d'Anna, roi des Angles de l'Est[3] ». Ce fait semble indiquer qu'il s'est marié avec une veuve[4]. D'après le Liber Eliensis, elle n'est autre que Hereswith, la sœur de l'abbesse Hilda de Whitby, mais il s'agit là d'une confusion due aux chroniqueurs ultérieurs : Hereswith est en réalité l'épouse d'Æthelric, et donc la belle-sœur d'Anna[4]. La Vie de saint Botolphe rédigée par Folcard au XIe siècle mentionne une certaine Sæwara qui est apparentée à deux princes nommés Æthelhere et Æthelwold. Dans la mesure où les frères d'Anna portent ces noms, il est tentant de voir en Sæwara son épouse[5].

D'après le Liber Eliensis, c'est à Exning, un village du Suffolk, qu'est née Æthelthryth, la fille d'Anna. Exning est un lieu hautement stratégique pour les Angles de l'Est : il se situe à proximité du Devil's Dyke, une fortification en terre qui protège l'Est-Anglie à l'ouest. Un cimetière anglo-saxon y a été découvert, impliquant la présence d'un site important dans les alentours, peut-être un domaine royal[6].

Avènement[modifier | modifier le code]

En 632 ou 633, le roi Edwin de Northumbrie est vaincu et tué à la bataille de Hatfield Chase par une alliance entre le Gallois Cadwallon ap Cadfan et le roi anglo-saxon païen Penda de Mercie[7]. Débarrassés du royaume le plus puissant du nord de l'Angleterre, les Merciens se tournent alors vers l'Est-Anglie. Le roi Ecgric et son prédécesseur Sigeberht connaissent eux aussi la défaite contre Penda et laissent la vie sur le champ de bataille[8],[9].

Anna, fils d'Eni et neveu de Rædwald, monte sur le trône d'Est-Anglie après cette bataille, mais la datation de ces événements est difficile à établir. D'après le Liber Eliensis, Anna meurt en la dix-neuvième année de son règne, ce qui situerait son avènement aux alentours de 635-637[10]. Néanmoins, la fiabilité du Liber Eliensis n'est pas assurée sur ce point[4]. L'historien D. P. Kirby souligne que Sigeberht semble encore en vie en 640-641, ce qui implique qu'Anna n'a pas pu devenir roi avant cette date, et qu'il a dû monter sur le trône dans la première moitié des années 640[10]. L'historienne Barbara Yorke partage ces conclusions et précise que l'avènement d'Anna s'est nécessairement produit avant 645, date à laquelle il accueille Cenwalh à sa cour[11].

D'après Kirby, c'est probablement avec le soutien des Northumbriens qu'Anna monte sur le trône. Oswald de Northumbrie est en effet un adversaire déclaré de Penda, et la présence d'un allié à la tête des Angles de l'Est ne peut être qu'une bonne chose pour lui[12].

Rivalité avec Penda et unions dynastiques[modifier | modifier le code]

Le royaume d'Est-Anglie au VIIe siècle.

Tout au long du règne d'Anna, l'Est-Anglie est soumise à des attaques merciennes, mais le roi semble avoir été capable de tenir tête à la puissance de Penda[13]. Pour David Dumville, cet état de guerre entre les deux royaumes, presque permanent entre 635 et 654, est dû à leur rivalité pour la domination des Angles du Milieu[14].

Anna parvient à nouer une alliance avec le Kent en donnant la main de sa fille Seaxburh au roi Eorcenberht[15]. En 641, Oswald de Northumbrie est tué en affrontant Penda, et son royaume éclate : au nord, la Bernicie accepte comme roi Oswiu, le frère d'Oswald, mais au sud, les Deirans choisissent un autre roi, Oswine[16]. Peu après, le roi du Wessex Cenwalh, beau-frère d'Oswald, divorce de sa femme, la sœur de Penda[17]. En 645, d'après la Chronique anglo-saxonne, Penda envahit le Wessex et chasse Cenwalh de son royaume. Réfugié à la cour d'Anna, il se convertit au christianisme[18] et reprend le pouvoir dans son royaume en 648, probablement grâce au soutien d'Anna[19].

Anna renforce sa mainmise sur les frontières occidentales de son royaume en mariant vers 651 sa fille Æthelthryth à Tondberht, prince des Gyrwas du Sud, un peuple qui occupe la région marécageuse autour de l'île d'Ely[20]. Après la mort de Tondberht, Æthelthryth se retire à Ely, qu'elle quitte en 660 pour aller épouser le roi Ecgfrith de Northumbrie[21].

Dans les années 640, Æthelburh et Sæthryth, respectivement fille et belle-fille d'Anna, deviennent nonnes à l'abbaye de Faremoutiers, en Neustrie[15]. Ce sont les premières princesses anglo-saxonnes à prendre le voile, ouvrant la voie à de nombreuses autres vocations monastiques par la suite selon Barbara Yorke[22]. Les raisons de leur choix sont inconnues, en dépit du rôle majeur qu'elles ont joué dans la fondation des couvents royaux anglo-saxons[23]. Selon D. P. Kirby, leur départ pour un monastère situé sur le continent témoigne de l'orientation franque de la politique étrangère d'Anna, une orientation déjà perceptible sous le règne de son prédécesseur Rædwald[24]. Sigeberht avait passé plusieurs années en Gaule, où il s'était converti au christianisme ; il est possible qu'il ait été lié à des fondations monastiques dans la région de Faremoutiers[25].

Exil[modifier | modifier le code]

Durant son règne, Anna fait don de bâtiments et d'objets au monastère de Cnobheresburg (communément identifié à l'actuel Burgh Castle), fondé par Fursy vers 633[13]. Las des attaques subies par le royaume, Fursy quitte l'Est-Anglie à une date ultérieure, laissant le monastère sous la garde de son frère Foillan[26]. En 651, Penda attaque le monastère. Anna arrive à temps pour retenir les Merciens et permettre à Foillan et aux moines de fuir avec leurs livres et leurs biens, mais il est finalement vaincu et chassé de son royaume. Son exil le conduit peut-être chez Merewalh, roi des Magonsæte, dans l'ouest de l'actuel Shropshire[13]. Il ne rentre en Est-Anglie que vers 653-654[27].

Mort et succession[modifier | modifier le code]

Zone de marécages près de Blythburgh.

Peu après 653, la Mercie repart à l'attaque de l'Est-Anglie. Les armées de Penda et d'Anna s'affrontent à Bulcamp, près de Blythburgh, dans l'actuel Suffolk. Les Angles sont vaincus et accusent d'importantes pertes, dont celles de leur roi et de son fils Jurmin[26]. La Chronique anglo-saxonne mentionne laconiquement la mort d'Anna sous l'année 653 ou 654 selon les manuscrits[28].

Par la suite, Blythburgh est considérée comme le lieu de sépulture d'Anna et de Jurmin[4],[21]. Le site a peut-être abrité un monastère ou une demeure royale : on y a retrouvé un fragment d'écritoire à but liturgique, datant du VIIIe siècle[29]. Selon Peter Warner, l'étymologie latine de Bulcamp témoigne de son origine antique, et les sources médiévales qui mentionnent un culte chrétien continu à Blythburgh durant toute la période anglo-saxonne sont une preuve des liens étroits de la région avec les rois d'Est-Anglie et la religion chrétienne[30]. Botwulf de Thorney entreprend la construction du monastère d'Icanho (aujourd'hui Iken, dans le Suffolk) l'année de la mort d'Anna, peut-être en hommage au roi défunt[21].

Æthelhere, frère d'Anna, lui succède à la tête du royaume, peut-être conjointement avec son frère cadet Æthelwald[31]. Il est possible qu'Æthelhere ait été placé sur le trône par Penda, ou du moins qu'ils aient été alliés : Æthelhere fait partie des trente chefs qui combattent aux côtés de Penda à la bataille de Winwaed en 655 ou 656[32]. Durant la bataille, Penda et Æthelhere sont tués, et après la mort d'Æthelwold en 664, le pouvoir passe aux descendants d'Æthelric, le benjamin des frères d'Anna[33].

Bède salue la piété d'Anna dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais[34] et les historiens modernes le considèrent comme un roi dévot, mais cette réputation lui vient surtout de la canonisation de tous ses enfants[35]. D'après le Liber Eliensis, sa tombe à Blythburgh est encore l'objet des dévotions du peuple cinq siècles après sa mort[36].

Descendance[modifier | modifier le code]

Tous les enfants d'Anna sont considérés comme des saints :

La tradition attribue à Anna une autre fille, Wihtburh, abbesse du monastère double royal de Dereham, ou peut-être de West Dereham[37]. L'existence de cette quatrième fille est néanmoins incertaine. Bède ne la mentionne pas, et elle n'apparaît pour la première fois que dans le Psautier de Bosworth, un document de la fin du Xe siècle. Ses restes sont censés avoir été emportés à Ely après avoir été volés à Dereham[21], et la Chronique anglo-saxonne indique que son corps était encore intact lorsqu'il fut exhumé en 798, cinquante-cinq ans après sa mort[38]. Cela situe sa mort en 743, une date beaucoup trop tardive pour que Wihtburh ait pu être la sœur d'Æthelthryth, née vers 636 et morte en 679[39]. Il est donc possible qu'elle ait été inventée par la communauté d'Ely afin de présenter un exemple de l'incorruptibilité du corps des saints sans avoir à exhumer celui d'Æthelthryth[40].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yorke 2003, p. 58.
  2. Hoggett 2010, p. 23.
  3. Bède le Vénérable 1995, livre III, chapitre 8, p. 183.
  4. a, b, c et d Kelly 2004.
  5. Plunkett 2005, p. 116-117.
  6. Warner 1996, p. 119-120.
  7. Stenton 1971, p. 80-81.
  8. Yorke 1990, p. 62.
  9. Kirby 2000, p. 74-75.
  10. a et b Kirby 2000, p. 208.
  11. Yorke 1990, p. 63.
  12. Kirby 2000, p. 79.
  13. a, b et c Yorke 1990, p. 62-63.
  14. Dumville 1989, p. 132.
  15. a et b Yorke 1990, p. 65-66.
  16. Yorke 1990, p. 78.
  17. Stenton 1971, p. 67.
  18. Swanton 1996, p. 26.
  19. Plunkett 2005, p. 110.
  20. Yorke 1990, p. 63, 65.
  21. a, b, c et d Yorke 1990, p. 70-71.
  22. Yorke 2003, p. 17, 30.
  23. Yorke 2003, p. 18, 27.
  24. Kirby 2000, p. 55, 74.
  25. Yorke 2003, p. 24.
  26. a et b Warner 1996, p. 110-113.
  27. West et al., p. 45.
  28. Swanton 1996, p. 28.
  29. Wessex Archaelogy, p. 2.
  30. Warner 1996, p. 115, 120.
  31. Yorke 1990, p. 69.
  32. Kirby 2000, p. 40, 89.
  33. Yorke 1990, p. 68-69.
  34. Bède le Vénérable 1995, livre IV, chapitre 19, p. 269.
  35. Hollis 1992, p. 68.
  36. Fairweather, p. 21.
  37. Yorke 2003, p. 17.
  38. Swanton 1996, p. 56.
  39. Yorke 2003, p. 37.
  40. Raguin et Stanbury 2005, p. 49.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • (en) David Dumville, « Essex, Middle Anglia, and the Expansion of Mercia in the South-East Midlands », dans Steven Basset (éd.), The Origins of Anglo-Saxon Kingdoms, Leicester University Press, (ISBN 0718513177), p. 123-140.
  • (en) Richard Hoggett, The Archaeology of the East Anglian Conversion, The Boydell Press, (ISBN 978-1-84383-595-0).
  • (en) Stephanie Hollis, Anglo-Saxon Women and the Church, The Boydell Press, (ISBN 0-85115-317-8).
  • (en) S. E. Kelly, « Anna (d. 654?), king of the East Angles », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (lire en ligne) (inscription nécessaire).
  • (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge, (ISBN 0-415-24211-8).
  • (en) Steven Plunkett, Suffolk in Anglo-Saxon Times, Tempus, (ISBN 0-7524-3139-0)
  • (en) Virginia Cheffo Raguin (éd.) et Sarah Stanbury (éd.), Women's Space: Patronage, Place, and Gender in the Medieval Church, State University of New York, (ISBN 0-7914-6365-6).
  • (en) Frank Stenton, Anglo-Saxon England, Clarendon Press, , 3e éd. (ISBN 978-0-19-821716-9).
  • (en) Peter Warner, The Origins of Suffolk, Manchester University Press, (ISBN 0-7190-3817-0).
  • (en) Wessex Archaelogy, Blythburgh Priory, Blythburgh, Suffolk: Archaeological Evaluation and Assessment of Results, 2009 [lire en ligne]
  • (en) S. E. West, N. Scarfe & R. J. Cramp, « Iken, St Botolph, and the Coming of East Anglian Christianity », Proc. Suffolk Institute of Archaeology, vol. 15, 1984, p. 279-301
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Seaby, (ISBN 1-85264-027-8)
  • (en) Barbara Yorke, Nunneries and the Anglo-Saxon Royal Houses, Continuum, (ISBN 0-8264-6040-2).

Lien externe[modifier | modifier le code]